Quel compromis ?

  -  Les commentaires de nos équipes

01 juillet 2019

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Le G20 d’Osaka s’est donc conclu par un compromis entre les présidents Trump et Xi : un accord pour reprendre les négociations et reporter la mise en place d’une 3ème vague de taxes sur un montant d’exportations chinoises de 300 milliards$. Ce compromis va renforcer les attentes des marchés qui peuvent également compter sur la Fed pour soutenir leur sentiment positif ces prochains mois.

Le risque de correction après le rallye du mois de juin semble donc écarté, l’espoir d’un rebond de la croissance en fin d’année et au S1 2020 est de retour. C’est sans doute ce que souhaitait le président américain. 

Celui-ci a fait de véritables concessions. Par exemple sur le dossier Huawei qui est pour Pékin à la fois un exemple et un premier leadership technologique. Malgré de bons arguments, la pression des fournisseurs américains de Huawei sur l’administration Trump avec les menaces sur les emplois à la clef a du jouer son rôle. Huawei est aujourd’hui dépendant de technologies américaines. Compte tenu de cette leçon, il y a fort à parier qu’il le sera moins demain et qu’il trouvera progressivement des alternatives à ses fournisseurs américains.

Pour la Chine, le compromis est gagnant : échanger des achats massifs de produits agricoles américains contre la poursuite de ses avancées technologiques préserve l’avenir de ses industries de pointe.

Pour Donald Trump aussi : il renforce ses chances de réélection.

C’est simplement une cause moins noble. 

L’Economic Sentiment Indicator de la Commission Européenne a reculé en juin à 103,3 vs 105,2 en mai, c’est un plus bas de 34 mois. De modestes améliorations du sentiment pour la construction et la distribution n’ont pas suffi pour compenser le recul des consommateurs, services et industriels ; Le sentiment des industriels est même tombé à son niveau le plus faible depuis septembre 2013, quand l’Eurozone commençait juste à sortir de la récession.

La décomposition par pays montre une forte dégradation en Allemagne (102,6 vs 105,5) et en Italie (100,2 vs 101,7) où le PIB pourrait être en recul au T2. La France résiste mieux (103,9 vs 104,9) et reste bien au-dessus de la période « gilets jaunes » sans pour autant qu’elle puisse totalement échapper au ralentissement de ses voisins.

Le très fiable indicateur allemand IFO confirme l’ESI, à 97,4 vs 97,9 en mai il est au plus bas depuis novembre 2014 et lui aussi fait craindre un PIB allemand négatif au T2.

En France le climat des affaires mesuré par l’INSEE est resté stable en juin, il se situe à 106 pour le 3ème mois consécutif, bien au-dessus de sa moyenne. Par rapport à mai, il gagne un point dans les services, en perd deux dans l’industrie manufacturière et il est stable dans le bâtiment et le commerce de détail ; il se situe dans tous les secteurs au-dessus de sa moyenne de longue période. Le climat de l’emploi s’améliore après s’être un peu replié le mois précédent : à 107 son indicateur gagne deux points. Cette amélioration est le fait de la hausse du solde d’opinions relatif à l’emploi prévu dans les services hors agences d’intérim et dans une moindre mesure , de ceux relatifs à l’emploi passé et prévu dans les agences d’intérim.

L’enquête de juin de conjoncture de l’INSEE auprès des ménages montre que leur confiance dans la situation économique s’accroît pour le 6ème mois consécutif. L’indicateur gagne deux points et à 101 il dépasse sa moyenne de longue période (100) pour la 1ère fois depuis avril 2018. Si le solde d’opinion quand à leur situation financière future perd un point, la proportion de ménages estimant qu’il est opportun de faire des achats importants augmente pour le 6ème mois consécutif. L’opinion des ménages sur leur capacité d’épargne s’améliore, le solde relatif gagne 3 points quant à leur capacité d’épargne future et celui de leur capacité d’épargne actuelle gagne un point.

En juin, la part des ménages qui considère que le niveau de vie passé en France s’est amélioré au cours des 12 derniers mois augmente nettement et le solde correspondant gagne 7 points et repasse au-dessus de sa moyenne comme celui sur le niveau de vie futur qui gagne 2 points.

