Un grand pas en avant

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27 juillet 2020

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Après quatre jours d’intenses discussions, les chefs de gouvernements de l’Union Européenne se sont mis d’accord d’une part sur un fonds de relance après pandémie de 750 MMM € et d’autre part sur un programme budgétaire de 1 074 MMM € pour la période 2021-2027.

Ces résultats obtenus plus vite que cela était attendu sont un grand pas en avant qui a immédiatement entraîné un rebond de l’€.

Par ailleurs les publications de la semaine, PMI européen notamment mais pas seulement, confirment que la reprise de l’activité se renforce même s’il reste des poches sectorielles encore très affectées.

Aussi la correction des marchés sur la semaine, alors que la plupart des publications du T2 ont été bien accueillies, nous semble une respiration rendue nécessaire par la forte progression des marchés et notamment du secteur technologique américain.

Le plan sur lequel les gouvernants se sont mis d’accord est finalement assez proche de la proposition initiale établie par la chancelière Merkel et le président Macron.

Le fonds de relance (Next Generation EU) de 750 MMM€ pour lequel pour la 1ère fois l’Union Européenne empruntera sur les marchés financiers a comme échéance de remboursement 2058. La partie subventions, que les auteurs de la proposition initiale souhaitaient de 500MMM, a été ramené à 390, la partie « prêts » se montant donc à 360MMM€. Il faut mettre ces montants en perspective, 390MMM représentent 2,8% du PIB de l’Union Européenne et 360 2,6%, le Recovery Fund se monte donc à 5,4% du PIB européen qui devrait être affectés pour 70% en 2021 et 2022 et pour 30M en 2023.

Dans l’attente se sont les programmes d’achat de la BCE (Pandemic Emergency Purchase Programme PEPP) qui assurent le principal soutien à l’activité par les taux très bas qu’ils entraînent et les financements bancaires à taux négatifs.

Cet accord est important à plusieurs titres :

1. L’Union Européenne envoie au monde entier et aux marchés financiers un signal très fort de solidarité et de cohésion.

2. C’est le signe que l’Union Européenne fonctionne, des débats vigoureux sont nécessaires, mais ils se concluent par un compromis.

3. Si l’Union Européenne et l’Eurozone ne sont pas encore en route pour une unification fiscale, elles viennent de franchir un obstacle important entraînant au moins une plus grande coordination fiscale. C’est un précédent.

4. Un tel accord devrait permettre dans certains pays comme l’Italie de juguler le sentiment anti-européen devant l’expression d’une telle solidarité.

5. Par là même il peut permettre une accélération des réformes nécessaires dans les pays en retard en la matière.

6. L’accord place l’Union Européenne en position de force dans la négociation sur le Brexit.

7. L’Union Européenne devient une force majeure, la seconde, sur le marché de la dette.

 

Le fort rebond des PMI de l’Eurozone en juillet est très encourageant, il signifie qu’au début du T3 la reprise de l’activité continue à bonne vitesse. L’indice PMI Flash composite IHS Markit se redresse à 54,8, un plus haut de 25 mois, contre des attentes à 51,1 et 48,5 en juin. La reprise semble générale puisque le PMI manufacturier passe à 54,0 vs 48,9 en juin et celui des services à 55,1 vs 48,3.

L’assouplissement des mesures de confinement ayant favorisé le redémarrage des diverses économies de la région, l’activité a augmenté pour la 1ère fois depuis février au cours du mois, la croissance ayant en outre affiché son rythme le plus soutenu depuis plus de 2 ans Mettant également en évidence une amélioration de la confiance et une reprise de la croissance des nouvelles affaires, les dernières données PMI flash ont en revanche indiqué de nouvelles suppressions de postes, de nombreuses entreprises continuant de réduire leurs capacités opérationnelles en juillet. La contraction de l’emploi a cependant ralenti par rapport au mois de juin.

