Vaccin et relance ?

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16 novembre 2020

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Les espoirs d’obtenir rapidement un vaccin efficace contre le covid-19 a fait rebondir la confiance des acteurs économiques, elle a porté les actifs risqués cette semaine tels que les marchés actions et le pétrole et pénalisé les valeurs refuges, obligations et or. Ce mouvement brutal s’explique en large partie par un renforcement des attentes de rebond économique en 2021 mais également par la réduction sensible des risques baissiers sur les scenarii économiques. Ce vaccin crédibiliserait un rebond important de la croissance au S2 de l’an prochain du fait de la levée totale des contraintes sanitaires. C’est l’horizon désormais.

Mais il y a l’immédiat. Lors de leur intervention commune le 12 novembre, Christine Lagarde, Jerome Powell et Andrew Bailey ont affiché leur prudence face à la pandémie et ses conséquences économiques. Tous les 3 ont salué l’annonce d’un vaccin en pointant la réduction des risques de moyen terme, mais ils se sont aussi focalisés sur les risques liés à la nouvelle vague de contaminations qui frappe leur pays respectif.

Le choc économique à venir, provoqué par les nécessaires mesures de distanciation sociale, a nécessité une réaction sans faille des autorités. Les banquiers centraux appellent de leurs vœux des mesures budgétaires coordonnées avec celles des banques centrales.

Si l’ère post-covid n’est plus seulement un rêve, elle n’est pas encore là et Christine Lagarde a rappelé que pour réduire les traces que laissera cette crise il est essentiel de donner de la visibilité aux états, aux banques, aux entreprises et aux ménages pour éviter qu’ils n’adoptent des comportements qui aggraveraient le ralentissement économique (baisse de l’investissement, réduction des dépenses, durcissement des conditions de crédits).

Devant ce dilemme, les prévisionnistes ont commencé à basculer dès le lendemain de l’annonce du vaccin du côté de l’optimisme. Après 2 trimestres difficiles, ils attendent un mini recovery boom au S2 2021 avec rebond de la demande s’appuyant sur les économies réalisées durant le confinement, force de l’immobilier résidentiel qui repose sur les taux bas et l’épargne forcée et effondrement du prix de l’essence.

En conséquence les révisions à la hausse des perspectives pour 2021 et la suite ont commencé.

Claus Vistesen (Pantheon Macroeconomics) porte ses prévisions 2021 pour l’Eurozone de 4,0% à 5% avec un best-case scénario à 6,6% et pour 2022 de 1,7ù à 2,7% avec un best-case à 3,2%.

Ruben Segura-Cayuela et Sphia Salim pour BoA-Merrill Lynch portent leurs prévisions 2020 pour l’Eurozone de -7,3% à -7,0% et pour 2021 de 3,8% à 3,9%. La France passe pour 2020 de -97% à -8,9% et pour 2021 de 4,8% à 5,8%. C’est pour l’Italie que les révisions sont les plus fortes : 2020 de -9,5% à -8,5% et 2021 de 3,2% à 4,7%.

Ce n’est que le début des révisions.

Le PIB réel de l’Eurozone a finalement rebondi de 12,6% au T3 après un plongeon de 11,8% au T2, en ligne avec les attentes. Sur un an le recul passe à -4,4% après -14,8% au T2.

L’emploi en Eurozone a progressé de 0,9% au T3 après un recul de 2,9% au T2, portant son recul sur un an à -2,0% après -3,1% au T2.

En septembre, l’excédent du commerce extérieur de la zone s’établit à 24MM€ après 21,9 en août, nettement au-dessus du consensus. Cette augmentation du surplus tient d’une part à la reprise des exportations vers les pays développés, Grande-Bretagne et États-Unis, et la Chine et d’autre part à une forte réduction de la facture pétrolière (Russie, Moyen-Orient).

Le US Job Openings and Labor Turnover Survey (JOLTS), publié avec un mois de décalage, montre qu’en septembre les licenciements sont au plus bas depuis la création de l’enquête (2000) et que les ouvertures de postes progressent. Les créations de postes, à 12,1 millions depuis mai, effacent 55% des suppressions de 22,2 millions de mars-avril. Le chômage est à 6,9% vs 14,7% au pic d’avril.

Le NFIB index (National Federation of Independent Businesses) est resté stable en octobre (104,0 vs 104,1). Il montre un ralentissement des intentions d’embauche et des perspectives mais une forte hausse des prévisions de résultats et une progression attendue des ventes et des stocks. Les petits entrepreneurs étaient de fervents partisans de Donald Trump, aussi il faut s’attendre à un recul de cette enquête en novembre ; en novembre 2016 elle avait bondi de 10,9 points. La pression à la hausse des prix semble augmenter, le sous-indice, à 15, est à son plus haut depuis janvier après être passé par -18 en avril.

