Eurozone : la croissance continue

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29 janvier 2018

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Au travers d’une semaine à la lecture complexe : faiblesse du $, croissance américaine un peu décevante, ce sont les bons chiffres de l’Eurozone qui l’emportent. Ceux des publications macroéconomiques d’une part mais avec le début des publications des chiffres du T4, ceux des entreprises d’autre part et leur vision de 2018.

C’est ce qui explique le rebond de la fin de semaine. 

La croissance de la zone euro continue de s’accélérer en ce début d’année, le taux d’expansion atteignant un pic de près de 12 ans. Cette hausse de l’activité économique dans la région s’accompagne de la plus forte croissance de l’emploi depuis l’année 2000 ainsi que d’une intensification des tensions inflationnistes qui atteignent un plus haut de près de 7 ans.

L’indice PMI IHS Markit pour l’Eurozone s’élève de 58,1 en décembre à 58,6 en janvier, atteignant un plus haut depuis juin 2006.

La croissance s’accélère dans le secteur des services et affiche son plus fort taux depuis août 2007, tendance toutefois partiellement compensée par un ralentissement de l’expansion dans le secteur manufacturier. L’industrie manufacturière reste cependant très dynamique, la production des fabricants ayant enregistrée en moyenne, au cours des 3 derniers mois, sa plus forte croissance depuis l’année 2000.

La hausse de l’activité globale repose sur une nouvelle expansion marquée du volume des nouvelles affaires. Bien qu’en très léger repli par rapport à décembre, le taux de croissance des nouvelles commandes affiche son 2ème plus haut niveau depuis juillet 2007. Cette tendance reflète un nouveau raffermissement général de la demande tant sur le marché des biens que sur ceux des services.

La confiance des entreprises quant à leur volume d’activité future se redresse également en janvier, les perspectives d’activité atteignant un plus haut de 8 mois.

La forte croissance des nouvelles affaires ainsi que l’amélioration des perspectives d’activité ont incité les entreprises à recruter du personnel supplémentaire, le taux de croissance global de l’emploi atteint ainsi son plus haut niveau depuis septembre 2000, porté par une forte expansion des effectifs dans les deux secteurs étudiés. Dans l’industrie manufacturière, le taux de création de postes reste proche des pics historiques enregistrés dernièrement, tandis que les prestataires de services font état de la plus forte croissance de leurs effectifs depuis septembre 2007.

Signe d’une capacité opérationnelle toujours insuffisante, les affaires en attente continuent de s’accumuler en janvier. Si le taux d’expansion du travail en cours fléchit à un plus bas de 3 mois, il reste toutefois parmi les plus élevés de ces 10 dernières années. Le taux d’allongement des délais de livraison des fournisseurs atteint un niveau quasi record, reflétant une demande nettement supérieure à l’offre pour de nombreux produits.

En Allemagne, le taux de croissance ne fléchit que très légèrement par rapport au pic de 80 mois enregistré en décembre. L’optimisme des entreprises allemandes se renforce au cours du mois tandis que les créations d’emplois et les tensions sur les prix atteignent des plus hauts de près de 7 ans. Si la croissance affiche un rythme nettement supérieur dans l’industrie manufacturière, celle de l’activité accélère également dans les services.

Dans l’hexagone, l’indice PMI de l’activité globale se redresse par rapport à décembre, mais reste inférieur au pic enregistré en novembre. La France traverse, depuis novembre, sa meilleure phase de croissance depuis le printemps 2011 et connaît ses plus fortes créations de postes depuis la mi 2001, ce malgré un léger ralentissement de la croissance de l’emploi en janvier. Parallèlement, les tensions inflationnistes se renforcent, atteignant leur plus haut niveau depuis l’année 2011. La semaine prochaine je reviendrai plus en détails sur la situation française.

Dans le reste de l’Eurozone, le taux de croissance de l’activité se redresse à son plus haut niveau depuis juillet 2006, porté notamment par la plus forte expansion de la production manufacturière depuis avril 2000. La croissance s’accélère aussi dans le secteur des services, mais reste inférieure aux pics enregistrés en 2017. Enfin les entreprises signalent la plus forte augmentation de leurs tarifs depuis près de 10 ans.

Chris Williamson, chef économiste d’IHS Markit, commente ainsi ces enquêtes : »La zone euro démarre l’année 2018 sur les chapeaux de roues, l’activité globale affichant en effet sa plus forte hausse depuis près de 12 ans en janvier. Cette accélération de l’expansion pourrait être synonyme d’une très forte croissance trimestrielle de la zone de la monnaie unique, proche de 1% au T1. L’amélioration de la situation sur le marché du travail – l’emploi enregistrant sa plus forte croissance depuis 17 ans – devrait se traduire par une hausse des dépenses des consommateurs, laquelle pourrait à son tour dynamiser la reprise économique et favoriser une hausse des salaires.