L’amélioration de la conjoncture a en partie reflété un rebond technique de l’activité après la récente période de confinement, un nombre croissant d’entreprises ayant maintenant repris leurs activités à la faveur de nouveaux assouplissements des mesures de lutte contre le virus.

Le déconfinement a de même permis une reprise de la demande, le volume des nouvelles affaires ayant également augmenté pour la 1ère fois depuis février, et à son rythme le plus soutenu depuis octobre 2018. La demande à l’export ayant toutefois continué de reculer, la croissance des nouvelles commandes a été moins marquée que celle de l’activité et le recul des affaires en cours s’est poursuivi en juillet.

Si la contraction du volume du travail en attente a ralenti par rapport à ces derniers mois, la hausse des carnets de commandes n’a pas suffi à éliminer les excédents de capacité dans les entreprises. Celles-ci ont par conséquent continué de réduire leurs effectifs en juillet, l’emploi reculant ainsi pour un 5ème mois consécutif. Si le taux de suppression de postes a fléchi par rapport à ceux observés depuis mars dernier, il affiche toutefois un de ses plus hauts niveaux depuis le début de l’année 2013.

La contraction de l’emploi a été particulièrement sévère dans le secteur manufacturier, où elle a affiché, exception faite des 3 derniers mois, son rythme le plus soutenu depuis 2009. En comparaison, la baisse des effectifs a été nettement plus modérée dans les services.

Les perspectives d’activité ont continué de s’améliorer par rapport au creux enregistré en mars, atteignant leur plus haut niveau depuis 5 mois, tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services qui affiche toutefois un plus fort degré de confiance. Encouragées par la perspective d’une poursuite des mesures de réouvertures des économies, les entreprises anticipent une croissance de leur activité dans les 12 prochains mois.

L’amélioration de la conjoncture observée en juillet s’est appuyée sur les performances de la France (PMI 57,6 vs 51,7) où la croissance s’est accélérée pour afficher son rythme le plus marqué depuis janvier 2018, le secteur manufacturier et celui des services enregistrant leur plus forte expansion en 2,5 ans. Si les prestataires de services ont fait état de la 1ère hausse de leurs nouvelles affaires depuis février, les nouvelles commandes reçues par les fabricants sont en revanche légèrement reparties à la baisse sous l’effet d’un fort repli des ventes à l’export. Parallèlement le recul de l’emploi s’est poursuivi, le taux de contraction se repliant toutefois à son plus bas niveau des 5 derniers mois.

En Allemagne, PMI à 55,5 vs 47,0, l’activité a affiché sa 1ère hausse depuis février, le taux d’expansion atteignant en outre un sommet de près de 2 ans. Ce retour à la croissance a reflété un rebond du secteur des services, dont l’activité a affiché sa plus forte progression depuis 2,5 ans, ainsi qu’une hausse, certes plus modérée, de la production manufacturière qui n’en a pas moins été la plus importante depuis près de 2 ans, portée notamment par une forte augmentation des nouvelles commandes, en provenance du territoire allemand comme de l’étranger. L’emploi a quant à lui continué de se replier, les suppressions de postes touchant majoritairement l’industrie manufacturière.

Le reste de la région a également renoué avec la croissance en juillet, l’activité ayant été portée par une hausse de la production manufacturière, toutefois moins soutenue que celle enregistrée par le noyau franco-allemand. Si le volume des nouvelles affaires s’est stabilisé et la contraction de l’emploi a ralenti, la baisse des effectifs est toutefois demeurée soutenue, notamment dans le secteur des services.

L’INSEE avec son enquête de juillet sur le climat des affaires en France et celui de l’emploi, conforte cette analyse.

En juillet 2020, le climat des affaires poursuit son redressement entamé en mai. L’indicateur qui le synthétise gagne 7 points mais à 85 il reste cependant nettement en deçà de sa moyenne (100) et a fortiori de son niveau élevé d’avant confinement (105). Cette nette hausse s’explique tant par la poursuite de l’amélioration des soldes sur les perspectives d’activité de la plupart des secteurs que par l’annonce du redressement des soldes d’opinion sur l’activité des 3 derniers mois.

