Pas de rebond en vue

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29 juillet 2019

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

De rebond du secteur industriel en tout cas. La publication des PMI de juillet repousse au mieux au début 2020 la reprise du secteur manufacturier alors que l’optimisme s’est légèrement renforcé dans les services.

De là des divergences accrues entre les économies allemande et française. Les risques extérieurs sont baissiers et leur principal relais est le secteur industriel dont le poids est modeste en France où il résiste plutôt bien. Il est frappant que l’écart entre les indices allemand et français manufacturiers (50,0 vs 43,1 en juillet) soit aujourd’hui le plus important depuis 1999, date de création de l’€.

Il est illusoire d’attendre une reprise significative de l’activité d’ici la fin de l’année et cette situation conforte l’analyse selon laquelle le rôle des banques centrales sera clef durant ce semestre ; En matière de stratégie d’investissement il n’y a pas de bonnes surprises à attendre du secteur industriel. 

Affaiblie par une accélération de la contraction dans le secteur manufacturier et par une légère modération de la croissance dans le secteur des services, l’expansion de l’Eurozone a ralenti en juillet. L’indice PMI Composite Flash IHS Markit s’est établi à 51,5 vs 52,2 en juin, il affiche ainsi un de ses plus faibles niveaux des 6 dernières années.

Cette modeste expansion globale masque des divergences croissantes entre les deux secteurs étudiés. L’écart mis en évidence est le plus important depuis avril 2009 avec une croissance toujours soutenue des services tandis que les fabricants signalent la plus forte contraction de leur production depuis avril 2013.

Les données de l’enquête montrent une quasi-stagnation du volume des nouvelles affaires à un creux de 5 mois qui résulte d’un ralentissement de la hausse des nouveaux contrats dans le secteur des services et surtout de la 2ème plus forte baisse des nouvelles commandes depuis 2012 dans l’industrie manufacturière.

Pesant particulièrement sur la croissance de la région, les nouvelles commandes à l’export ont enregistré leur plus forte contraction depuis la fin de l’année 2014 et dans l’industrie manufacturière. Les fabricants ont signalé le plus fort recul de leurs exportations depuis novembre 2011.

Les perspectives d’activité se sont également détériorées, le taux de confiance se repliant à son plus faible niveau depuis octobre 2014. Si l’optimisme s’est légèrement renforcé dans les services, cette tendance a été contrebalancée par un repli de la confiance à son plus bas niveau depuis décembre 2012 dans l’industrie. Les répondants expliquent cet affaiblissement des perspectives de croissance par le risque d’intensification des guerres commerciales et de ralentissement de la croissance économique nationale et globale ainsi que par la montée des tensions géopolitiques notamment liées au Brexit .

Les détériorations des perspectives d’activité et la faiblesse des carnets de commandes ont conduit les entreprises à limiter les embauches, l’emploi a enregistré sa plus faible croissance depuis 34 mois. Pour le 3ème mois consécutif les effectifs reculent dans l’industrie avec des suppressions de postes au plus haut depuis juin 2013. En revanche l’emploi progresse dans les services.

En Allemagne, la contraction de l’industrie s’est renforcée, effaçant la forte croissance des services et faisant reculer le taux d’expansion global à son plus bas niveau depuis juin 2013. La baisse de la production s’est accélérée, le taux de contraction atteignant son 2ème plus haut niveau depuis juillet 2012. Parallèlement le volume des nouvelles commandes reçues par les fabricants allemands a enregistré son 3ème plus fort recul depuis avril 2009.

La France a enregistré un rythme de croissance modéré en juillet. Si le taux d’expansion de l’activité globale s’est replié par rapport à juin, il affiche toutefois son 2ème plus haut niveau depuis 8 mois. Cette hausse repose sur les services, l’industrie s’inscrivant en zone de contraction pour la 7ème fois au cours des 10 derniers mois. Toutefois la détérioration de la conjoncture industrielle n’a été que marginale.

L’expansion a également ralenti dans le reste de l’Eurozone le taux de croissance affichant son plus faible niveau depuis novembre 2013. Juillet enregistre une baisse de la production qui est la plus forte depuis mai 2013, tendance toutefois atténuée par une nouvelle hausse modérée de l’activité des services.

Les statistiques européennes de la semaine vont dans le même sens que les PMI : le Bank Lending Survey de la BCE indique que si les conditions pour les crédits hypothécaires restent inchangées, les banques commencent à durcir celles afférentes aux crédits aux entreprises à cause d’une augmentation du niveau de risque perçu. La confiance des consommateurs mesurée par la Commission Européenne se redresse un peu, -6,6 en juillet vs -7,2 mais elle reste bien loin de son pic de décembre 2017 à -2,8, elle s’améliore en France et en Italie, se dégrade en Belgique, en Espagne et particulièrement en Allemagne.

L’indicateur national allemand IFO recule à nouveau (95,7 vs 97,5), c’est un plus bas de 75 mois confirmant que l’Allemagne est au bord de la récession, aussi bien la situation actuelle que les perspectives chutent. En termes sectoriels, seule la construction résiste, l’industrie est au plus bas depuis la dernière crise (février 2009), les services voient aussi bien leur situation présente que leurs perspectives se dégrader tout comme la distribution.

