Rentrée sous tension

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26 août 2019

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Tensions commerciales qui s’enveniment, économies qui ralentissent : c’est le tableau de la rentrée auquel ni la réunion du G7 à Biarritz ni le symposium de la Federal Reserve à Jackson Hole ne peuvent changer grand chose.

Il y a deux ans j’avais intitulé une de nos lettres hebdomadaires : Donald Trump père Noël ? La réponse est connue, c’est non et il figure maintenant comme une éléphant, grossier, dans un magasin de porcelaines qui casse la croissance sans pouvoir réparer et construire.

Modeste satisfaction dans ce panorama décevant, la France se comporte plutôt mieux que ses partenaires, l’emploi progresse ainsi que le moral des ménages.

Les incertitudes sont à des niveaux élevés, il peut donc être utile dans le paysage ainsi brossé de rappeler l’avantage de cette situation : les marchés ne sont pas chers.

La croissance économique de l’Eurozone a conservé un rythme peu soutenu en août, les données PMI flash signalent une faible hausse de l’activité portée par une très légère expansion des nouvelles affaires. Conformément à la tendance observée ces derniers mois, la croissance du secteur des services a permis de compenser un nouveau repli de l’industrie manufacturière.

D’établissant à 51,8 en août, l’estimation flash de l’indice PMI composite IHS Markit s’est légèrement redressée par rapport à juillet (51,5).

L’enquête continue d’indiquer un écart important entre le secteur manufacturier (47,0 vs 46,5 en juillet) et celui des services (53,4 vs 53,2).

La production manufacturière s’est repliée pour le 7ème mois consécutif, si les fabricants français signalent une très légère expansion de leurs volumes, la production en revanche a diminué en Allemagne et dans les autres pays.

La très faible hausse du volume global des nouvelles affaires s’est poursuivie, la croissance des commandes a été limitée par un nouveau repli des ventes sur les marchés étrangers pour le 11ème mois consécutif.

Le ralentissement de la croissance économique mondiale a entraîné un fort repli de la confiance dans les deux secteurs : le taux de confiance affiche ainsi son plus bas niveau depuis mai 2013 affaibli par des perspectives d’activité défavorables en Allemagne.

Cet affaiblissement a conduit les entreprises à limiter les embauches et la croissance de l’emploi a marqué le pas en août pour n’afficher qu’un rythme qu’un rythme modeste, le plus faible depuis avril 2016. Les créations de postes ont ralenti dans le secteur des services tandis que les effectifs des fabricants ont diminué pour le 4ème mois consécutif.

En Allemagne (PMI composite 51,4 vs 50,9, services 54,4 vs 54,5 et manufacturier 45,8 vs 44,2) la croissance de l’activité s’est légèrement accélérée par rapport à juillet mais l’évolution de la demande reste préoccupante avec la plus forte baisse des nouvelles affaires depuis avril 2013.

La France (PMI composite 52,7 vs 51,9, services 53,3 vs 52,6 et manufacturier 51,0 vs 49,7) a affiché de meilleures performances que son voisin allemand. L’activité et les nouvelles affaires ont enregistré de fortes hausses mensuelles grâce à un retour à la croissance dans le secteur manufacturier. Les entreprises ont continué d’embaucher en août prolongeant l’actuelle période de croissance de l’emploi à presque 3 ans. Le taux de création de postes reste stable à un niveau relativement élevé dans les deux secteurs. Enfin les perspectives d’activité à 12 mois restent bien orientées et le taux de confiance reste légèrement supérieur à sa moyenne historique.

Dans le reste de la région la croissance est quasiment stable, la forte expansion du secteur des services ayant compensé le repli de la production manufacturière.

L’indice de confiance des consommateurs de la Commission Européenne a reculé en août à -7,1 vs -6,6 en juillet, il est cependant encore au-dessus de sa moyenne de long terme. Le sentiment des consommateurs s’est amélioré en France mais il a reculé ailleurs, notamment en Espagne et en Italie. 

L’enquête IHS Markit flash US PMI faiblit en août avec la plus faible hausse des nouvelles commandes depuis une décennie. L’indice composite s’établit à 50,9 vs 52,6 en juillet, les services à 50,9 vs 53,0 et le manufacturier à 50,6 vs 50,5. Ces indices, bien en-dessous de leurs équivalents européens, montrent que le ralentissement global gagne les États-Unis. 

Les mêmes indices restent stables, autour de 50, pour la Chine mais une bonne surprise est venue du Japon avec le Jibun Bank flash Japan composite PMI à 51,7 vs 50,6, les services à 53,4 vs 51,8 et le manufacturier à 49,5 vs 49,4. 