Les craintes des ménages concernant l’évolution du chômage sont stables en juin : le solde correspondant se maintient à son niveau de mai, mois où il avait fortement diminué (-10 points) : il reste ainsi bien au-dessous de sa moyenne.

Pour la BCE la faiblesse en tendance de l’inflation ainsi que la chute des anticipations d’inflation, la stagnation de l’Allemagne, le recul de l’Italie constituent un cocktail à risques nécessitant d’intervenir en soutien. C’est ce qui explique le discours très accommodant de Mario Draghi à Sintra. Nous pensons que la BCE modifiera sa guidance en juillet en vue de baisser ses taux directeurs en septembre prochain, notamment le taux de rémunération des dépôts qui a un impact sensible sur le taux de change. Si les publications des 3 prochaines semaines sont très faibles, elle pourrait même agir dès juillet. 

Aux États-Unis le Conference Board Consumer US Confidence Index de juin confirme une substantielle dégradation de la confiance des ménages qui pourrait affecter la croissance de la consommation.

L’indicateur de confiance recule de 9,8 pts à 121,5 en juin, le niveau le plus bas depuis septembre 2017. Le recul de juin a probablement été amplifié par les tensions commerciales avec le Mexique du début du mois et la tourmente sur les marchés financiers en mai, celle-ci avait déjà affecté les consommateurs à la fin 2018 avec le « shutdown ». Les consommateurs deviennent moins optimistes sur l’emploi, l’activité actuelle et future, revoient à la baisse leurs attentes de rémunération et en conséquence leurs plans d’investissements futurs. Davantage de ménages pensent que les taux vont baisser mais ils sont aussi plus nombreux à penser que la bourse va baisser au cours des 12 prochains mois. 

Le Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis enregistre un recul de 0,7% m/m en avril du commerce international, le 5ème recul en 8 mois qui porte les volumes échangés 2,3% sous le niveau de leur pic d’octobre 2018. Sur un an le volume est en hausse de +0,1% vs +1,4% le mois précédent.

La production industrielle mondiale recule de 0,6% m/m portant sa variation annuelle à +0,9% vs +1,3%. Aux États-Unis la croissance de l’activité manufacturière a diminué de moitié en un an.

Ces données étant des tendances longues, malgré le compromis d’Osaka il ne faut pas s’attendre à un rebond du commerce international ou de l’activité manufacturière avant la toute fin d’année. 

Semaine d’attente sur les marchés et donc de faibles variations :S&P500 -0,4%, Nasdaq -0,3%, Stoxx600 0%, EuroStoxx50 +0,2%, CAC40 +0,2%, Dax +0,5%, Nikkei 225 +0,1% et Shanghai SE -0,8%. Le Bund descend à -0,33% (-4,3bp) et le 10 ans US à 2,00% (-4,9bp), l’€/$ étant quasi stable à 1,136.

En termes sectoriels sur le Stoxx600, Voyages et Loisirs +2,3%, Matériaux de base +2,1% et Technologie +1,6% tirent leur épingle du jeu alors que les Utilities -2,0%,l’immobilier -1,7% et les Télécommunications -0,8% sont à la traîne.

Nos fonds font une semaine en ligne avec leurs indices et terminent le semestre à des hauteurs sympathiques, de +15,83% à +17,62% pour les fonds actions et +5,35% pour notre fonds patrimonial.

Deux mouvements à signaler cette semaine : pour Erasmus Mid Cap Euro, Aymeric a cédé M6-Métropole TV après un excellent parcours ce semestre (+25,71%) et pour FCP Mon PEA achat de Sartorius Stedim Biotech qui propose des solutions intégrées dans les domaines de la fermentation, de la filtration, du traitement, du stockage des fluides ainsi que des technologies de laboratoire, l’entreprise aide ses clients à développer et fabriquer leurs médicaments.

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen attend une croissance de +5,6% pour 2019 et +9,4% pour 2020. Aux États-Unis et pour le S&P500 la croissance annuelle 2019 est attendue à +2,5% et à +8,7% pour 2020. Sur le dernier mois et avant les publications du semestre les révisions ont été à la baisse de -0,9% en Europe et de -0,6% aux États-Unis. 

Bonne semaine à tous.