Réouverture des économies en Europe

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18 mai 2020

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Alors que la demande en chine semble graduellement revenir sur les niveaux de 2019 pour une économie sortie d’une fermeture complète plusieurs semaines avant l’Europe et les États-Unis, plusieurs déclarations et publications sont venues refroidir les marchés. Il faut dire que nous étions vers le haut du trading range actuel.

Les déclarations de Donald Trump sur la Chine et le COVID-19, le commerce international et Huawei, le ton, comme d’habitude va-t’en guerre, même si ces jugements doivent comporter une part de vérité, tombent à un mauvais moment.

De même les marchés ont mal pris le discours de Jerome Powell, président de la Fed, excluant des taux négatifs face à la récession et à la chute de l’inflation. Ils auraient aussi bien pu juger positivement son discours qui reflète la conviction que les décisions monétaires de la banque centrale suffiront au redémarrage de l’économie.

Quant aux publications, si elles n’ont pas été toutes bonnes, elles ont comporté aussi des surprises agréables à un moment où il faut être prudent sur leur pertinence.

Bref : les marchés avaient besoin d’une respiration.

La production industrielle a augmenté en avril en Chine, pour la première fois depuis le début de la pandémie elle se situe au-dessus de 3,9% de son niveau de l’an dernier. Sur les 4 premiers mois de l’année l’investissement baisse de 10,3%, un recul plus faible que les 16,1% du T1. Par contre le chômage est passé de 5,9 à 6,0%.

L’amélioration de la situation de l’industrie montre que le stimulus gouvernemental produit quelques effets, bien qu’il soit modeste au regard de ce que font les pays développés.

Les efforts continus pour relancer la production et la levée graduelle des mesures de confinement ont amené à mi-avril autour de 95% le taux de retour au travail qui était à 85% fin mars.

La progression des entreprises privées a même progressé de 7%, plus vite que celle des entreprises publiques ou étrangères. Sur le mois l’activité des restaurants, de la restauration rapide et en entreprise est en recul de 31,5% y/y contre 46,8% en mars.

Comme attendu, l’inflation chute, indice des prix +3,3% vs +4,2% en mars et prix à la production -3,1%, plus bas de 4 ans vs -1,5%. 

En Eurozone, le PIB a corrigé de -3,8% au T1 après +0,1% au T4 2019, l’emploi est en progression de 0,3% sur un an et l’excédent commercial de mars, 23,5 MM€ après 25,6MM en février, a largement dépassé le consensus de 17,0MM.

Les chiffres du PIB par pays, Allemagne à -2,2% et -5,8% pour la France, semblent peu fiables, affectés par la difficulté d’effectuer une collecte correcte des informations. La moyenne pour l’Eurozone de -3,8% donne cependant une bonne idée du recul de l’activité dans notre zone économique au T1.

De même il serait imprudent de se réjouir trop vite de l’excellent et surprenant chiffre du chômage en France au T1 dont le taux baisserait de 0,3% à 7,8% alors que 8,4% était attendu. Là encore trop de bruits sur le mois de mars pour que la publication soit solide.

Plus robuste par contre, l’inflation française en avril à 0,3% y/y après 0,7% en mars, due à un fort recul des prix de l’énergie (-8,6%) qui font plus que compenser la hausse des prix alimentaires (+3,8%) alors que les prix des transports chutent de 6% et les tarifs aériens de 12,4% !

Selon l’indice synthétique calculé par l’Université d’Oxford, le confinement a été très sévère en France, à 92 points sur une échelle pouvant monter jusqu’à 100, c’est du même ordre qu’en Espagne ou en Italie mais d’un degré bien supérieur à celui constaté en Allemagne (70) ou aux États-Unis (75). Par rapport à la situation initiale, la production a baissé de 35% en moyenne et de près de 50% si l’on ne tient compte que des secteurs marchands.

En France, la situation a peu évolué au cours des 6 dernières semaines : le 26 mars industrie -52%, construction -89%, services marchands -36% et services non marchands -14% ; le 9 avril, industrie -43%, construction -88%, services marchands -39% et services non marchands -15% ; le 23 avril, industrie -39%, construction -79%, services marchands -38% et services non marchands -14 et le 7 mai, industrie -38%, construction -75%, services marchands -36% et services non marchands -14%.

Le 11 mai marque le début du déconfinement mais beaucoup de restrictions sont maintenues dans les domaines de la vie sociale si l’offre de transport est accrue. L’économie française ne va donc pas rouvrir d’un coup. Le confinement et la sortie du confinement ne sont pas des chocs symétriques, l’un fut soudain, l’autre sera graduel ; Certains secteurs restent soumis à un confinement quasi total (hôtellerie-restauration, tourisme). Pour les autres, même si le choc ne va pas s’effacer totalement, il est certain que l’allégement des restrictions va aboutir à un fort rebond du rythme d’activité comme on a pu l’observer dans d’autres pays (Chine). C’est la mesure de ce rebond qu’il va maintenant falloir suivre avec une grande attention, par avance nous savons qu’il sera inégal suivant les secteurs. 

Recul des prix encore plus fort aux États-Unis du aux moindres taxes sur l’essence, le CPI baisse de 0,8% m/m sur avril et n’est plus en hausse que de 0,3% sur un an, inflation la plus faible depuis 4,5 ans. Les prix à la production reculent davantage encore -1,3%m/m contre -0,5% attendu.

La production industrielle américaine a reculé de 11,2% m/m en avril, son plus fort recul mensuel enregistré depuis le début de la série en 1921 et l’Empire State manufacturing index a enregistré son second plus fort recul (-48,5) de ses 19 années de calcul, 63% des entreprises de la région de New York rapportant un recul de l’activité en mai.

