Liquidités contre déflation

  -  Les commentaires de nos équipes

10 février 2020

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Il faut bien garder en mémoire le vieux dicton américain : « don’ t fight the Fed », cette semaine en est une bonne illustration. Quelle que soit la gravité du corona virus, les risques qu’il représente pour la santé publique mondiale et en conséquence pour la croissance ce sont les liquidités qui donnent le la aux marchés.

La baisse des taux longs au cours des dernières semaines assortie d’une hausse des anticipations de baisses des taux directeurs par la Federal Reserve ont eu plus de force que le nouveau virus chinois, ce qui a entraîné la vive reprise de la semaine dernière.

Pour autant nous commençons à mesurer l’impact de la paralysie momentanée d’une partie de l’appareil productif chinois : nul doute, la croissance au T1 sera plus faible qu’attendu, ceci à des degrés divers suivant l’exposition à la Chine, mais nul ne sera épargné.

La croissance de l’activité de l’Eurozone s’est renforcée en début d’année 2020. L’indice PMI composite IHS Markit s’est redressé pour un 2ème mois consécutif en janvier à 5,3 vs 50,9 en décembre. C’est son plus haut niveau depuis août dernier.

Le secteur des services est demeuré le principal moteur de la croissance en janvier, ce malgré un ralentissement de la hausse de son activité par rapport à décembre. Dans le secteur manufacturier, la baisse de la production s’est poursuivie, portant l’actuelle phase de contraction à un an. Le repli observé en janvier a toutefois été le plus faible depuis juin dernier.

Tous les pays ont signalé une hausse de leur activité en janvier. C’est en Irlande (54,7) que le ;plus fort taux d’expansion a été enregistré, celui-ci atteignant un pic de près d’un an. Dans le reste de la région, la croissance est, dans l’ensemble, restée modérée, l’Allemagne affichant toutefois ses meilleures performances depuis 5 mois (51,2).

L’expansion a ralenti en France (51,1) et en Espagne (51,5) tandis que l’Italie (50,4) continue d’afficher les plus faibles performances, ce malgré une 1ère croissance depuis 3 mois.

La hausse de l’activité s’est appuyée sur une nouvelle expansion du volume des nouvelles affaires, qui, bien que modeste, a été la plus marquée depuis 7 mois.

La faiblesse de la demande étrangère a de nouveau pesé sur la hausse globale des nouvelles affaires, les ventes à l’export ayant en effet diminué pour un 16ème mois consécutif. Le recul observé en janvier n’a toutefois été que marginal et le plus faible depuis la fin de l’année 2018.

Les entreprises de l’Eurozone ont de nouveau renforcé leurs effectifs, l’emploi ayant ainsi progressé de manière continue depuis plus de 5 ans. Si le taux de création de postes se redresse par rapport à décembre, il reste modéré et nettement inférieur à la moyenne observée au cours de la période d’expansion.

Les nouvelles embauches ont permis aux entreprises de réduire de nouveau le volume des affaires en attente. Si celui-ci a continué de diminuer, le rythme de la contraction n’a toutefois été que marginal et le plus faible depuis 11 mois.

Enfin la confiance s’est renforcée en janvier et atteint son plus haut niveau depuis septembre 2018. A l’exception de l’Espagne, les perspectives d’activité à 12 mois se sont renforcées dans l’ensemble de la région, affichant leur plus haut niveau en Irlande, puis en Italie. Bien que la récente amélioration des perspectives se soit poursuivie outre-Rhin et que l’optimisme y ait atteint un pic de près de 18 mois, ce sont de nouveau les entreprises allemandes qui ont fait état du plus faible niveau de confiance. 

En janvier, les deux principaux indicateurs anticipés américains nous disent la même chose : les États-Unis vont bien.

L’IHS Markit US Composite PMI enregistre 53,3 en janvier après 52,7 en décembre, indiquant une solide croissance de l’activité début 2020.

Et l’indicateur national traditionnel publié par l’Institute for Supply Management/Haver Analytics, l’ISM Composite progresse à 55,0 en janvier après 54,1 en décembre, un niveau historiquement associé à une croissance d’environ 2,6% du PIB.

Confortant cet optimisme, le rapport mensuel sur l’emploi de janvier est sorti très fort avec 225k créations de postes, un taux de chômage faible, un taux de participation au plus haut depuis 6,5 ans et une hausse des salaires réelle mais non inflationniste. :

  1. Les États-Unis ont créé 225k emplois en janvier, bien au-dessus du consensus (165k), après 147k et 261k postes en décembre et novembre respectivement, amenant les moyennes 3 et 6 mois  à 211k et 206k.
  2. Le taux de chômage remonte à 3,6% vs 3,5%.
  3. Ceci reflète la hausse du taux de participation à 63,4% vs 63,2%.
  4. Le taux de participation « prime working age » (25-54 ans) monte à 83,1% en janvier, au plus haut depuis septembre 2008.
  5. Le salaire horaire moyen progresse de 0,2% m/m portant sa hausse annuelle à 3,1% vs 3,0%. Compte tenu du niveau de l’inflation, la hausse du pouvoir d’achat dégagée est autour de 1%.
  6. Et même 1,2% car le temps de travail moyen a augmenté de 0,2% au plus haut depuis septembre.
  7. En agrégeant créations d’emplois, hausse des salaires et hausse du, temps de travail, les salaires distribués progressent de 4% sur un an donnant un fort pouvoir d’achat aux ménages.
  8. C’est sans doute une raison importante au niveau record (49%) d’approval rating de Donald Trump en ce début d’année électorale.

