Soulagement

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24 avril 2017

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Le premier tour des élections présidentielles n’a pas produit le pire des résultats : c’est un soulagement même s’il reste un second tour, puis dans quelques semaines des élections législatives qui donneront la coloration de la majorité sur laquelle pourra s’appuyer le nouveau président pour réformer le pays.

Pour les investisseurs, étrangers à coup sûr, français aussi, après les élections législatives aux Pays-Bas, c’est un nouvel obstacle qui se dressait devant l’investissement en Eurozone qui s’atténue et va  disparaître.

En termes d’allocation d’actifs, c’est une étape majeure. Il va y avoir des réallocations importantes en faveur de l’Eurozone : devise, taux et marchés actions. Non seulement les actifs qui étaient sortis depuis quelques mois vont revenir, mais d’autres investisseurs, trop sous pondérés par rapport à leurs benchmarks, vont être obligés de réallouer pour réduire leur risque.

Notre analyse est que les marchés de la zone euro vont bénéficier durant les prochains trimestres de flux favorables significatifs. D’abord parce que c’est plus facile, sur les grandes capitalisations, sur les titres indiciels, et, progressivement, par vagues, sur les entreprises moyennes, puis petites, plus domestiques et donc mieux placées à moyen terme pour bénéficier de la reprise qui se confirme et se renforce de mois en mois en Europe (voir ci-dessous).

Il n’est donc pas trop tard pour bénéficier de ce mouvement qui connaîtra encore une stimulation extérieure une fois l’élection allemande passée.

La principale publication économique de la semaine était celle des PMI Flash Markit et nous allons y revenir en détail. Auparavant quelques données qui viennent compléter ces indicateurs anticipés.

L’excédent commercial de l’Eurozone tout d’abord, à 19,2 milliards € en février après 15,7 en janvier, est sorti au dessus du consensus, avec hausse des exportations de 0,4%, recul des importations de -1,7%, augmentation de l’excédent allemand et recul du déficit français. La hausse des commandes à l’exportation laisse penser que l’excédent commercial de l’Eurozone, déjà très élevé, va s’accroître cette année.

L’inflation pour l’Eurozone en mars a été confirmée à 1,5% mais avec une inflation sous jacente à 0,8% !

La confiance des consommateurs, toujours pour l’Eurozone, s’est à nouveau améliorée, l’indice passant de -5 à -3,6, il est désormais à son plus haut depuis mars 2015 et son amélioration est supérieure aux attentes, résistant aux inquiétudes politiques. La composante réduction des craintes sur l’emploi explique pour partie cette amélioration. Cette confiance est un signe d’accélération à venir de la croissance.

Enfin Eurostat a publié les chiffres de la construction pour février, en hausse de 7,1% sur un an pour l’Eurozone et de 5,1% pour l’Union Européenne.

Le PMI Flash Markit maintenant et en premier celui de l’Eurozone. Il enregistre en avril sa plus forte croissance économique depuis 6 ans, entamant le T2 sur des bases solides. Le dynamisme de la demande et le fort climat de confiance incitent les entreprises à renforcer leur capacité opérationnelle, l’enquête met également en évidence la plus forte progression de l’emploi depuis près de 10 ans. Parallèlement de fortes tensions inflationnistes persistent dans le secteur privé, les prix enregistrant l’une de leurs plus fortes hausses mensuelles depuis 6 ans. L’indice PMI se redresse à 56,7, affichant un plus haut depuis avril 2011. Les taux de croissance du volume global des nouvelles affaires et celui des affaires en cours restent proches des pics enregistrés en mars. Le dynamisme de la demande contribue au maintien d’un fort degré d’optimisme au sein du secteur privé de l’Eurozone, les perspectives d’activité des entreprises ne se repliant que légèrement versus mars, pic depuis 2012.

La confiance des entreprises quant à leur volume d’activité future ainsi que la hausse des carnets de commandes ont stimulé les créations de postes et l’emploi atteint son plus haut niveau depuis juillet 2007.