En Chine, l’inflation a fortement reculé en octobre, à son niveau le, plus faible depuis 2009. C’est presqu’entièrement du au repli des prix alimentaires alors que l’inflation sous-jacente est restée stable. Cette tendance devrait se poursuivre compte tenu du recul de la fièvre porcine qui permet à nouveau des livraisons de viande de porc à des prix plus modestes.

La croissance du crédit est à son plus haut niveau depuis 3 ans. Les entreprises privées utilisent largement à côté du crédit bancaire les émissions obligataires et d’actions permises par le retour de la confiance, la baisse des taux et la hausse des marchés financiers. Le maintien d’un fort stimulus budgétaire devrait se traduire par une séquence de croissance au-dessus de la croissance potentielle chinoise pour les trimestres à venir.

Le commerce extérieur de la Chine se porte bien, avec une progression des exportations en octobre de 11,4% sur un an et des importations de 4,7%. En conséquence l’excédent commercial mensuel est passé à 58,4MM$. Les exportations vers les États-Unis progressent de 22,6% sur un an. Les importations sont, comme pour l’Eurozone, freinées par l’effondrement du prix de l’énergie, mais, à +20,6% y/y pour les importations provenant de l’Eurozone, elles sont rassurantes tant pour les leaders européens du luxe que pour ceux de la technologie.

Si Michael Hartnett (BoA) reste pour le moment à son objectif de 3600 sur le S&P (aujourd’hui à 3585) et n’a pas bougé après l’annonce du vaccin, ce qui conduit sa maison à une position neutre, d’autres ont mis en chantier la révision de leurs objectifs. Nombreux sont les stratégistes qui analysent la situation à quelques trimestres et voient une économie qui accélère progressivement et des taux qui restent comprimés par les banques centrales (François Duhen CIC Markets Solutions & Patrick Artus Natixis). Pour eux le rallye des actifs risqués a regagné un potentiel haussier significatif.

C’est sans doute Peter Oppenheimer (Goldman Sachs) qui formalise le mieux cette analyse et l’allocation qui en découle. Pour l’équipe stratégie de GS, 3700 sur le S&P est le nouvel objectif pour fin 2020 dans un scénario de vaccin trouvé et de Congrès US divisé. A l’horizon fin 2021, 4300 points (+16%) puis 7% de plus en 2022 pour atteindre 4600, ceci s’appuyant sur des BPA de 175* en 2021 et 195$ en 2022.

Pour le positionnement ils recommandent une stratégie tout terrain, long tactique sur les entreprises cycliques devant bénéficier du vaccin et de la normalisation de l’économie et long sur les entreprises offrant les attributs de croissance séculaire avec les ambitions de réinvestissement dans leur croissance. Sans oublier long ESG.

430 c’est l’objectif à 12 mois donné par Oppenheimer pour le Stoxx600, 13% d’upside sur le prix et 16% en rendement total. A mettre sur le compte d’une accélération de la croissance et de politiques monétaires toujours très accommodantes et donc favorables aux actions.

Sur la semaine, les marchés clôturent en forte hausse : S&P +2,7%, Nasdaq +1,5%, Stoxx +5,1%, EuroStoxx +7,1%, CAC +8,5%, DAX +4,8%, Nikkei +4,4% et Shanghai SE -0,1% avec le Bund en hausse de 7,2bp à -0,55% et le 10 ans US de 7,6bp à 0,90%. L’€ est stable face au $ et le baril de Brent progresse de 6% à 42,78$.

Sur le Stoxx le secteur Banques (+16,5%) est la meilleure performance suite à la rotation vers les secteurs cycliques après l’annonce du vaccin, suivi de Pétrole & Gaz (+14,0%) et Assurances (+11,8%). Le secteur Santé (+0,5%) sous performe comme la Technologie (+1,3%) et la Chimie (+2,0%).

Nos fonds, dans lesquels le style croissance séculaire domine, s’ils sont en hausse et parfois vive sur la semaine, ont cependant enregistré du retard sur leurs indices de référence sur lesquels ils gardent tous une belle avance depuis le début de l’année.

Compte tenu des perspectives nouvelles que la découverte du vaccin par BioNTech nous nous engageons dans une rotation sectorielle accrue ce qui entraîne davantage de mouvements dans nos fonds cette semaine.

Ainsi pour FCP Mon PEA nous avons cédé Atos et Dassault Systèmes, allégeant le poids de la Technologie, ainsi que Sanofi pour acheter ADP et Vinci pour combler notre absence du secteur Voyages & Loisirs.

Léa pour Erasmus Mid Cap Euro a cédé Shop Apotheke (digital) pour acheter Hella (systèmes d’éclairage automobiles) et IAG, compagnie aérienne hispano-anglaise (Voyages & Loisirs).

Aymeric pour Erasmus Small Cap Euro a cédé l’italien Saes Getters à cause de sa faible liquidité.

Bonne semaine à tous,

Jean-François GILLES