Les banques centrales travaillent bien. Trump fait des siennes

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18 juin 2018

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Les conclusions des réunions de la Fed et de la BCE ont été des messages meilleurs qu’attendu en particulier celui de la banque centrale européenne. Mercredi et jeudi les marchés ne s’y sont pas trompés.

Malheureusement une nouvelle foucade de Trump dans la nuit du jeudi au vendredi a cassé l’atmosphère constructive qui commençait à s’installer. Aux nouvelles taxes décidés par le président américain, Canada, Chine et Europe ont du répondre par des représailles. Si ce n’est pas une guerre commerciale, ça y ressemble quand même de plus en plus.

En dépit des incertitudes de court terme sur la croissance économique, la BCE a conclu jeudi, sa réunion par un message très clair : la banque centrale prolonge jusqu’à la fin 2018 ses achats d’actifs mais entre octobre et décembre ils passeront de 30 à 15 milliards € par mois. Sans doute pour contrebalancer la fin de ses achats d’actifs, même si celle-ci était attendue, la BCE a déclaré qu’elle attendrait la fin de l’été 2019 pour procéder à sa première hausse des taux directeurs en l’absence de surprise économique majeure. L’intention de la BCE est claire : pour empêcher les marchés d’anticiper une hausse des taux plus tôt, elle préfère fixer elle-même l’échéance et ainsi maintenir les taux de marché à des niveaux très bas.

C’est beaucoup mieux que les attentes des marchés même si la porte n’est pas complétement fermée en fonction des publications à venir d’inflation et de croissance, car il faudrait vraiment désormais de très grosses surprises pour que le calendrier indiqué soit modifié.

Ce message est très rassurant pour les marchés :

  • Par sa grande clarté : il est désormais très peu probable que les taux montent avant l’automne 2019.
  • La BCE reste confiante sur la solidité de la croissance même si celle-ci ne retrouvera pas la progression très rapide de 2017. Les prévisions de la banque centrale pour 2018 ont été abaissées de +2,4% à +2,1% à cause d’incertitudes temporaires aux niveaux domestique et global qui pèsent sur le court terme. La BCE est confiante dans ses prévisions de moyen terme et indique que la faiblesse des publications récentes reste cohérente avec une croissance économique solide et largement répartie.
  • En conséquence les marchés gagnent une longue visibilité et les réflexions sur la partie non balisée des hausses des taux directeurs n’agiteront les marchés que dans un an.

Si la BCE a coupé ses prévisions de PIB pour 2018 de 2,4% à 2,1%, elle a laissé 2019 et 2020 inchangés à 1,9% et 1,7% respectivement. Pour ce qui est de l’inflation, la BCE a relevé ses prévisions 2018 et 2019 de 1,4% à 1,7% et maintenu ses attentes pour 2020 à 1,7% ; les révisions pour 2018 et 2019 reflètent largement la hausse du prix de l’énergie. Les prévisions pour l’inflation sous jacente sont revues à la hausse pour 2019 (1,6% vs 1,5%) et 2020 (1,9% vs 1,8%) à cause du manque de main d’œuvre qui entraîne des hausses de salaires. Mario Draghi a indiqué que les incertitudes de voir l’inflation s’approcher de l’objectif de la BCE avaient diminué.

Si la BCE continue à voir les risques sur ses prévisions de croissance « équilibrés », elle note pour la première fois que « les incertitudes relatives à l’économie globale, et la menace d’un protectionnisme accru, sont devenues plus importantes ». Ce qui revient à dire quand même que ces risques sont plus importants à la baisse qu’à la hausse. Mr Draghi a d’ailleurs précisé que les prévisions de la BCE ne prenait en compte aucune des mesures protectionnistes annoncées mais qui ne sont pas encore en place.

Deux publications pour l’Eurozone à mentionner cette semaine : d’abord le recul de 0,9% de la production industrielle (vs consensus -0,5%) qui ramène son taux de progression annuel de +3,2% à +1,7%, ce recul étant largement réparti puisque la production recule dans les cinq économies les plus importantes ; ensuite la croissance de l’emploi à +0,4% au T1 2018 après +0,3% au T4 2017, ce qui constitue un bon soutien à la consommation et à la croissance pour cette année.

Aux États-Unis, la Fed a relevé lors de sa réunion des 12-13 juin ses taux directeurs à 1,75/2% et annoncé l’accélération de la réduction de la taille de son bilan en passant d’un rythme de 30 milliards$ à 40 milliards$ par mois de ventes d’actifs.

Les participants ont relevé leurs prévisions de croissance et d’inflation, diminué celles de taux de chômage et en conséquence les membres ont modifié leurs anticipations de hausses des taux directeurs, ils prévoient cette année deux hausses supplémentaires contre une auparavant. Ces modifications reflètent un jugement plus confiant dans le cycle économique : la croissance est plus solide, elle s’appuie tant sur l’accélération de la consommation que sur celle de l’investissement alors que l’inflation est désormais autour de l’objectif (2%) de la banque centrale.

