Les investisseurs rassurés

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20 mars 2017

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Elections législatives néerlandaises d’un côté, qui font diminuer le risque politique en Europe en amont des échéances électorales françaises, hausse des taux directeurs par la Federal Reserve de l’autre, mais qui propose un rythme maintenu à trois hausses en 2017 et 2018 : ces deux éléments importants ont entraîné un soulagement et une réduction du risque Eurozone. Cela a permis à l’EuroStoxx50 comme au CAC40 d’atteindre de nouveaux plus hauts. 

Peu d’indicateurs économiques significatifs cette semaine en attendant les PMI flash, l’indice GfK et les indicateurs de conjoncture de l’INSEE la semaine prochaine.

En Europe nous retenons le ZEW allemand. L’indicateur de sentiment économique s’améliore modestement de 2,4 points en mars à 12,8 points. La situation actuelle progresse un peu (0,9 point) à 77,3 ce qui est un très haut niveau par rapport aux années précédentes. Pour ce qui est des perspectives pour l’Eurozone, elles ont encore, et beaucoup, progressé en mars (+8,5 points) portant l’indicateur à 25,6 points. L’indicateur de la situation économique actuelle pour l’Eurozone est aussi en hausse sensible à 7,4 points, 4,6 points au dessus de son niveau de février.

Cette enquête a été réalisée avant le vote néerlandais, donc avec un risque politique un peu plus élevé qu’aujourd’hui. 

Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, avait déclaré que le vote du 15 mars aux Pays-Bas constituait le quart de finale à gagner pour vaincre un populisme faisant fausse route, les élections françaises à venir seront la demi-finale et les législatives allemandes des septembre la finale.

Le parti libéral du premier ministre (VVD) a fait mieux que les derniers sondages ne l’indiquaient et les populistes eurosceptiques du PVV ont fait moins bien alors que le taux de participation est monté de 74,6% en 2012 à 81%.

Maintenant le chef du gouvernement actuel est bien placé pour constituer une coalition et renouveler son équipe. A la mode néerlandaise et compte tenu du grand nombre de partis politiques ayant des élus au parlement (13), la formation du nouveau gouvernement pourrait prendre trois mois.

Le principal pour les investisseurs, le risque d’un parti eurosceptique leader aux Pays-Bas a été écarté. 

Le prochain focus est donc la demi-finale française des 23 avril et 7 mai, puis des législatives en juin, qui, en fonction des sondages, pourraient faire remonter la prime de risque.

Selon le bureau d’études britannique Capital Economics, la demi-finale française devrait se dérouler de la même façon avec au finish du second tour la défaite de Mme Le Pen et la grande improbabilité que son parti puisse gagner une majorité aux élections législatives de juin lui permettant d’engager un référendum sur le Frexit.

Et Capital Economics pense que la finale évoquée par M. Rutte devrait être une promenade, les deux grands partis (SPD, CDU-CSU) sont bien placés pour obtenir de forts résultats et le parti le plus européen (FPD) est plus en progrès que le parti populiste Alternative fur Deutschland (AfD).

Par contre Capital Economics maintient sa prudence sur un sujet ignoré par M. Rutte, les élections italiennes qui se tiendront au plus tard en mai 2018. A ce jour, le système électoral qui sera en place n’est pas connu aussi il est difficile de figurer ce que pourrait être le nouveau parlement. Mais c’est en Italie que, selon les sondages, les partis eurosceptiques sont susceptibles de recueillir les meilleurs résultats, voire la majorité, ce qui ne va pas manquer de peser encore sur l’économie et le secteur bancaire.

En conséquence, Capital Economics considère que les dirigeants des pays européens, et tout particulièrement ceux de la BCE doivent continuer après la finale à garder les yeux sur le ballon. 

Aux Etats-Unis aussi, une seule publication vraiment intéressante, le Jobs Opening and Labor Turnover (JOLTS) publié chaque mois par le Bureau of Labor Statistics et qui est considéré par la Fed comme le meilleur indicateur de mesure du marché du travail.

Au le mois de janvier il y a eu 5,6 millions d’embauches, soit 3,7% par rapport à une population active de 151 millions.

Avec la publication de janvier sont donnés les chiffres finaux de l’année précédente. Sur 12 mois, le nombre d’embauches totalise 63,1 millions et le nombre de séparations (démissions, licenciements, retraites) 60,7 millions, conduisant à un gain net de 2,4 millions d’emplois qui est cohérent avec les chiffres des rapports mensuels sur l’emploi. 

La Fed a donc remonté ses taux directeurs de 25pb à 0,75-1%. La croissance accélère, les créations d’emplois évoluent à un bon rythme et l’épuisement de la main d’œuvre disponible crée des pressions haussières sur les salaires. Ainsi l’indicateur de prix PCE, très suivi par la Fed, est à 1,9% très proche de la cible de 2%. Dans son communiqué, la Fed est venue en aide à Mario Draghi dans sa résistance aux demandes allemandes en précisant, comme la BCE l’avait fait, que la forte hausse des indices d’inflation provoquée par l’inversion de l’effet pétrole n’est pas de nature à la contraindre à précipiter son resserrement monétaire, mais elle n’a pas voulu non plus le retarder pour ne pas prendre le risque de devoir trop accélérer par la suite, ce qui inquièterait les marchés.

Janet Yellen a insisté sur le fait que la hausse des taux directeurs ne découlait pas d’une modification des attentes économiques. Les membres du FOMC ont conservé le rythme annuel de resserrements monétaires qu’ils prévoyaient en décembre, soient trois hausses sur 2017 et trois autres sur 2018 pour porter, fin 2018, les taux directeurs à 2-2,25%.

Sur la semaine, les taux souverains se sont un peu détendus puisqu’on n’attend plus que trois hausses des taux cette année aux Etats-Unis contre entre trois et quatre la semaine dernière. Détente donc pour le 10 ans américain à 2,5%, le 10 ans allemand à 0,43%, le 10 ans néerlandais à 0,67% et espagnol à 1,85%. Par contre les taux français n’ont pas suivi ce mouvement et se situent à 1,1%, les Pays-Bas ayant transmis le mistigri des élections à la France.

Pour les mêmes raisons le $ s’est affaibli vis à vis de l’€. 

Après ces deux événements de la semaine, les indices de perception du risque se sont aussi détendus. Sur les indices actions le VIX est à 11% et la volatilité réalisée du S&P est à moins de 7%, le V2X (STOXX) a touché un niveau jamais atteint, il en est de même sur le Forex et les taux ainsi que sur les spreads sur les dettes émergentes. L’indicateur de perception du risque de Natixis, à 12%, atteint un plus bas depuis l’été dernier, il est cohérent avec les tendances macro et micro très positives ces derniers mois mais à des niveaux qui selon l’historique de cet indicateur, ne durent jamais très longtemps. 

La semaine a été encore difficile pour nos fonds, mais Erasmus Mid Cap Euro et Erasmus Small Cap Euro conservent une solide avance sur leurs indices de référence. Nelly a cédé Focus Home Interactive dans Erasmus Small Cap Euro après une belle performance en quelques mois.

Le consensus des prévisions bénéficiaires sur le Stoxx600 en Europe varie sur la semaine de -0,2% sur 2016 et de +0,1% sur 2017. La croissance annuelle attendue est de -0,7% pour 2016 (+11,7% hors financières) et de +30,7% pour 2017 (+25,8% hors financières). Pour le S&P500 américain, la croissance annuelle 2016 est attendue à +0,7% et à +11% pour 2017 ; aux Etats-Unis le comportement des financières est très proche de celui des autres secteurs. 

Bonne semaine à tous.