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21 mai 2018

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

L’économie mondiale avait surpris par sa vigueur fin 2017, mais son pic est maintenant derrière nous. L’ampleur du ralentissement pourrait être, selon les éléments dont nous disposons à ce jour, modeste et temporaire. En effet la croissance fait de la résistance : aux États-Unis actuellement et, selon nous, dès le S2 en Eurozone.

Toutefois il ne faut pas que la géopolitique devienne un boulet. Aux embardées de Donald Trump s’ajoute aujourd’hui l’inquiétude que suscite l’Italie. La probabilité d’un très net creusement des déficits publics s’est largement renforcée et le président de la République aura peu de capacités de blocage face à un gouvernement soutenu par une large majorité parlementaire.

Ces changements nous conduisent à ajuster nos portefeuilles au fil de l’eau pour essayer de rester en phase avec les marchés. 

Comme cela était attendu, la seconde estimation du PIB du T1 pour l’Eurozone a confirmé un ralentissement à +0,4% après +0,7% au T4 2017. La croissance a été tirée par l’investissement alors que la consommation a ralenti et que les exportations sont en recul comme la production industrielle. Des effets saisonniers, climat, épidémie de grippe en Allemagne, grèves ont pu avoir un impact négatif mais insuffisant pour expliquer un tel recul.

Le T2 pourrait montrer un rebond mais les grèves en France, l’extension des conflits commerciaux à l’Iran et la probabilité d’un gouvernement italien euro sceptique sont vraisemblablement entrain de freiner exportations et investissement; ces éléments ne sont pas de bon augure pour que ce rebond soit vigoureux.

Le ZEW allemand publié le 15 mai reflète le pessimisme des investisseurs avec des perspectives inchangées à -8,2. En milieu de trimestre cela laisse entrevoir une nouvelle dégradation des exportations allemandes. 

Les nouvelles en provenance des États-Unis ont elles été bien meilleures.

Seules les mises en chantier sont sorties plus faibles qu’attendu, en recul de 4% sur un mois mais en progression de 8% sur un an. Pas d’inquiétudes toutefois puisque le pourcentage de logements inoccupés, que ce soit ceux à louer ou ceux en vente, est à son plus faible niveau depuis le milieu des années 90.

Les ventes au détail sont sorties à +0,3% m/m en avril et +4,7% sur un an, effaçant le mauvais démarrage de l’année.

La production industrielle à +0,7% m/m en avril et +4,5% sur un an est à son plus haut niveau historique, elle est en hausse dans ses trois secteurs : minier (+1,1%), manufacturier (+0,5%) et production d’énergie (+1,9%).

Les deux indicateurs anticipés de la semaine sont également positifs.

L’Empire State de la région de New York progresse de 4,3 pts à 20,1 pour mai, le second meilleur niveau des 6 derniers mois, les répondants signalent une demande plus élevée, une production en croissance et une perception plus positive de leurs perspectives à 6 mois. En conséquence l’investissement devrait continuer de progresser au T2 pour le 6ème trimestre consécutif.

Le Philadelphia Fed Manufacturing Index monte de 11,2 pts à 34,4 pour mai, bien au-dessus des attentes de 21. L’indice enregistre une forte hausse des nouvelles commandes (22,2 pts à 40,6 un plus haut depuis mars 1973) et de la semaine moyenne de travail à 34,4 heures, le niveau le plus élevé des 50 années de collecte des données. Cela suggère que les usines tournent à pleine capacité. 

Maintenant presque toutes les entreprises ont publié leurs chiffres pour le T1 2018.

Pour celles de l’Eurostoxx et en ce qui concerne leur chiffre d’affaires, 36 sur 267 ont publié au-dessus du consensus, 37 au-dessous et 144 en ligne avec les attentes. On voit l’effet devises, avec un $ en recul de près de 20% au T1 vs 2017, et qui, comme cela se doit, touche moins les résultats. Là, et pour 150 entreprises, 68 ont publié au-dessus des attentes, 54 au-dessous et 28 en ligne. L’effet devises sur les cours de change d’aujourd’hui, devrait être moitié moins fort au T2. (Chiffres Société Générale).

Les marchés de la région affichent toujours des valorisations raisonnables, celles-ci sont moins affectées qu’aux États-Unis par la hausse des taux longs qui pénalise les actions américaines. Un affaiblissement de l’€ au cours des mois à venir et des coûts de financement très bas ajoutent à l’intérêt de l’Eurozone.

Sur le plan sectoriel, nous privilégions toujours les actions de l’énergie qui bénéficient de la hausse des cours du pétrole (Total frôle la limite autorisée à 9,93% de pondération dans FCP Mon PEA) et nous maintenons notre sous pondération sur les secteurs défensifs comme les services aux collectivités et les biens de consommation de base. L’argumentaire d’investissement pour les entreprises cycliques est devenu moins convaincant. Selon Pictet les actions mondiales cycliques s’échangent maintenant avec une prime élevée de 22% sur une base ajustée en fonction du cycle par rapport à leurs homologues défensifs. En matière de capitalisation boursière, les actions cycliques ont surperformé les actions défensives de 40% depuis juillet 2016. Nous pourrions envisager d’augmenter notre exposition aux titres défensifs si la faiblesse de l’économie de l’Eurozone devait perdurer.

Notre stratégie plus prudente se reflète encore par les niveaux élevés de cash dans les portefeuilles : 8,4% pour FCP Mon PEA, 5,69% pour Erasmus Mid Cap Euro, 7,89% pour Erasmus Small Cap Euro et 9,94% pour Erasmus Micro Cap Euro.

Beaucoup de mouvements dans nos portefeuilles la semaine dernière.

Erasmus Small Cap Euro et Erasmus Micro Cap Euro ont cédé le fabricant et distributeur de matelas et sommiers néerlandais Beter Bed. FCP Mon PEA et Erasmus Mid Cap Euro ont cédé le fabricant de tubes français Vallourec à l’occasion d’une publication controversée.

FCP Mon PEA a encore cédé le blanchisseur Elis et les titres de l’équipementier sportif allemand Puma qui lui avaient été attribués par détachement des titres Kering en portefeuille. A défaut de Worldline, que je trouve trop cher, j’ai acheté sa maison-mère Atos à un prix plus raisonnable après l’échec de sa tentative d’OPA sur Gemalto.

Lors de son introduction en bourse, Aymeric a constitué une ligne en titres du studio de jeux vidéo français DontNod Entertainment (Remember Me, Life Is Strange, Vampyr..).

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen attend pour 2018 une progression des bénéfices de 8% et de 8,8% pour 2019. Aux États-Unis pour le S&P500 la croissance annuelle 2018 est attendue à +17,5% et à +8,2% pour 2019.

Au cours du dernier mois de publication, les deux secteurs du Stoxx600 ayant eu pour 2018 et 2019 les plus fortes révisions à la hausse sont Oils (+9,3%, +12,1%) et Metals & Mining (+5,8%, +4,8%) et pour les plus fortes révisions à la baisse Consumer Goods (-10,9%, -10,5%) et Airlines (-2,9%, -5,5%). 

Bonne semaine à tous et à dans trois semaines !