Cet excellent départ pris par l’économie de la zone euro laisse anticiper une révision à la hausse des prévisions de croissance et d’inflation pour la région en 2018 par les experts, ainsi qu’un abandon du biais accommodant de la politique monétaire. »

Diverses publications économiques ou indicateurs anticipés sont venus conforter cette semaine l’analyse ci-dessus.

Le 26 la BCE a publié ses indicateurs monétaires pour décembre. La masse monétaire M1 (étroite) a ralenti de +9,1% en novembre à +8,6% en décembre ainsi que la masse élargie M3 qui est passée de +4,9% à +4,6%. Ceci reflète une reprise de l’inflation qui devrait rester modeste.

Les prêts bancaires dans l’Eurozone sont passés d’une progression de +2,9% à +2,8%, inchangés pour les prêts aux particuliers à +2,8% mais les prêts aux entreprises non financières passent de +3,1% à +2,9%. Par pays les prêts aux entreprises non financières sont en hausse de +6,3% en France, et en accélération, stables en Allemagne (+4,9%) et en Espagne (+0,1%) mais toujours en recul en Italie (-4,1%). Cependant le BLS (Bank Lending Survey) indique que la croissance du crédit va accélérer au T1 2018, tant pour les crédits à la consommation que pour l’investissement.

Les indicateurs nationaux anticipés allemands ZEW (le 23) et IFO (le 25) ont également été excellents.

Le ZEW a monté de 3 points en janvier à 20,4 et la situation actuelle de 5,9 points à 95,2 au plus haut depuis la création de l’enquête en décembre 1991. L’analyse de l’environnement économique global en Europe et aux États-Unis est beaucoup plus favorable qu’à la fin de 2017 selon le professeur Achim Wambach, président du ZEW. Pour la zone euro le ZEW progresse de 2,8 points à 31,8, la situation actuelle, à 56,4 est 5,7 points plus élevée qu’en décembre. Au sein de la zone euro, la France se distingue, +7,6 points à 24,3 pour la situation actuelle et +5,2 points à 37 pour les perspectives. Après le Japon, la France est le pays où la situation s’améliore le plus mais tous les pays suivis (Eurozone, Allemagne, États-Unis, Japon, Royaume-Uni, France et Italie) voient leur situation s’améliorer ainsi que leurs perspectives.

L’IFO nous dit la même chose, passant de 117,2 à 117,6 alors que le consensus attendait une stabilité, il se situe à son niveau record et reflète une accélération de la croissance attendue au-delà de 3%.

Pour la France, c’est l’enquête sur le climat des affaires de l’INSEE qui confirme les PMI. Les résultats, climat des affaires et confiance des ménages, se sont légèrement dégradés en janvier mais après avoir atteint en décembre leur plus haut depuis 10 ans et la tendance générale reste positive. L’indicateur du climat des affaires reste au-dessus de sa moyenne de long terme, à son 3èmè plus haut depuis 2008 et le climat de l’emploi apparaît stable à un niveau très élevé même si les dirigeants des services, de l’industrie et du bâtiment expriment de fortes inquiétudes quant à leur capacité à recruter. 37% des chefs d’entreprises déclarent rencontrer des goulots d’étranglement, depuis 1990 la proportion n’avait jamais été aussi élevée. A 85,8%, le taux d’utilisation des capacités de production atteint aussi un sommet depuis 10 ans. 

Si le PMI japonais, qui est monté en janvier à 54,4 après 54 en décembre, avec une production au plus haut depuis 47 mois, est du même tonneau que les indicateurs de la zone euro, comme souvent, la situation aux États-Unis est plus contrastée.

Le PMI américain était correct, sans plus, ce qui peut être attribué aux conditions climatiques très difficiles de janvier, mais le PIB du T4 a déçu.

Le PIB a ralenti de +3,2% au T3 à 2,6% au T4, au-dessous du consensus. Le détail est plus rassurant avec une augmentation de la demande domestique, un investissement qui semble s’élargir au-delà du secteur de l’énergie et un recul causé par la diminution des stocks. Néanmoins les surprises sur le PIB du T1 aux États-Unis étant régulières et mauvaises, il ne faut sans doute pas négliger ces signes. 