Dans les deux secteurs couverts par l’enquête, les taux d’expansion se redressent à leur plus haut niveau depuis avril 2011, l’industrie manufacturière continuant d’enregistrer une croissance supérieure à celle des services. Les prestataires de services et les fabricants continuent de signaler une forte croissance de l’emploi au cours du mois, le taux de création de postes atteignant son plus haut niveau depuis 2000 dans l’industrie manufacturière.

L’enquête continue de mettre en évidence de fortes tensions inflationnistes. La hausse des prix des achats s’accélère et affiche un rythme identique au pic de près de 6 ans enregistré en février tandis que le taux d’inflation des prix moyens facturés ne se replie que marginalement par rapport au plus haut de près de 6 ans enregistré en mars.

Les données par pays mettent en évidence une modération de la croissance en Allemagne où le taux d’expansion continue néanmoins d’enregistrer l’un de ses plus hauts niveaux des 6 dernières années. La France en revanche enregistre sa plus forte croissance depuis mai 2011 tandis que dans le reste de l’Eurozone le taux d’expansion de l’activité globale atteint son plus haut niveau depuis juillet 2007.

Chris Williamson, chief business economist à IHS Markit commente :

« L’économie de la zone euro entâme le T2 2017 sur des bases solides, les dernières données PMI affichant en effet un niveau conforme à une croissance trimestrielle de 0,7%, soit un taux légèrement supérieur à celui observé au T1 (0,6%). Si ce fort rythme de croissance venait à se maintenir, les économistes réviseraient probablement à la hausse leurs prévisions pour 2017.

Les taux d’expansion de l’activité affichent un niveau élevé dans le secteur des services comme dans l’industrie manufacturière, les fabricants tirant clairement partie de la faiblesse de l’€ qui a contribué en avril à la plus forte hausse du volume des exportations depuis près de 6 ans.

Le secteur des services bénéficie quant à lui de la baisse actuelle du chômage qui se traduit par une amélioration de la confiance des consommateurs et par une hausse de leurs dépenses. La croissance de l’emploi s’accélère et atteint son plus haut niveau depuis près de 10 ans.

Si les élections présidentielles françaises ont fait peser un risque important sur les perspectives économiques à court terme sur la zone euro, le moral des entreprises françaises est de toute évidence resté au beau fixe à l’approche du scrutin. La croissance française affiche en effet un rythme supérieur à celle enregistrée en Allemagne pour la 1ère foisdepuis août 2012sur fond de regain d’optimisme quant aux perspectives d’activité future. Les deux principales économies de la zone euro traversent actuellement leur meilleure phase de croissance depuis 6 ans tandis que dans le reste de la région, le taux d’expansion se redresse à son plus haut niveau depuis près de 10 ans, ces tendances confirmant le caractère généralisé de la reprise. »

En effet le PMI Flash pour la France se redresse de 56,8 en mars à 57,4, plus fort taux d’expansion de l’activité depuis près de 6 ans. La progression de l’activité du secteur privé français s’accompagne d’une 10ème hausse mensuelle consécutive du volume global des nouvelles affaires et de la plus forte expansion du volume des nouvelles commandes à l’export depuis près de 6 ans. L’emploi continue de progresser prolongeant la tendance observée depuis novembre 2016. Le taux de création de postes se redresse par rapport au mois dernier et atteint un plus haut de 68 mois. Les effectifs augmentent dans chacun des deux secteurs. Le volume des affaires en cours augmente pour le 14ème mois consécutif. Si des contraintes de capacité se manifestent dans les deux secteurs, le taux d’expansion du volume du travail en attente est, comme celui des nouvelles affaires, plus marqué chez les prestataires de services que chez les fabricants. Les perspectives d’activité restent très bien orientées, le degré de confiance des entreprises atteignant un niveau record en avril. Les répondants anticipant une hausse de l’activité au cours des 12 prochains mois fondent leur optimisme sur une conjoncture

économique plus favorable à l’issue de la période électorale. 

