Activité, du mieux en juin

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09 juillet 2018

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Cela faisait quelques mois que les indicateurs de l’Eurozone fléchissaient et divergeaient des indicateurs américains : juin apporte un répit en la matière même si les tensions commerciales incitent à la prudence.

Elles amènent, avec l’allure du premier semestre, la plupart des économistes à revoir la croissance de l’année vers le bas pour notre zone, mais heureusement vers le haut pour la Chine et les États-Unis, ce qui devrait soutenir notre activité.

La croissance économique de l’Eurozone rebondit en juin. S’ils ne retrouvent pas leurs niveaux élevés du début de l’année, les taux d’expansion de l’activité et le volume des nouvelles affaires se redressent, portés par une accélération de la croissance dans le secteur des services. Celle-ci atteint en effet un pic de 4 mois, compensant ainsi un nouvel affaiblissement de la hausse de la production dans l’industrie manufacturière.

L’indice PMI final IHS Markit composite pour l’Eurozone s’inscrit à 54,9 en juin, dépassant ainsi son niveau du mois dernier (54,1).

L’Irlande, qui enregistre sa plus forte hausse d’activité depuis 5 mois, se place en tête du classement des pays mais la croissance se renforce également en Allemagne, en France et en Italie. Seule l’Espagne enregistre un fléchissement de la croissance au cours du mois (plus bas de 17 mois).

Faisant écho à la tendance enregistrée pour l’activité, le volume des nouvelles affaires continue d’augmenter, le taux d’expansion se redressant par rapport au mois dernier. Cette reprise de la demande reflète en partie un retour à la normale après les ralentissements provoqués par un nombre exceptionnellement élevé de jours non travaillés en mai. L’accélération de la hausse des entrées de commandes, bien que modérée, a renforcé les pressions sur les capacités opérationnelles des entreprises, celles-ci signalant ainsi une 37ème accumulation mensuelle consécutive de leurs affaires en attente.

Par niveau de croissance, l’Irlande est à 58,1, la France à 55, l’Allemagne et l’Espagne à 54,8 et l’Italie à 53,9.

Un nombre croissant d’entreprises fait néanmoins état de conditions moins favorables sur les marchés, tendances qu’elles attribuent à une montée des inquiétudes relatives aux échanges commerciaux, à un climat politique de plus en plus incertain ainsi qu’à la persistance de contraintes d’offre. Ces craintes se reflètent dans les perspectives d’activité à 12 mois qui se replient à un plus bas de 19 mois en juin.

La forte progression de l’emploi se poursuit, le taux de création de postes se redressant légèrement par rapport au mois dernier. Les effectifs augmentent dans l’ensemble des pays, le rythme des embauches s’accélérant en Allemagne, en France et en Irlande.

En France, à 55 en juin l’indice affiche son 2ème plus faible niveau des 17 derniers mois mais reste toutefois supérieur à sa moyenne de long terme (53,9 depuis mai 1998), signalant encore une croissance assez marquée.

Le raffermissement de la demande client entraîne un rebond du volume des nouvelles affaires. D’après les données sectorielles, ce sont les entreprises de transport et d’entreposage qui signalent la plus forte expansion du nombre de nouveaux contrats, suivies de celles opérant dans le secteur « Hôtels & Restaurants ».

Malgré le regain de croissance des nouvelles affaires, les contraintes de capacité s’atténuent, le volume du travail en attente enregistre sa plus faible hausse depuis août 2017. Le repli du taux d’accumulation des affaires en cours s’explique également par de nouvelles créations de postes. La croissance de l’emploi s’accélère et affiche un rythme soutenu, similaire à ceux enregistrés depuis le début de l’année.

Les perspectives d’activité à 12 mois restent bien orientées en juin, les prestataires de services fondant leurs prévisions de croissance sur la solidité de la conjoncture économique française ainsi que sur le lancement prochain de nouveaux services.

Le taux de chômage en Eurozone pour avril a été révisé en baisse à 8,4%, le plus faible depuis décembre 2008, et en mai le nombre de chômeurs a encore reculé de 125 000, le taux reste inchangé à 8,4%, plus faible qu’attendu.

Les écarts entre les pays se réduisent, le chômage allemand, à 3,4% est stable en mai et le plus faible de la zone alors que le taux espagnol passe de 16% à 15,8% et le taux italien de 11% à 10,7%.

Cette réduction du chômage devrait être un support à la consommation des ménages pour les mois à venir, sans pour autant causer de pressions salariales.

Aux États-Unis, la publication des deux indicateurs anticipés majeurs cette semaine confirme la bonne allure de l’activité actuellement.

Le PMI Manufacturing IHS Markit s’établit à 55,4, en recul par rapport aux 56,4 de mai, mais il établit le T2 comme le trimestre le plus fort depuis le T3 2014.