Lors de sa réunion du 25 janvier, le conseil de la politique monétaire de la BCE n’a apporté aucun changement à ses modalités de sortie de l’assouplissement quantitatif malgré l’embellie économique que connaît la zone euro. L’€ a encore un peu monté après la conférence de presse de Mario Draghi pour toucher 1,25€/$ (1,2427 ce dimanche) bien que celui-ci ait indiqué que plusieurs membres du conseil avaient manifesté leur inquiétude devant la hausse de l’€ qui pouvait être causée selon eux par la possibilité d’une sortie plus rapide du QE. Même Mr Weidman a démenti une telle possibilité.

Nous adhérons au calendrier de la BCE mais il n’en demeure pas moins que si un différenciel de croissance entre États-Unis et Eurozone au profit de l’Eurozone apparaissait au fil des mois, la BCE aurait du mal à empêcher une hausse de l’€ et pour le coup pourrait réviser dans un sens différent de celui attendu les modalités de sortie de l’assouplissement quantitatif. Une dépréciation du $ de 20% en un an est sans doute équivalente à une hausse des taux euros de 0,5 à 0,75% !

Les flux de souscriptions sur les fonds investis en actions ont atteint un niveau record sur la semaine au 24 janvier selon EPFR Global avec des entrées nettes à 33,2 milliards$ (26,64 milliards€).

Au cours de la période sous revue, les fonds dédiés aux actions émergentes ont enregistré leur 2ème collecte hebdomadaire la plus élevée, à 8,1 milliards$ et ceux investis en dettes émergentes ont attiré 1,6 milliard$.

Les fonds obligataires, toutes catégories confondues, ont enregistré des souscriptions nettes à hauteur de 4 milliards$ mais ceux dédiés aux obligations à haut rendement ont encore pâti de l’engouement généralisé pour les actions avec des rachats nets de 2,5 milliards$, comme sur 11 des 13 dernières semaines.

Au sein des fonds actions, ceux spécialisés sur les actions européennes ont bénéficié de 4,6 milliards$ d’entrées nettes, le montant hebdomadaire le plus élevé en 37 semaines. La collecte des fonds dédiés aux actions américaines a porté sur 7 milliards$ et celle des fonds en actions japonaises a atteint 3,4 milliards$.

Les fonds investis en métaux précieux, principalement l’or, ont quant à eux connu leur collecte hebdomadaire la plus élevée en près d’un an à 1,5 milliard$.

Nos fonds ont bien traversé la semaine, accompagnant les marchés qui sont, à peu de choses près, stables sur les 5 séances. FCP Mon PEA a cédé Iliad lors de son rebond et Erasmus Mid Cap Euro une petite ligne en Derichebourg qu’Erasmus Small Cap Euro et FCP Mon PEA conservent.

Nous avons rencontré plusieurs entreprises dans lesquelles nous sommes investis cette semaine à l’occasion de la publication de leurs ventes et/ou résultats 2017. Même si les discours ne sont pas homogènes, la tendance générale qui s’en dégage est très favorable. Les SSII françaises Groupe Open et Infotel ont publié de très bons chiffres et fait preuve d’optimisme, Chargeurs, chiffres en ligne, Bigben Interactive, chiffres en ligne mais report de la sortie de nouveaux jeux, l’allemand GEA a déçu et se plaint de l’effet $ faible. Les discours les plus intéressants ont été ceux de Seb : ventes +9%, résultats au-dessus de la guidance, Eurozone et Chine meilleurs que prévus mais États-Unis affectés par les faillites de magasins causées par les vendeurs en ligne, et un effet devise à -3% le premier marché de Seb étant la Chine ; de ST Microelectronics, chiffres meilleurs que prévu, annonce de forts investissements, un S2 qui devrait être formidable et une dépendance plus faible qu’attendu vis à vis d’Apple au profit de l’automobile et des objets connectés. Le plus inattendu, LVMH avec Bernard Arnault optimiste, ce qui n’était pas le cas l’an dernier, il pense gagner plus sur la baisse des impôts aux États-Unis que LVMH ne perdra sur la faiblesse du $ et annonce un mois de janvier fort, sur la lancée de la fin de l’année ; Hermès devrait donc aussi en profiter.

Pour le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet, les révisions à la hausse continuent, plus fortes aux États-Unis qui bénéficient du double effet devises et IS. Sur la semaine, le Stoxx600 européen voit la prévision de résultats varier de +0,1% sur 2017 et de +0,3% sur 2018. La croissance attendue est de +27,6% pour 2017 et de +9% pour 2018. Aux États-Unis pour le S&P500 la prévision de résultats varie de +0,7% sur 2017 et de +0,9% sur 2018. La croissance annuelle 2017 est attendue à +9% et à +15,6% pour 2018. 

Bonne semaine à tous.