Aux Etats-Unis la production manufacturière a reculé de 0,4% le mois dernier après un gain de 0,3% en février. En rythme annualisé, la production a augmenté de 2,7% sur l’ensemble du T1. Le taux d’utilisation des capacités de production dans le secteur manufacturier a baissé de 0,3% à 75,3%.

Selon les données publiées mardi par le département du Commerce, les mises en chantier ont reculé de 6,8%, à un rythme annualisé de 1,22 million contre 1,3 en février. Par rapport à mars 2016, elles ont progressé de 9,2%. Les mises en chantier au mois de février avaient été soutenues par un temps particulièrement doux, mais la baisse des températures en mars et la tempête qui a frappé les régions du nord-est et du Midwest, ont pu contribuer à cette baisse. Par contre, témoignant de la bonne santé du marché immobilier, le nombre des demandes de permis de construire a augmenté de 3,6%.

Jeudi l’indice Philly Fed de la Fed de Philadelphie, considéré comme l’un des premiers indicateurs mensuels sur la santé du secteur manufacturier américain, a reculé à 22 au plus bas depuis décembre après 32,8 en mars. L’activité dans le nord-est des Etats-Unis (Pennsylvanie, New-Jersey et Delaware) a reculé sur la plupart des sous composants : nouvelles commandes, prix payés ou perspectives d’activité tandis que le sous indice de l’emploi a progressé à 19,9 contre 17,5, au plus haut depuis mai 2011.

Enfin vendredi le Markit Flash US PMI s’est établi à 52,7 pour avril après 53 en mars, signalant un nouveau ralentissement qui porte l’activité à son plus faible niveau depuis septembre 2016. L’enquête reflète une croissance du PIB de 1,1% après 1,7% au T1. Le très large secteur des services est à son plus faible niveau de 7 mois et le secteur manufacturier, après un plus haut en début d’année, recule à nouveau en dépit de bonnes commandes à l’export. Après le bond post élection, l’enquête montre un refroidissement progressif de l’économie en dépit de bonnes entrées de commandes et de l’optimisme des entreprises sur leurs perspectives qui permettent de croire en une croissance plus vigoureuse pour les mois à venir. 

Le Nikkei Flash Japan Manufacturing PMI, à 52,8 en avril (vs 52,4 en mars) continue de voir les entreprises bénéficier d’une forte demande extérieure, les commandes à l’export étant au plus haut depuis trois ans. Les entreprises embauchent mais les prix des intrants et les charges en hausse conduisent les entreprises à relever leurs prix. Le niveau d’activité est cohérent avec une croissance de 2%. 

Après le début de la saison de publication des chiffres d’affaires et résultats du T1, les révisions du consensus JCF/FactSet accélèrent : sur le Stoxx600 européen depuis le début de l’année, révision de +0,7%, sur 3 mois, de +0,9% et sur un mois et de +0,7% pour 2017 ; pour 2018, +1%, +1,3% et +0,5%. La croissance annuelle attendue est de +28,5% pour 2017 et +12,1% pour 2018. Aux États-Unis les révisions vont dans le même sens mais sont plus modestes et les attentes pour 2017 sont à +11,5% et à +10% pour 2018.

Ces caractéristiques nous les retrouvons dans nos portefeuilles avec cette semaine de bonnes, voire très bonnes publications pour Edenred (PEA et Mid), Schneider Electric (PEA), Trigano (PEA et Small), Manitou, Stratec Biomedical et Thermador (Small), seules les publications de Boiron (Small) et OVS (Mid) ont un peu déçu.

Quelques mouvements dans nos portefeuilles qui se sont correctement comportés : FCP Mon PEA a cédé Aperam avec profits pour des raisons sectorielles et acheté Vinci, poids lourd du CAC40 et de l’EuroStoxx50, bien géré, largement domestique et qui peut bénéficier du retour des investisseurs étrangers, Frédéric a cédé avec un beau profit rapide Refresco Group (embouteillage) et Nelly a vendu pour Erasmus Small Cap TKH Group et Ymagis. 

Bonne semaine à tous.