L’ISM Manufacturing (Institute for Supply Management), à 60,2 en juin, égale celui de septembre 2017, second plus haut de ce cycle économique. Il confirme l’excellent momentum  de l’économie. Les délais de livraison s’allongent et sont à leur second plus haut depuis 1979, ce qui atteste de goulots d’étranglement dans l’économie et de la nécessité d’investissements alors que les tensions commerciales commencent au contraire à entraîner des reports d’investissements.

En mai les dépenses de construction ont progressé de 0,4% sur un mois et de 4,5% sur un an. Cette progression sur un an est tirée par le résidentiel (+6,4%) alors que le non résidentiel progresse de 3%.

Le rapport sur l’emploi pour juin publié vendredi affiche 213 000 créations de postes alors que les mois de mai (+21 000) et avril (+16 000) étaient révisés à la hausse. Si le chômage augmente de 3,8% à 4% et de 7,4% à 7,6% pour le chômage large qui inclut les travailleurs à temps partiels involontaires et les personnes découragées, c’est pour une bonne raison : cela s’explique notamment par le retour d’une partie de la population sur le marché du travail, le taux de participation remonte dans une même ampleur (+0,2% à 62,9%), les américains souhaitant profiter des hausses de salaires et des emplois disponibles plutôt que de rester en marge. En dépit des tensions sur le marché du travail dans cet environnement porteur, la croissance des salaires se stabilise, +0,2% sur le mois pour le salaire horaire et +2,7% sur un an, la tendance reste cependant à l’accélération depuis le début de l’année, notamment dans des secteurs comme la construction et les services aux entreprises.

Un renforcement des couts se dessine aussi (inflation salariale + matières premières) qui devrait amener les entreprises à relever leurs prix de vente. Nous suivrons à cet égard la publication jeudi 12 juillet du taux d’inflation CPI qui, s’il n’est pas celui privilégié par la Fed, représente cependant un bon indicateur avancé de l’inflation PCE. Si le momentum d’inflation reste dynamique, la Fed pourra s’appuyer dessus pour poursuivre son resserrement monétaire dès septembre.

Le Caixin China General Manufacturing PMI reste aussi en territoire positif en juin à 51 (vs 51,1). Il est désormais au-dessus des 50 depuis 13 mois mais l’expansion reste modérée, les commandes à l’exportation reculent pour le 3ème mois consécutif et les perspectives à 12 mois reculent aussi. Là encore, le secteur des services est dans une meilleure situation que le secteur manufacturier.

Comme indiqué au début de cette lettre, un point maintenant sur les révisions des prévisions de croissance pour 2018 et 2019 à partir de la mise à jour que Berenberg (H Schmieding, M Levy et K Pickering) vient de faire des siennes.

Pour 2018, Berenberg laisse la croissance mondiale inchangée, il relève les États-Unis de 2,9% à 3% et la Chine de 6,4% à 6,6% mais simultanément le Japon est revu de 1,5% à 1,3%, l’Eurozone de 2,4% à 2,1% dont l’Allemagne de 2,5% à 2,2%, la France de 2,2% à 1,9%, l’Italie de 1,6% à 1,2%, l’Espagne de 2,8% à 2,7% et la Grande-Bretagne de 1,8% à,1,4%.

Pour 2019, la croissance globale est revue à la hausse à 3% vs 2,9%, il en est de même pour les États-Unis 2,8% vs 2,7%, la Chine 6,4% vs 6,1% et le Japon 1,1% vs 1%. Par contre -0,1% pour l’Eurozone à 2%, stabilité à 2% aussi pour l’Allemagne, la France passe de 2,3% à 2,1%, l’Italie de 1,5% à 1,2%, l’Espagne de 2,7% à 2,6% et la Grande-Bretagne de 1,9% à 1,8%.

Berenberg note : « L’économie globale n’a pas atteint la fin de son cycle d’expansion en dépit de risques politiques sérieux. Les fondamentaux économiques indiquent une poursuite d’une croissance saine dans la plupart des pays développés et des économies émergentes… Les tensions commerciales résultant des décisions du président américain D. Trump pèsent sur les perspectives de l’Europe et d’autres parties du monde… C’est largement en conséquence de ces tensions commerciales et des prix plus élevés de l’énergie que nous avons sensiblement diminué nos attentes pour l’Europe au cours des 6 derniers mois. En dépit de préoccupations récentes, la Chine résiste mieux que nous l’escomptions… Mais la balance des risques penche désormais vers le bas ».

Semaine difficile pour nos fonds, les marchés s’étant repris sur le thème des entreprises défensives oubliées. FCP Mon PEA conserve cependant un peu d’avance sur son indice de référence le CAC40 NR.

Quelques mouvements, Frédéric a acheté l’entreprise néerlandaise de construction VolckerWessels sur un fort repli pour Erasmus Mid Cap Euro, Nelly continue ses allégements sur les cycliques (vente de Jacquet Métal) et l’Italie (vente de Farmafactoring) pour Erasmus Small Cap Euro et Aymeric a acheté pour Erasmus Micro Cap Euro une belle entreprise française de croissance, Delta Plus Group.

 

Bonne semaine à tous.