En juillet 2020, le climat de l’emploi continue de se redresser nettement, après le point bas atteint en avril. A 77 il gagne 10 points tout en restant très en deçà de son niveau d’avant confinement (104).

L’IHS Markit flash US composite PMI remonte en juillet à 50,0 vs 47,9 en juin, tant pour les services 49,6 vs 47,9 que pour le manufacturier 51,3 vs 49,8. Il progresse cependant moins que ses équivalents européens, en partie parce que le secteur des services est affecté par de nouvelles mesures de confinement.

Les entreprises américaines, dans le cadre des règles sociales des États-Unis, ont licencié leurs salariés au début du confinement aussi aujourd’hui elles les réembauchent progressivement. Cependant le nombre très élevé de chômeurs rend nécessaire un nouveau programme de soutien pour lequel républicains et démocrates ne se sont pas encore accordés. C’est un domaine où la Federal Reserve qui a fait feu de tout bois pour répondre à la pandémie, ne peut rien.

Sur la semaine passée, EPFR Global relève 300MM$ de souscriptions nettes sur les action européennes et 500 sur les actions japonaises, alors que les actions américaines enregistrent des rachats, modestes, mais ceux-ci sont plus importants sur les actions émergentes.

Les révisions de prévisions de résultats des entreprises sont reparties à la hausse aux États-Unis (Earnings Revision Ratio à 1,34 vs 0,88 en juin) et le ratio s’améliore partout, Europe 0,55 vs 0,37, Asie ex-Japon 0,69 vs 0,52, marchés émergents 0,68 vs 0,51 et Japon 0,24 vs 0,22.

Sur la semaine, les marchés clôturent en baisse : S&P -0,3%, Nasdaq -1,3%, Stoxx -1,5%, Eurostoxx -1,6%, CAC -2,2%, DAX -0,6%, Nikkei -0,8% et Shanghai SE -0,5% avec le Bund en hausse de +0,1bp à -0,45% le 10 ans US à 0,59%(-5bp) et un € qui s’apprécie face au $ de +1,79% à 1,1656.

A la suite de la montée des tensions entre USA et Chine, le Stoxx600 recule donc de 1,45%. La plus forte sous performance est celle du secteur Voyages & Loisirs (-4,2%) suivi de la Santé et des Médias (-3,7%) ; bonne performance de l’Agro-alimentaire (+0,3%) dopé par le trading update positif de Pernod Ricard (+3,8%), les services Financiers et l’Automobile sont également en territoire positif (+0,2%).

Notre réunion de gestion nous a conduit à infléchir dans un sens légèrement plus prudent notre stratégie d’investissement compte tenu du fort rebond enregistré depuis le mois d’avril. Nous restons cependant positifs pour les mois à venir mais considérons que le potentiel de hausse est désormais plus limité. Pour retrouver de l’espace à la hausse les marchés nous semblent avoir besoin d’éclaircies sur deux plans, d’une part la réalité d’un risque de seconde vague de la pandémie, d’autre part une meilleure connaissance du programme, notamment fiscal, de Mr Biden et de ses conséquences possibles pour Wall Street.

Cette semaine a été satisfaisante pour nos fonds, certes ils sont en léger retrait mais moindre que celui de leurs références.

Sur FCP Mon PEA nous profitons de sa hausse pour céder Pernod Ricard. Aymeric a acheté Stabilus, entreprise allemande qui développe et produit des entraînements électromécaniques, des ressorts à gaz et des amortisseurs essentiellement pour l’automobile, pour Erasmus Mid Cap Euro et Hugo pour Erasmus Small Cap Euro a cédé LPKF Laser, SES Imagotag et Voyageurs du Monde et acheté Somfy, n°1 mondial de la conception, de la fabrication et de la commercialisation de moteurs et d’automatismes d’ouvertures et de fermetures de la maison et du bâtiment. Somfy est déjà détenu par Erasmus Mid Cap Euro.     

Bonne semaine à tous.