En janvier 2020, la Chine ralentit, ce n’est pas une surprise, mais sans s’effondrer. Le Caixin Chine Composite PMI de Markit passe de 52,6 en décembre à 51,9 en janvier. Parmi les sous composants intéressants, notons pour la 1ère fois depuis octobre une légère réduction des effectifs et un rebond de la confiance à 12 mois des entreprises après l’accord commercial de phase 1, leur optimisme est au plus haut depuis 20 mois et ceci dans les deux secteurs manufacturier et services.

D’autres indicateurs chinois sont également encourageant comme le Business Conditions Index de CKGSB au plus haut depuis mai 2019 en janvier ou le Citi Chinese Economic Surprise Indicator au plus haut depuis le T1 2019. 

Le JP Morgan Global Composite PMI de Markit, qui synthétise l’ensemble des PMI nationaux, monte à 52,2 en janvier après 51,6 en décembre. Il atteint son plus haut niveau depuis mars 2019 mais ; il faut noter que la plupart de ses composants ont été collectés avant les derniers développements du corona virus.

Pour Ian Harwood (Redburn) les données du Global Manufacturing PMI ci-dessus sont encourageantes cependant elles sont maintenant depuis 6 mois au-dessus des 50 avec des nouvelles commandes à 50,9 et la fameuse mesure nouvelles commandes moins stocks au plus haut depuis juin 2018.

Nous pensons pour conclure que les deux principaux facteurs de perturbation de l’année 2019 qui ont fortement pénalisé la croissance  ont connu des avancées positives significatives ces dernières semaines. Une sortie ordonnée du Royaume-Uni de l’Union Européenne a été actée et un accord de phase 1 sino américain a été signé. Ces deux éléments améliorent la visibilité même s’ils ne lèvent pas tous les risques politiques. Ils favoriseront la poursuite du cycle de croissance mondiale. Néanmoins, le rebond de l’activité, qui commence à se matérialiser, sera retardé par le corona virus. 

L’analyse des flux par EPFR Global permet une observation intéressante. Les investisseurs, depuis plusieurs années, déserteraient les actions européennes.

Cette année une lecture trop rapide confirme ce constat. Alors que la collecte equities est largement positive, ETF +53 milliards$ et long only funds -14,3 milliards$, l’Europe enregistre une décollecte de 6,2 milliards$. Mais en rester là, c’est oublié la collecte International Equities de 27,7 milliards$ dans laquelle le poids de l’Europe selon le benchmark standard MSCI International est de 37%, ce qui fait que plus de 10 milliards$ de la collecte sur les fonds internationaux doivent être affectés à des achats d’actions européennes, soit 4 milliards$ de plus que la décollecte des fonds spécialisés.

Beau rebond sur la semaine, les marchés clôturent en hausse de 3,1% pour le S&P500, 4,2% pour le Nasdaq, 3,3% pour le Stoxx600, 4,3% pour l’EuroStoxx50, 3,8% pour le CAC40, 4,1% pour le DAX30, 2,7% pour le Nikkei 225 et -3,4% pour le Shanghai SE après sa réouverture, avec le Bund en hausse de 5bp à -0,436% et le 10 ans US de 7,7bp à 1,50%. L’€ recule à 1,095 face au $ et le Brent perd 6,17% à 54,57$ le baril.

Sur le Stoxx600, le secteur Banques (+6,7%) enregistre la meilleure performance de la semaine porté notamment par Natixis (+12,7%) dont les résultats ont été supérieurs aux attentes, suivi de la Technologie (+6,63%) qui profite du bond d’Ingenico suite à son rachat par Worldline.

Dans cette phase de rebond nos fonds ont bien participé à la hausse, en particulier FCP Mon PEA qui accroît substantiellement son avance sur le CAC40. Sur ce fonds sortie de Total au profit d’Hermès qui n’a pas encore publié et ne devrait pas décevoir et de Veolia Environnement, entreprise que nous connaissons bien et apprécions et qui participe au mouvement vers une économie écologiquement responsable. Aymeric, déjà détenteur de Worldline dans Erasmus Mid Cap Euro (comme FCP Mon PEA) renforce sa pondération dans les paiements par l’achat de l’italien Nexi Spa et Hugo pour Erasmus Small Cap Euro vend l’entreprise italienne Datalogic et le français Lumibird pour acheter WIIT Spa société italienne spécialisée dans l’externalisation des technologies de l’information, les services d’impartition d’applications d’affaires pour les moyennes et grandes entreprises ainsi que les fonctions de centres de données.

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen attend une croissance de +1,8% pour 2019, toujours révisé à la hausse, et de +8,3% pour 2020, stable. Pour le S&P500 américain, les attentes sont à +1,3% pour 2019 et +6,3% pour 2020, les deux étant modestement révisées à la baisse.

Bonne semaine à tous.