Devises et banques centrales

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11 septembre 2017

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Les indicateurs anticipés restent à des niveaux élevés, ceux-ci dans les différentes parties du monde : ils nous annoncent un bon second semestre en termes de croissance.

L’attention se déporte aujourd’hui vers les fluctuations des devises, leurs conséquences sur la politique monétaire des banques centrales et la compétitivité des entreprises qui en résulte : les rendez-vous de la Federal Reserve et de la BCE seront, cet automne, déterminants pour les marchés.

Car du côté de l’activité tout va toujours bien.

L’indice final composite PMI IHS Markit pour l’Eurozone, à 55,47 en août, reste stable par rapport au mois de juillet. Si sur les deux premiers mois du T3 la moyenne affiche un niveau inférieur au pic atteint au T2, elle reste toutefois parmi, les plus élevées des 7 dernières années.

Des 5 pays couverts par l’enquête, l’Allemagne et l’Irlande sont les seuls à connaître une accélération de l’activité en août. L’Irlande enregistre de fortes croissances de la production manufacturière comme de l’activité de services. En Allemagne en revanche, les données sectorielles se révèlent plus hétérogènes : si le secteur manufacturier signale une forte hausse de la production (l’une des plus marquées depuis 2011), celui des services enregistre la plus faible croissance des pays couverts par l’enquête. En France, en Italie et en Espagne, bien que les taux d’expansion de l’activité globale fléchissent par rapport à juillet, ils restent marqués.

La dernière hausse de l’activité des entreprises reflète une augmentation soutenue du volume des nouvelles affaires en août. Cet accroissement de la demande entraîne une nouvelle hausse du volume des affaires en attente, laquelle incite les entreprises de l’Eurozone à recruter du personnel supplémentaire. L’emploi progresse pour le 34ème mois consécutif et bien que le taux de création de postes fléchisse, il reste parmi les plus élevés de ces 10 dernières années. C’est en Irlande, en Espagne et en Allemagne que les hausses d’effectifs sont les plus marquées tandis qu’en France et en Italie le rythme des créations de postes reste modeste en comparaison.

Si le degré d’optimisme affiche son plus bas niveau de l’année 2017, les perspectives d’activité des entreprises restent toutefois très bien orientées pour les 12 prochains mois.

Au vu du maintien du fort rythme de croissance en août, le PIB de l’Eurozone pourrait progresser de 2,1% en 2017 : ainsi la région réaliserait sa meilleure performance depuis 2007.

Les dernières données PMI autorisent un certain optimisme quant à la poursuite de la reprise actuelle. En effet, si les indicateurs prospectifs se sont repliés à leur niveau de la fin 2016, ils demeurent suffisamment élevés pour indiquer que tout ralentissement potentiel de la croissance dans les prochains mois ne sera que modeste.

De même, malgré un léger essoufflement, la croissance de l’emploi demeure soutenue. La baisse actuelle du chômage devrait par conséquent se poursuivre, ce qui devrait, à son tour, encourager la confiance des ménages et les dépenses de consommation.

Le Sentix donne le même message : stabilité de l’activité début septembre en Eurozone à un haut niveau, tant pour ce qui de la situation actuelle que des perspectives. Sentix qualifie de boom la situation économique pour l’Eurozone, l’Autriche, la Suisse et l’Asie ex Japon, d’accélération celle de l’Allemagne, de l’Europe de l’Est et du Japon, de ralentissement celle des États-Unis et de stabilisation celle de l’Amérique du Sud.

L’ESI (Economic Sentiment Indicator) de la Commission Européenne pointe également en août vers une croissance plus forte et passe de 111,2 à 111,9 au plus haut depuis juillet 2007, ce qui correspondrait à une croissance supérieure à 3% ! Cette amélioration est quasi générale : consommateurs, industrie et services. C’est non intuitif mais les commandes à l’export continuent de progresser. Au niveau pays, c’est en France que l’accélération est la plus forte, mais elle s’observe aussi en Italie à un moindre degré.

Selon le PMI IHS Markit final pour la France, les nouvelles affaires augmentent également dans l’ensemble du secteur privé français et les nouvelles commandes dans le secteur manufacturier atteignent en août un pic de 80 mois.

Le renforcement de la demande incite les entreprises à recruter du personnel supplémentaire, le taux de création de postes reste marqué. C’est le secteur Postes et Télécommunications qui affiche la plus forte hausse des effectifs.

L’emploi progresse également dans le secteur manufacturier, le taux d’expansion n’étant que marginalement inférieur à celui observé dans les services.

Les dernières créations d’emplois ne suffisent pas à éviter une 18ème hausse mensuelle consécutive des affaires en attente.

Enfin les perspectives d’activité restent bien orientées, les répondants qui anticipent une croissance de leur activité dans les 12 prochains mois fondent leur optimisme sur la solidité actuelle de la demande, tant sur les marchés intérieurs qu’à l’étranger.