La faiblesse des économies, le recul du volume du commerce international ainsi que des commandes amènent des économistes à réviser à la baisse leurs perspectives.

Si 2019 n’est pas très affecté, stabilité à +2,4% pour la croissance globale, -0,1% à 2,4% pour les États-Unis, -0,2% à +1,1% pour le Royaume-Uni, -0,1% à +0,5% pour l’Allemagne alors que le Japon +0,2% à 1%et le Portugal +0,2% à +1,8% sont revus à la hausse.

Par contre les attentes pour 2020 sont davantage affectées, la croissance globale de -0,2% à 2,4%, Espagne et Japon -0,1%, France et Portugal -0,2%, Italie et Royaume-Uni -0,3%, Eurozone -0,5% et Allemagne -0,8% à +0,6%. La Chine et les États-Unis restent à +5,9% et +2,1%, rythme auquel le PIB chinois dépassera le PIB américain dès 2022, ce qui est sans doute ce que le président américain a en tête lorsqu’il rédige un tweet !

La continuation des tensions commerciales, et les annonces de vendredi en font partie, indique que le recul des échanges internationaux et du secteur manufacturier se prolongera au moins jusqu’au printemps 2020. Les incertitudes sur les chaînes de fabrication futures pèsent lourdement sur les investissements, et ce dans le monde entier. Si les dépenses de consommation et de construction restent à des niveaux élevés dans la plupart des pays développés, soutenus par la hausse de l’emploi, les gains de pouvoir d’achat et des taux d’intérêt extrêmement bas, le secteur industriel est sévèrement atteint avec à la longue un risque de contagion sur l’ensemble de l’économie.

C’est dans ce contexte, et sous les insultes permanentes du président Trump, que le président de la Federal Reserve Jerome Powell s’est exprimé à Jackson Hole. Il a notamment déclaré que la Fed a largement rempli son mandat en favorisant la croissance américaine dans une inflation maîtrisée, mais il a aussi insisté sur la difficulté nouvelle de conduire une politique monétaire dans une économie globale perturbée par les tensions commerciales et les autres incertitudes pour lesquelles la Fed ne dispose pas d’un « mode d’emploi tout prêt ». Son discours semble préparer à une nouvelle baisse des taux directeurs de 0,25% en septembre.

Ce n’est pas la nouvelle surenchère de Trump, vendredi soir après la clôture du marché new-yorkais, qui va améliorer la situation. Les nouvelles taxes annoncées sont de 5% (30% vs 25%) sur 250 milliards$ de marchandises et de 5% (15% vs 10%) sur 300 milliards$ d’autres produits chinois de grande consommation. L’automobile et l’agriculture américaine souffriront particulièrement de ces nouvelles tensions. 

Les publications du 2nd trimestre pour les entreprises de l’EuroStoxx ont finalement été un peu meilleures qu’attendu, 84 entreprises ont fait mieux que les prévisions, 45 en dessous et 37 en ligne pour les résultats par rapport au consensus Bloomberg, 45 au-dessus, 26 en-dessous et 151 en ligne pour ce qui est des ventes. Tant et si bien que pour la ère fois depuis bien longtemps le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 a été revu à la hausse sur un mois alors que celui du S&P500 continue d’être révisé à la baisse. Nous en sommes pour l’Europe à +4,2% pour les attentes 2019 et +9,2% pour 2020 et aux États-Unis à +1,3% pour 2019 et +8,6% pour 2020.

Au soir du 23 août nos fonds depuis le début de l’année sont en hausse de +11,10% pour FCP Mon PEA, 12,71% pour Erasmus Mid Cap Euro, 12,46% pour Erasmus Small Cap Euro et 4,44% pour Erasmus Capital +.

Beaucoup de mouvements ont été réalisés ces trois dernières semaines pour réduire le poids des entreprises cycliques et industrielles. Pour FCP Mon PEA ventes de Crédit Agricole, Hermès, Kering, Michelin et Total et achats de Cap Gemini et Elis. Aymeric pour Erasmus Mid Cap Euro a vendu Carl Zeiss Meditec, Dürr AG, Grenke AG, Kion Group AG, il a ainsi réduit fortement l’exposition à l’Allemagne. Hugo pour Erasmus Small Cap Euro a cédé Deutz Ag, Guerbet, Manitou, Marr Spa, Oeno et Pharmanutra pour acheter Eurotech Spa, Hellofresh, Mensch und Maschinen et Tokmanni Group mais son chef d’œuvre de la période est la naissance de Charles !

Cette lettre est une fausse reprise de rentrée, je pars à mon tour en vacances et vous retrouverez notre courrier à son rythme hebdomadaire à partir du 15 septembre.

Bonne reprise et bon courage à tous.