Ne pas se tromper

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12 octobre 2020

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Les préoccupations sanitaires sont la priorité de cet automne.

C’est le cas en France et pour beaucoup de pays, c’est aussi le cas chez Erasmus Gestion. Tous nous connaissons des parents, des amis, collègues ou voisins touchés par la pandémie et tout faire pour limiter la propagation de cette 2nde vague est le devoir de chacun.

Il ne faudrait pas cependant que la dégradation de la situation sanitaire nous fasse appréhender de façon erronée la situation économique en ce début de T4.

Bien que la croissance soit ralentie par le regain de l’épidémie, elle est toujours là, avec sans doute un report de quelques dixièmes du T4 2020 au T1 2021. Et un soutien accru des marchés financiers par les plans gouvernementaux et l’assurance par les banques centrales de taux très bas pour longtemps.

Le dernier Global PMI manufacturing report indique qu’au niveau mondial le secteur manufacturier continue en septembre le rebond qu’il a engagé en avril avec, à 52,3, le 3ème mois consécutif au-dessus de 50.

Toutes les grandes économies, à l’exception du Japon et de la Russie, voient l’indicateur manufacturier en territoire d’expansion le mois dernier. Nous sommes donc bien toujours dans une reprise globale synchronisée après l’effondrement causé par la pandémie cette année, le PMI global manufacturier étant tombé en avril à 39,6 plus bas niveau depuis mars 2009.

Le sous-indicateur des perspectives de production a encore monté le mois dernier, à 61,8 il est à son niveau le plus élevé depuis mai 2018.

Du côté des nouvelles commandes aussi la situation est très encourageante, non seulement les nouvelles commandes sont robustes mais la mesure très pertinente nouvelles commandes moins stocks est à son plus haut niveau depuis décembre 2017. Il faut noter aussi un autre élément remarquable, le bond des nouvelles commandes à l’export, de 49,9 à 51,7, soit la 1ère publication des commandes à l’export au-dessus de 50 depuis mars 2018.

Pour le 3ème mois consécutif le PMI manufacturier allemand voit les commandes à l’export en territoire d’expansion, c’est le 2ème mois consécutif pour les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne et la Chine et le 1er mois pour la France et l’Italie. Seul le Japon est à la traîne avec 47,3 en septembre.

Le global PMI commandes à l’export, qui existe depuis 1998, a toujours été un leading indicator du commerce international. Sa dernière publication à 51,7, est de bon augure pour les trimestres à venir alors que les données dures les plus récentes montrent que la reprise du commerce mondial, après l’effondrement qu’il a subi en début d’année, est bien engagée.

Pour la 1ère fois depuis janvier, il y a également des créations de postes au niveau mondial.

L’activité, selon l’enquête JP Morgan composite PMI, est en expansion dans 5 des 6 secteurs étudiés, la performance la plus forte étant celle des biens d’investissement dont la progression est la plus élevée depuis 10 ans. Les services aux entreprises, biens de consommation, services financiers et biens intermédiaires sont également en croissance et seuls les services aux consommateurs qui comprennent voyages, hôtellerie et restauration sont en recul.

8 des 12 premières nations sur le plan économique sont en croissance en septembre : États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Brésil, Russie, Australie et Chine font plus que compenser les modestes contractions du Japon, de la France, de l’Espagne et de l’Irlande.

Ce tour d’horizon permet de mettre en perspectives les inquiétudes que suscite la situation sanitaire française.

Car en effet si les ventes au détail d’août pour l’Eurozone ont surpris favorablement à +4,4%, ce qui veut dire qu’elles étaient 3,1% au-dessus de leur niveau de février, cela ne signifie pas encore un retour à la normale. La faiblesse du secteur des services a freiné la croissance de l’Eurozone en septembre, elle s’est même approchée de la stagnation comme en témoigne l’indice PMI composite IHS Markit qui s’est replié de 51,9 en août à 50,4.

Les données globales masquent la présence d’une économie à 2 vitesses.

En effet, portée par une forte croissance de l’industrie manufacturière allemande, la production des fabricants de l’Eurozone a enregistré sa plus forte expansion depuis plus de 2 ans et demi. Dans le secteur des services en revanche, l’activité est repartie à la baisse et a affiché sa plus forte contraction depuis mai dernier. Les données nationales mettent en évidence de fortes divergences entre les différents pays. L’Allemagne a enregistré une forte croissance de l’activité, nettement supérieure à celles observées dans les autres économies. En Italie également l’activité a progressé mais à un rythme toutefois marginal.

En revanche, retour de la contraction en France et en Irlande tandis qu’en Espagne le fort repli de l’activité des services a entraîné une détérioration marquée.

Malgré une 1ère hausse des ventes à l’export depuis plus de 2 ans, le volume des nouvelles affaires n’a que faiblement augmenté.

Par pays, les PMI sont les suivants : Allemagne 54,7, Italie 50,4, France 48,5, Irlande 46,9 et Espagne 44,3.