La prévision de croissance pour 2018 passe de +2,7 à +2,8%, les prévisions pour 2019 et 2020 étant inchangées à +2,4% et +2%.

Pour ce qui est de l’inflation, les attentes passent à 2,1% vs 1,9% pour 2018 et 2% pour 2019. L’inflation PCE, la meilleure mesure pour la Fed, est déjà à 2% et devrait avoir monté en mai.

En ce qui concerne le chômage, la Fed attend désormais 3,6% fin 2018 (vs 3,8%) et 3,5% vs 3,6% pour 2019 et 2020. Comme la banque centrale estime toujours que le niveau de plein emploi est atteint avec un taux de chômage de 4,5%, la pression des hausses salariales doit continuer à augmenter.

Enfin la Fed a supprimé de son compte rendu la mention « les taux directeurs vont vraisemblablement rester pour quelque temps en dessous des niveaux qui doivent prévaloir sur le long terme ». Ceci est très clair : cela veut sans doute dire que l’an prochain les taux directeurs devraient dépasser le niveau qui doit prévaloir sur le long terme que les membres du FOMC (Federal Open Market Committee) ont confirmé cette semaine à 2,9%. De nouvelles hausses des taux sont donc attendues pour les deux ans qui viennent vers 3% en 2019 et 3,25/3,5% en 2020.

Quelques ombres au tableau : le niveau d’endettement des entreprises non financières et les craintes protectionnistes. Les remontées des Fed régionales indiquent que les chefs d’entreprise américains commencent à s’inquiéter des impacts potentiels des mesures protectionnistes de D. Trump.

Parmi les publications de la semaine, la production industrielle a reculé de 0,1% en mai mais cela fait suite à une hausse de 0,9% en avril, avec un recul de la production du secteur auto (-6,5%) alors que celle des utilities progressait de 1,1% et celle du secteur minier de 1,8% ; l’Empire State Manufacturing (région de New York) progresse pour le 2nd mois consécutif à un plus haut de 8 mois et la composante perspectives monte fortement. En dépit du recul de la production industrielle en mai, les enquêtes suggèrent que la demande reste robuste et les marges favorables, ceci alors que les stocks sont bas et que l’horaire de travail moyen augmente.

Pour le moment l’implémentation des mesures protectionnistes ne semble pas avoir beaucoup d’impact. En fin de semaine le président américain a annoncé de nouvelles mesures visant la Chine à hauteur de 50 milliards $ d’importations, celle-ci a immédiatement pris des mesures de rétorsion pour un montant similaire, visant notamment le soja.

A aujourd’hui les décisions prises sont les suivantes : taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium, 50 milliards $ supplémentaires d’importations chinoises taxées, menace sur l’automobile et en particulier les fabricants allemands.

Les mesures de rétorsion : Canada taxe de 25% sur l’acier et les métaux, taxe de 10% sur divers produits ; Mexique 3 milliards € de taxes sur les importations en provenance des États-Unis de porc, d’acier et de fromage plus en discussion 4 milliards additionnels sur les céréales ; Europe 2,8 milliards € de taxes sur l’acier, l’agro alimentaire dont le bourbon et les motos ; Chine taxes de 25% sur plusieurs produits, 50 milliards supplémentaires taxés dont le soja.

Malheureusement la rhétorique devrait rester agressive en amont des élections de mi-mandat, surtout si elle s’avère payante, ce qui semble être le cas selon les sondages.

Comme nous l’avons vu vendredi, cette incertitude pèse sur les marchés.

Semaine néanmoins de hausse grâce aux banques centrales qui ont provoqué un fort rebond jeudi que nos fonds ont bien accroché à l’exception d’Erasmus Mid Cap Euro. Erasmus Capital Plus redevient positif depuis le début de l’année.

En réaction au changement stratégique que nous avons implémenté la semaine dernière, Nelly Davies a réalisé une série d’arbitrages au sein du portefeuille d’Erasmus Small Cap Euro avec la vente de quatre entreprises à caractère industriel, l’italien Biesse Spa, l’allemand Deutz AG et les finlandais Cramo et Lehto Group qui sont remplacées par trois entreprises françaises, les laboratoires Boiron et Guerbet et le distributeur de matériel informatique LDLC, ainsi que par le fabricant et distributeur néerlandais de produits bio Wessanen.

Pour Erasmus Mid Cap Euro, Frédéric a cédé FNAC Darty, Néopost et Tarkett et pour Erasmus Micro Cap Euro, Aymeric a acheté Atoss Software, à ne pas confondre avec Atos, c’est une SSII allemande spécialistes des produits de SAP.

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/Factset sur le Stoxx600 européen attend une croissance des BPA de +9,3% pour 2018 et +8,9% pour 2019. Les révisions sont de +1% sur le dernier mois. Pour le S&P500 américain, les attentes sont à +18,3% pour 2018 et +8,4% pour 2019 ; stabilité pour 2018 sur un mois et +0,4% sur 2019. Avec la reprise du $ on constate le relèvement des attentes en Europe.

 

Bonne semaine à tous.