Par contre, et au niveau national cette fois, l’indice de la NFIB (National Federation of Independent Businesses) résiste mieux que prévu à 90,9 vs 96,4 en avril alors que le consensus était à 83,0, ceci avec une composante inattendue, les perspectives économiques qui passent de +5 en avril à +29 alors que les perspectives personnelles passent de -12 à -42. Cette foi dans l’économie américaine n’est certainement pas un handicap même si la réalité risque d’être plus complexe.

Là encore cet élément oblige à peser la fiabilité des enquêtes dans le contexte nouveau de la pandémie ;

Les ventes au détail ont enregistré un recul de 16,4%m/m en avril, là encore plus fort recul depuis la création de la série en 1967 et 23% sous le niveau de février.

Autre  surprise, le sentiment des consommateurs mesuré par l’Université du Michigan qui s’élève à 73,7 après 71,8 pour un consensus à 68,0. L’indice se situe 18 points au-dessus de son plus bas de 2008.

Les États-Unis publient des chiffres quotidiens sur la consommation à partir des données centralisées des cartes bancaires. Il ne s’agit que d’un mode de paiement mais le plus utilisé, sans être parfait il donne une indication sur les tendances en cours (source BAC internal).

Au 24 avril, et pour l’ensemble des secteurs, le recul des paiements était de 20% avec par secteurs et sous secteurs : transports aériens -105%, loisirs -97%, restaurants -46%, essence -48%, habillement -53%, grands magasins -61%, électronique online +119%, épicerie +29%, cosmétiques -9%, bricolage +17%, total online +84%.

Au 7 mai, -9% pour l’ensemble, transports aériens -95%, loisirs -92%, restaurants -36%, essence -41%, habillement -39%, grands magasins -42%, électronique online +111%, épicerie +29%, cosmétiques -2%, bricolage +31% et global online +84%. 

Et puisque j’ai décidé de vous gaver de chiffres utiles, en voici d’autres.

États-Unis : consultations d’Apple Maps, base 100 janvier/février, fin avril piétons 40, voitures 47, aujourd’hui, piétons 62 et voitures 78 ; taux d’occupation des chambres d’hôtels, fin mars 18% et aujourd’hui 31%.

Chine : ventes immobilière 30 principales villes janvier 150, février 0, mars 40, avril 80 mai 102 ; intensité lumineuse dans 143 parcs industriels, 19 février 48, 13 mai 85 ; transports, embouteillages dans 100 villes, janvier 100, février 25, mars 40, avril 80 et aujourd’hui 105 ; consommation de charbon par les centrale électriques, janvier 100, pic à 130, chute en février à 55, fin mars 80, fin avril 90 et aujourd’hui 105 mais sur la même base 100 les passagers en métro étaient tombés à 10 en février et sont remontés à 70 aujourd’hui.

Eurozone : consommation électrique (100 au 07/02) Allemagne 18/03 95, 07/04 90, 27/04 85, 10/05 85 ; Espagne 18/03 92, 07/04 80, 27/04 85, 12/05 85 ; Italie 18/03 85, 07/04 75, 27/04 79, 12/05 85 ; Allemagne, péages de camions (100 au 01/02), 90 au 31/03 et 12/05, creux à 83 le 25/04 ; transports publics Berlin -70% le 04/04, -58% le 14/05, Rome -90% le 04/04, -78% le 14/05, Madrid -85% le 04/04 et -80% le 14/05 et Paris -85% le 14/04 et -76% le 14/05. 

Sur la semaine les marchés clôturent en baisse, forte même en Europe :S&P500 -2,2%, Nasdaq -1,2%,Stoxx600 -3,8%, EuroStoxx50 -4,7%, CAC40 -6,0%, DAX30 -4,0%, Nikkei225 -0,7% et Shanghai SE -0,9% avec le Bund en hausse de +0,6bp à -0,53% et le 10 ans US de -4,5bp à 0,64% et un € qui se déprécie face au $ de -0,22% à 1,082.

La Pharmacie (-0,5%) et les Télécoms ont surperformés le Stoxx, la montée des tensions entre la Chine et les États-Unis et les craintes d’un ralentissement économique durable ont incité les investisseurs à se replier sur les valeurs refuges et les secteurs défensifs ; Le secteur Voyage & Loisirs(-8,9%) affiche la pire performance de la semaine. Le patron de Boeing a semé la panique en avertissant qu’une grande compagnie aérienne américaine allait probablement faire faillite. Le secteur Automobile (-8,03%) est pénalisé par l’annonce de la suspension de dividende de plusieurs entreprises (Peugeot -14,2%, Fiat Chrysler -7,3% et Faurecia -10,3%).

Notre stratégie étant restée défensive même si notre exposition a été remontée progressivement, tous nos fonds ont bien résistés à la vague de correction, accentuant leur avance sur leurs indices de référence.

Pas de mouvements sur FCP Mon PEA. Aymeric a vendu Korian et acheté pour Erasmus Mid Cap Euro, comme Hugo pour Erasmus Small Cap Euro, l’allemand Teamviewer AG qui développe des logiciels et se concentre sur les technologies basées sur le cloud qui permettent une assistance à distance te une collaboration en ligne. Par ailleurs, Hugo a acheté une autre entreprise allemande qui développe, fabrique et vend des circuits microélectroniques, Elmos Semiconductor ainsi que le français Mersen, expert mondial des spécialités électriques et des matériaux en graphite. Il a vendu Varta AG en hausse de 10% sur la semaine.

Le consensus des prévisions bénéficiaires JCF/FactSet sur le Stoxx600 européen attend un recul des BPA de 29,2% pour 2020 et +37,0% pour 2021.Aux États-Unis et pour le S&P500, les attentes sont à -26,4% pour 2020 et +31,2% pour 2021. 

Bonne semaine à tous,