L’ISM (Institute for Supply Management) américain des services est venu également rassuré à 55,3 vs 53,9 en juillet ; c’est le 97ème mois consécutif de croissance (supérieur à 50). Les nouvelles commandes, l’emploi mais aussi les prix progressent en juillet. Au niveau sectoriel, 15 secteurs progressent et deux seulement sont en contraction : agriculture, forêt, pêche et chasse et transports et logistique.

Ailleurs encore, l’IHS Markit PMI composite pour la Russie est à 54,2 en août vs 53,4 en juillet et le Caixin China PMI composite est à 52,4 en août vs 51,9 en juillet.

Pour illustrer les changements en cours, la maison allemande Berenberg nous a envoyé une note qui indique d’une part la croissance effective moyenne par zone économique 2011-2016 et ses attentes pour 2017-2019 : l’Eurozone passe de +0,8% à +1,9%, les États-Unis de +2,1% à +2,3%, le Japon de +0,9% à +1,3% et la Grande-Bretagne de +2,1% à +1,6%.

L’attention est donc maintenant tournée vers les devises et les taux et les politiques des banques centrales.

La BCE s’est réunie cette semaine et a révisé sa prévision de croissance pour 2017 de +1,9% à +2,2%, par contre, et pour la deuxième fois consécutive, elle a révisé à la baisse ses prévisions d’inflation pour 2018 ( 1,2% vs 1,3% en juin et 1,6% en mars) et pour 2019 (1,5% vs 1,6% en juin et 1,7% en mars). Autrement dit-on s’éloigne un peu plus encore de son objectif d’inflation de 2%.

Mario Draghi au cours de sa conférence de presse a expliqué ces changements par la force de l’€. Il nous semble de ce fait improbable que la BCE annonce en octobre le calendrier du « tapering » (fin progressive de l’assouplissement quantitatif). Mario Draghi n’a pas pu le dire cette semaine car les allemands votent en septembre et la BCE doit composer avec les calendriers électoraux. Plutôt que la fin progressive du QE nous attendons en octobre ou décembre l’annonce d’une réduction des achats mensuels de la banque centrale (40 milliards €/mois contre 60 actuellement par exemple) sans que le terme de ces achats soit indiqué. Cela aurait deux avantages : le premier par rapport aux titres éligibles dont le gisement menace de se tarir, le second en prolongeant le QE sans en fixer le terme la BCE continue d’afficher une politique monétaire plus expansionniste que celle de la Federal Reserve, réduisant par là-même les arguments favorables à la hausse de l’€.

Car la hausse de l’€ est aussi inextricablement liée à la politique monétaire de la Federal Reserve qu’à celle de la BCE. $ et € sont les deux principales monnaies de réserve mondiales entrent lesquelles les investisseurs internationaux arbitrent. Il faut donc pour que la BCE puisse sortir du QE qu’elle sache que la Federal Reserve va passer à la phase suivante de sa sortie de son propre QE : soit par la réduction de la taille de son bilan, soit par la hausse de ses taux directeurs. Malheureusement l’évolution de l’inflation outre-Atlantique a fait perdre de la visibilité à la Federal Reserve et donc à la BCE !

En complément il faut rappeler une leçon économique de ces 50 dernières années : le renforcement du deutsche mark n’a jamais empêché l’Allemagne de gagner des parts de marché à l’exportation compte tenu de son positionnement sectoriel et technologique, l’Espagne, l’Italie ou la France ne sont pas dans la même situation. Ceci peut aussi expliquer, avec les préoccupations électorales, la position des autorités allemandes quant à la politique monétaire de la BCE.

Cette semaine a été une bonne semaine pour nos fonds qui ont tous surperformé leurs indices de référence, c’est aussi désormais le cas pour tous depuis le début de l’année.

Deux mouvements dans Erasmus Small Cap Euro à signaler : Nelly a cédé la société italienne Fila (instruments d’écriture) achetée à partir du 9/12/2015 à 10,58 € et qui vaut 18,62 € aujourd’hui, elle constitue par ailleurs une nouvelle ligne que nous vous indiquerons lorsqu’elle sera terminée.

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen varie sur le semaine de +0,2% sur 2017 et de +0,1% sur 2018. La croissance attendue pour 2017 est à +27,4% et à +9,9% pour 2018. Pour le S&P500 américain, la croissance annuelle 2017 est attendue à +10,7% et à +8,7% pour 2018.

A titre de curiosité, puisque nous avons davantage abordé cette semaine taux et devises, voici les performances depuis le début de l’année des différents marchés actions en € : Allemagne +7,1%, France +5,2%, Italie +12,9%, Espagne +8,3%, Grande-Bretagne -3,5%, Suisse +1,5%, Suède +2,8%, États-Unis -3,3%, Chine +1,9%, Inde +10,7%, Japon -4,1%, Brésil +12,5%, Russie -9,3% et Corée (du Sud !) +13,1%.

 

Bonne semaine à tous.