L’INSEE confirme la meilleure situation de la France. En juillet, le climat des affaires faiblit un peu, son indice perd un point à 105 mais reste bien au-dessus de sa moyenne. Il gagne  un point dans le commerce de détail mais en perd deux dans e-commerce de gros et un dans l’industrie et dans les services, il est stable dans le bâtiment et partout au-dessus de sa moyenne.

En juillet, pour l’INSEE le climat de l’emploi s’améliore légèrement, son indicateur gagne un point à 107, largement au-dessus de sa moyenne. L’amélioration provient des services et de l’industrie.

La BCE dans ces conditions n’avait d’autre choix que de se montrer plus colombe et c’est ce qu’elle a fait. Mario Draghi, et c’est rare, s’est montré pessimiste sur la croissance, il a reconnu qu’il n’y aurait pas de rebond au S2 et que les risques penchaient vers une nouvelle dégradation assortie d’une faiblesse de l’inflation. Le comité a donc décidé que les taux directeurs resteraient à leur niveau actuel ou plus bas au moins jusqu’au S1 2020 ; des groupes vont travailler quelques sujets tels que la baisse du taux des dépôts, l’achat de nouveaux actifs voire la modification (vers le haut) de l’objectif d’inflation de la BCE (2% vs proche mais inférieur à 2%).

Les marchés ont au final été déçus par la conférence de presse, ce qui met davantage la pression sur la BCE pour qu’elle agisse avec force en septembre. Les investisseurs n’ont pas compris qu’un diagnostic aussi sévère ne soit pas assorti de remèdes.

Comme c’est maintenant le cas depuis de nombreux trimestres, les États-Unis vont mieux que l’Europe mais pas si bien que ça.

A 51,6 l’IHS Markit Flash US PMI est à peine supérieur à celui de l’Eurozone (51,5) avec des caractéristiques similaires : les services continuent leur croissance (52,2 vs 51,5) alors que la production industrielle recule à 48,9 en juillet (vs 51,2 en juin) un plus bas de 119 mois, marquant l’échec de l’administration Trump à faire rebondir l’emploi manufacturier aux États-Unis. D’ailleurs, les créations d’emplois sont à leur plus faible niveau depuis 27 mois, reflétant le plus bas niveau d’optimisme des répondants depuis juillet 2012.

Par contre le PIB des États-Unis au T2, bien qu’en décélération à 2,1% annualisé vs 3,1% au T1, reflète toujours une croissance supérieure au rythme européen, tirée par la consommation domestique (+3,5%) et les dépenses des administrations (+5%) alors que l’investissement recule (-0,6%) pour la 1ère fois depuis le T1 2016, ainsi que les stocks (-0,9%). Les mesures prisent par l’administration  n’empêchent pas le déficit commercial d’augmenter (-0,7%).

On entend souvent une polémique sur l’extinction de la cote américaine et Merrill Lynch a publié cette semaine une étude intéressante sur les sociétés cotées dans le monde. Il y a 4 500 entreprises américaines cotées, autant qu’en 1980 mais moins qu’en 1996 (7 200), par contre leur capitalisation boursière a explosé ; En 1980 il n’y avait pas d’entreprises chinoises cotées, elles sont apparues vers 1994 et sont aujourd’hui 3 500. En 1980 il y avait 6 000 entreprises européennes cotées, près de 10 000 en 2002 et 8 500 aujourd’hui ; au niveau mondial on compte environ 46 500 entreprises cotées en bourse, chiffre à peu près stable depuis 2004 et au plus haut depuis 30 ans, si ce n’est au plus haut historique faute de statistiques sur plus longue période.

Semaine de hausse sur les marchés : S&P500 +1,6%, Nasdaq +2,3%, Stoxx600 +0,9%, EuroStoxx50 +1,3%, CAC40 +1%, DAX30 +1,3%, Nikkei225 +0,9% et Shanghai SE +0,7% avec un Bund à -0,38% et le 10 ans US à 2,07%, l’€ continue de se déprécier face au $ à 1,112.

Sur le Stoxx600 et malgré le contexte économique actuel, Automobile & Equipementiers réalisent la meilleure performance sectorielle de la semaine (+3,6%) suivi par la Technologie +3,1% et les Télécommunications +2,5%, l’Assurance -1,6%, la Distribution -1,4% et les Matériaux de Base -0,8% sont à la traine.

Nos fonds actions font un tir groupé entre +18% et +18,5% depuis le début de l’année tandis qu’Erasmus Capital + fait un très honorable +5,74%. Bigben Interactive et Fintech Group AG, bien connues d’Aymeric, rejoignent Erasmus Mid Cap Euro alors qu’Hugo pour Erasmus Small Cap Euro a cédé Talgo, ferroviaire espagnol, Flow Traders et Mersen pour acheter Oeneo, fabricant français de tonneaux, barriques et bouchons et concurrent d’Amorim et Tonnelleries François Frères déjà en portefeuille, il a aussi acheté Faes Farma, spécialiste espagnol du traitement de l’allergie, de l’insuffisance veineuse et du syndrome du colon irritable.

Les consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet continuent avec les premières publications du T2 à être révisés à la baisse. Pour le Stoxx600 européen il passe en une semaine pour 2019 de +4,1% à +3,8% et se situe à +10,2% pour 2020. Aux États-Unis et pour le S&P500 il passe de +2% à +1,6% pour 2019 et +8,5% pour 2020.

Pas de doutes, un seul moteur pour les marchés, les banques centrales et les taux directeurs.

Bonne semaine à tous

Bonnes vacances à ceux qui partent,