Le ralentissement s'intensifie, les marchés regardent ailleurs

  -  Les commentaires de nos équipes

28 janvier 2019

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Ce titre n’est pas pour dire que les marchés ont tort : ils analysent aujourd’hui que la faiblesse économique de ce début d’année pourra être surmontée. D’abord au 1er semestre par un surcroît de consommation lié aux politiques budgétaires, puis au 2nd, après un accord commercial États-Unis/Chine, par une reprise de l’investissement des entreprises et un retour d’optimisme.

Pourquoi pas, et c’est ce que nous souhaitons.

Le chemin risque toutefois d’être chaotique tant semaine après semaine les publications économiques et d’entreprises reflètent la dégradation progressive de la situation, en particulier en Europe.

Les premiers indicateurs publiés pour le mois de janvier en Eurozone ont été de nouveaux désappointements, la pire déception étant pour la France où la protestation des « gilets jaunes » a finalement sévèrement touché l’économie, mais l’Allemagne n’est pas épargnée.

Les données PMI Markit signalent un nouveau ralentissement de la croissance en zone €, elle affiche un niveau de plus en plus proche de la stagnation avec sa plus faible expansion depuis 5 ans et demi alors que la demande recule pour la 1ère fois depuis plus de 4 ans.

L’indice PMI IHS Markit Composite se replie à 50,7 en janvier vs 51,1 en décembre, affichant son plus bas niveau depuis juillet 2013.

La croissance affiche un niveau proche de la stagnation dans les deux secteurs étudiés. L’industrie manufacturière enregistre sa plus faible expansion depuis juillet 2013 et pour les services depuis août 2013.

Reculant pour la 1ère fois depuis novembre 2014, le volume des nouvelles affaires enregistre sa plus forte contraction depuis juin 2013.

Les fabricants signalent une baisse de leurs commandes pour le 4ème  mois consécutif, plus forte contraction depuis novembre 2014 et les contrats obtenus par les prestataires de services reculent pour la 1ère fois depuis juillet 2013.

Le recul des carnets de commandes résulte d’un nouvel affaiblissement sur les marchés à l’export, le volume des exportations diminue pour le 4ème mois consécutif, la baisse de la demande étrangère s’accélère dans le secteur des services.

Le volume du travail en attente diminue pour le 2ème mois consécutif, le taux de repli affichant son plus haut niveau depuis décembre 2014. Les entrées de commandes diminuant, le traitement des affaires en cours a permis aux entreprises de maintenir leur niveau d’activité.

La baisse des nouvelles affaires a incité les entreprises à limiter les embauches et la croissance de l’emploi se replie pour le 5ème mois consécutif, elle affiche son rythme le plus faible depuis septembre 2016. Les créations de postes ralentissent dans les deux secteurs, le repli étant particulièrement marqué dans les services.

Cependant, la confiance s’est légèrement améliorée en janvier, le degré d’optimisme restant néanmoins proche des creux de 4 ans enregistrés récemment. Les perspectives d’activité à 12 mois restent peu favorables, les répondants se disant préoccupés par un risque de détérioration de la conjoncture mondiale en 2019, inquiétudes qu’ils expliquent par les guerres commerciales, le Brexit et la montée des tensions politiques, principalement en France et en Italie mais également au niveau mondial.

En France, la baisse de l’activité s’accélère, le taux de contraction atteignant son plus haut niveau depuis novembre 2014. L’activité recule tant pour le secteur manufacturier que dans celui des services à cause des perturbations causées par les « gilets jaunes » et d’un environnement de moins en moins favorable à la demande.

En Allemagne, les données PMI signalent une légère accélération de l’expansion portée par un regain de croissance dans les services, mais l’industrie manufacturière allemande se contracte pour la 1ère fois depuis novembre 2014 à la suite des plus fortes baisses des nouvelles commandes et des ventes à l’export depuis décembre 2012.

Dans le reste de la zone € la croissance se replie à son plus bas niveau depuis novembre 2013, la hausse de l’activité en janvier est marginale. Les nouvelles commandes reculent pour la 1ère fois depuis 5 ans et demi dans le manufacturier.

Les autres publications de la semaine ne contredisent pas les PMI.

Le Bank Lending Survey de la BCE montre un ralentissement de la demande de crédits, en particulier de la demande de prêts hypothécaires et de crédits à la consommation. Les banques italiennes deviennent plus prudentes et resserrent leurs conditions d’octroi de crédits.

Des deux indicateurs allemands, le ZEW, basé sur les réponses des investisseurs, voit les perspectives se redresser (+6,6 pts à -17,5pts) tout en restant négatives alors que la situation actuelle se dégrade rapidement (-12,9pts à 45,3pts). Pour l’IFO, enquête auprès de l’ensemble des secteurs, la dégradation continue et l’indicateur, à 99,1, quitte la zone d’expansion pour la 1ère fois depuis 2011 ; la situation actuelle se dégrade peu (104,3 vs 104,9), les perspectives davantage (94,2 vs 97,3) et tous les secteurs (services, manufacturier, distribution et construction) se dégradent.