Les perspectives d’activité à 12 mois se sont toutefois améliorées par rapport au mois précédent, le taux de confiance se redressant à un sommet de 7 mois et affichant ainsi un niveau équivalent à sa moyenne de long terme. C’est en Italie que l’optimisme des entreprises a été le plus élevé en septembre, les entreprises italiennes ayant signalé les plus fortes prévisions de croissance depuis le début de l’année 2016.

Nous versons au débat dans cette lettre des extraits de la note du 6 octobre de Bruno Cavalier (Oddo BHF) sur la nécessité pour la BCE d’en faire plus pour le rebond économique en accélérant et amplifiant ses programmes d’achats.

« BCE : sa crédibilité sur l’inflation est gravement compromise.

La faiblesse de l’inflation est un problème auquel font face depuis des années les banques centrales. Ce problème est particulièrement aigu en zone € où l’inflation sous-jacente vient de toucher un nouveau plancher historique. La BCE ne peut sans cesse se cacher derrière l’excuse des facteurs transitoires pour ne pas agir. Sa revue de stratégie l’oblige à examiner en profondeur pourquoi depuis environ 10 ans elle n’a jamais atteint son objectif d’inflation. Cet examen n’est pas destiné à se dédouaner de son échec. Il devrait plutôt clarifier dans quelles conditions la politique monétaire peut sur-réagir aux chocs négatifs…

…Une revue de stratégie est un exercice de réflexion, non un forum pour dire ce que sera la prochaine politique monétaire. Néanmoins, la BCE a donné l’impression après la dernière réunion du Conseil des Gouverneurs qu’elle ne voyait pas l’urgence à préparer d’autres actions. La faiblesse récente des chiffres d’inflation devrait être, on l’espère, une piqûre de rappel. Il ne serait pas logique de laisser entendre que l’on est prêt à pousser la politique monétaire vers la sur-réaction (autrement dit tolérer une inflation supérieure à sa cible) et ne rien faire de concret pour pousser dans ce sens. Une extension du PEPP paraît l’option la plus naturelle puisque la pandémie continue d’exercer ses effets délétères sur l’économie européenne. Il serait bienvenu que la réunion prochaine du 29 octobre lance vraiment la discussion en ce sens pour une annonce formelle à (ou avant) la réunion du 10 décembre. »

L’IHS Markit US composite PMI demeure solide à 54,3 en septembre, corrigeant marginalement vs les 54,6 d’août, avec l’activité en progrès tant pour le manufacturier que pour les services. Le T3 devrait être le trimestre le plus fort depuis le début 2019.

La pandémie et la distanciation sociale qui en découle impactent beaucoup l’activité, en particulier dans les services aux consommateurs où la demande faiblit à nouveau. Par contre les services aux entreprises, les services financiers, la santé et l’immobilier vont bien et l’économie poursuit sa reprise. Les exportations repartent aussi de l’avant.

Il y a une accélération des nouvelles commandes qui met la pression sur les capacités opérationnelles et entraîne une solide hausse des embauches. La hausse des carnets de commandes permet d’attendre une poursuite des créations d’emplois en octobre.

Le nombre des bénéficiaires du chômage aux États-Unis continue d’ailleurs de diminuer à 10 797K contre 11 979K la semaine précédente et des attentes à 11 400K.

En Chine, c’était la « Golden Week ». Elle se conclut par une hausse de 6% de la consommation des ménages sur un an alors que dans le même temps le commerce extérieur chinois a établi avec les États-Unis un excédent record à 1 400MM$, battant le précédent plus haut de 2015.

Selon EPFR Global, les investisseurs américains continuent de procéder à quelques rachats sur les US Equities pour investir sur le Japon, l’Europe et les pays émergents. Les rachats sur les produits monétaires continuent avec en face des souscriptions sur l’obligataire IG, HY et émergents.

Sur la semaine, les marchés clôturent en hausse : S&P +3,9%, Nasdaq +4,4%, Stoxx +2,1%, EuroStoxx +2,6%, CAC +2,5%, DAX +2,9%, Nikkei +2,6% et Shanghai SE +1,5%, avec le Bund en hausse de 0,9bp à -0,53% et le 10 ans US de 8,3bp à 0,79%. L’€/$ à 1,1826 s’apprécie de plus de 1%.

Sur le Stoxx600, rallye des secteurs value cette semaine, portés par l’espoir de l’approbation d’un vaccin contre le Covid, rallye mené par Voyages & Loisirs +8,8% (Lufthansa +13,8%), Pétrole & Gaz (Repsol +14,4%) et les Banques +4,9% (Bank of Ireland +15,7%). A l’inverse plus mauvaise performance des secteurs défensifs HPC +0,6% malgré Pandora +17,9% et Services Financiers +0,7% (Euronext -7,3%).

Une fois de plus notre fonds Erasmus Small Cap Euro brille cette semaine, il fait mieux que la forte hausse de son indice de référence et porte son avance depuis le début de l’année à 22,50% ! Nos deux autres fonds montent aussi mais comme souvent les semaines de forte hausse avec un peu de retard sur les benchmarks, leurs avances en YTD sont supérieures à 8%.

Un seul mouvement cette semaine, Aymeric a cédé Rubis pour Erasmus Mid Cap Euro.

Bonne semaine à tous,

Jean-François GILLES