Bonne surprise avec l’enquête de janvier de l’INSEE sur le climat des affaires dans l’industrie manufacturière en France : il se maintient au-dessus de sa moyenne à 103 en janvier après avoir perdu 2 points en décembre. En termes sectoriels, l’agro-alimentaire et les biens d’équipements résistent bien, et au sein de ces derniers les produits informatiques, électroniques et optiques connaissent un fort rebond depuis 3 mois.

 

L’IHS Markit Flash US PMI reflète un solide démarrage de 2019 pour l’économie américaine qui continue sa progression au même rythme qu’au T4 2018. La production manufacturière (55,9 vs 54,3) est même à un plus haut de 8 mois. Les entreprises enregistrent un rebond des nouvelles commandes qui repose sur des conditions économiques en amélioration et une confiance résiliente des clients. Le « shutdown » semble avoir peu affecté la demande.

Les carnets de commandes augmentent légèrement en janvier, cependant il y a un ralentissement des nouvelles embauches au plus bas depuis mai 2017. Quelques répondants attribuent celui-ci à des efforts en investissements productifs et réduction des coûts.

Par contre, la tendance négative sur l’immobilier résidentiel se confirme en décembre avec un recul des ventes de logements existants de 6,4%, à leur niveau le plus bas depuis novembre 2015. Le « shutdown » peut avoir affecté la signature de certains actes et les chiffres de janvier et février seront éclairants à cet égard.

 

Malgré une actualité macro décevante confirmant un ralentissement de la croissance économique, les marchés européens se sont bien comportés, soutenus par les propos accommodants de Mario Draghi, les développements supposés constructifs sur le front commercial ainsi qu’un relatif optimisme des entreprises lors des publications de leurs chiffres 2018, optimisme portant sur le S2 2019.

Les flux sur les fonds actions continuent à être négatifs, mais faiblement, ils sont positifs sur le Japon et les pays émergents. Ils sont aussi positifs sur les fonds monétaires, obligataires et de matières premières ;

Si les indices américains terminent la semaine sur une note stable, une hausse est enregistrée en zone euro avec +0,9% pour l’Eurostoxx50 et +1% pour le CAC40.

Le secteur Technologie (+3,1%) affiche la meilleure performance sectorielle de la semaine grâce à la publication de STMicroelectronics (+11,8%) meilleure qu’attendu, et aux nouveaux contrats gagnés par Wirecard AG (+11,7%) ; il est suivi par l’Automobile (+2,7%) et la Distribution (+2,7%).

A contrario, le secteur des Télécommunications (-2,5%) est pénalisé par la performance de Vodafone (-8,3%) à cause du ralentissement de son activité de services ; Pétrole & Gaz (-1,2%) recule avec le prix du baril et Santé (-1,2%) car la semaine a favorisé les secteurs cycliques.

Si FCP Mon PEA a progressé un peu moins que le CAC40 sur la semaine, nos autres fonds ont fait aussi bien sinon mieux (Micro, Mid et Capital +) que leurs indices de référence. A vendredi soir Erasmus Small Cap Euro dépasse même 10% de progression depuis le début de l’année !

Erasmus Small Cap Euro et Erasmus Micro Cap Euro ont enregistré le dénouement de l’OPA sur Kottipizza (restauration en Finlande) et Aymeric (Micro) a cédé la société allemande All For One Steed (+14,11% depuis le début de l’année). Hugo (Small) a fait davantage de mouvements avec la vente de Stratec Biomedical Systems en très fort rebond (+24,85% depuis le début de l’année) et les achats de Mersen, SES Imagotag et Virbac.

Si les marchés anticipent un S2 2019 plus prometteur, les analystes financiers enregistrent eux les publications 2018 et les commentaires des entreprises sur l’année 2019 et en particulier le S1 pour lequel la visibilité est maintenant assez forte. Avec ces nouveaux éclairages, la tendance des révisions à la baisse des prévisions de résultats 2018 et 2019 s’accélère. Le consensus FactSet sur le Stoxx600 européen a ainsi été révisé depuis un mois de -1,2% pour 2018 et -1,7% pour 2019, idem aux États-Unis pour le S&P500, -0,3% pour 2018 et -2,1% pour 2019. Pour l’Europe, la croissance annuelle attendue est de +6,8% pour 2018 et de +7,9% pour 2019, aux États-Unis, la progression annuelle 2018 est attendue à +17,6% et à +4,1% pour 2019.

 

Bonne semaine à tous.