Poursuite de la reprise

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13 septembre 2021

Rubrique : L'analyse de Jean-François Gilles

Il y avait dans le passé des exégèses des déclarations de Moscou et de Pékin, il doit en être de même aujourd’hui pour les déclarations des banquiers centraux et des organismes publics d’analyse économique.

Et c’est ce qui rend le dernier Point de conjoncture de l’INSEE particulièrement intéressant aussi nous le reproduisons largement dans cette lettre.

Cet institut, à la neutralité politique bien établie et qui n’a pas le souci de plaire aux gouvernants, relève la santé améliorée de l’économie française. Il en est de même de son pendant italien et de la BCE.

En cette rentrée l’Europe va mieux, mieux que les prévisions les plus optimistes ne le laissaient espérer : la croissance est vive, l’emploi rebondit et de nombreuses entreprises peinent à trouver du personnel qualifié.

C’est un ferme soutien à la tenue des marchés avec celui réaffirmé cette semaine par Mme Lagarde et la Banque Centrale Européenne.

La BCE a donc relevé cette semaine sa prévision de croissance pour 2021 de 4,6% à 5% et abaissé de 0,1% celle de 2022 de 4,7% à 4,6%. Si sa prévision d’inflation 2021 est relevée aussi, à 2,2%, cela veut également dire qu’elle baissera fortement d’ici la fin de l’année. Elle devrait reculer sous les 2ù dès 2022 et 2023, autrement dit passer en-dessous de l’objectif de la banque centrale.

Dès la fin de cette année l’Eurozone passera au-dessus de son niveau pré-pandémie, un trimestre plus tôt que ce qu’attendait la BCE il y a 3 mois.

Pour autant, la BCE va poursuivre ses achats d’actifs dans le cadre du PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme), mais à un rythme ralenti par rapport à l’accélération faite aux T2 et T3. Cette réduction des achats du PEPP n’est en rien un « tapering » et cette précision a été un signal fort qui a été bien perçu par les marchés.

La BCE a pu s’appuyer pour ces décisions sur le succès de son action récente. Le PIB du T2 a été révisé de +2,0% à +2,2%, la consommation des ménages porte la dynamique de l’économie et l’épargne accumulée depuis 18 mois permet de penser que ce mouvement va continuer.

Au T2 aussi l’emploi a progressé en Eurozone de 0,7% et les enquêtes suggèrent que cette tendance se poursuit.

Cette évolution se reflète dans les analyses du Point de conjoncture de l’INSEE publié le 7 septembre : L’économie passe la quatrième vague.

La poursuite de la reprise conjuguée à un premier semestre un peu moins défavorable qu’estimé précédemment pourrait entraîner une croissance légèrement supérieure à 6% en 2021.

Depuis la parution de la dernière note de conjoncture le 1er juillet, les résultats des comptes nationaux du T2 2021 ont été publiés. A cette occasion, l’activité économique de la fin 2020 et celle du début 2021 ont été légèrement revues à la hausse du fait notamment du secteur de la construction : l’investissement des entreprises a ainsi retrouvé dès le T1 2021 son niveau d’avant crise. Et le rebond en mai-juin, après le 3ème confinement, a été un peu plus marqué que prévu, l’activité s’étant située en juin à 1% environ sous son niveau d’avant crise. A mi-année, l’acquis de croissance pour 2021 s’élève ainsi à 4,8% (c’est ce que serait la croissance annuelle en faisant l’hypothèse que le PIB se maintient aux 3ème et 4ème trimestre au niveau moyen atteint au 2ème) voire à 5,9% (en remplaçant dans ce calcul le niveau moyen du T2 par celui, plus élevé, estimé pour le seul mois de juin).

Compte tenu des indicateurs d’activité pour juillet et août mais aussi de la vive accélération mesurée en mai puis en juin, la croissance du T3 serait forte (+2,7% prévu par rapport au 2ème) même si, au mois le mois, elle ralentirait un peu : c’est en effet en mai et juin, au moment des réouvertures, que l’activité se serait le plus nettement redressée. En l(‘absence de nouvelle dégradation de la situation sanitaire, la reprise se poursuivrait en fin d’année (+0,5% prévu au T4) permettant alors à l’économie de retrouver globalement son niveau d’avant crise, malgré des contrastes sectoriels persistants. Au total, la croissance moyenne annuelle s’élèverait à 6 ¼% en 2021.

Cette prévision pourrait éventuellement être dépassée si, par exemple, certains facteurs limitants (en particulier les difficultés d’approvisionnement) se résorbaient au cours des prochains mois. Inversement, la fin de l’année n’est pas dénuée d’incertitudes, notamment au niveau international. En Chine, la situation sanitaire et les mesures de restriction associées continuent de susciter des inquiétudes, et l’activité économique ralentit. Aux États-Unis aussi, où l’activité économique a retrouvé dès le printemps 2021 son niveau d’avant crise, la situation sanitaire tend à se dégrader tandis que les tensions inflationnistes persistent après le vif stimulus budgétaire administré ces derniers mois. En Europe, les inquiétudes semblent moindres à ce stade, même si les climats des affaires – qui restent favorables- tendent aussi à se passer, en partie pour des raisons mécaniques après leur envolée liée aux réouvertures. 

Aux États-Unis, le rapport JOLTS (Jobs Openings & Labor Trend Survey) du Bureau of Labor Statistics est révélateur d’une situation de l’emploi sans précédent. 10,9 millions de postes sont à pourvoir contre 10 attendus, le ratio chômeurs sur emplois offerts est à 79,6% un nouveau plus bas, le taux de démissions à 3,1% est à un plus haut historique, le taux d’emplois pourvus à 65,5% rejoint le plus bas de mai et la fin en mai des indemnités versées par la moitié des états ne semble pas avoir inversé la tendance. La situation du marché de l’emploi est tendue, sur un an la hausse du salaire horaire moyen est de 4% et sur les 6 derniers mois annualisés de 4,3%.

Voici l’analyse que fait Bruno Cavalier (Oddo) de cette situation :

« Les entreprises US font face à une pénurie de main-d’œuvre disponible et doivent donc relever les salaires offerts. Le constat ne se discute pas mais il doit être nuancé. Ces tensions sont concentrées sur les bas salaires et les nouveaux recrutements. La structure de la force de travail a été tellement modifiée durant la pandémie que les biais statistiques amplifient la hausse des certains indices de salaires. Corrigée de cet effet, l’inflation salariale n’a pas explosé, évoluant en gros avec les gains de productivité. Les marges des entreprises ne sont pas laminées. Ce n’est pas à ce stade une situation propre à causer une spirale salaires-prix. »

Espérons qu’il ait raison. 

Avant d’en venir aux flux de la semaine, une observation intéressante de Michael Hartnett, Chief Investment Strategist de Bank of America :les souscriptions globales aux fonds et ETF actions cette année, 1 000 milliards $, sont supérieures au total des 20 dernières années cumulées (800 milliards $ entre 2001 et 2020).

Voilà qui explique la hausse des marchés et leur facilité à absorber l’abondance des IPO, émissions et placements.

Sur la semaine du 2 au 8 septembre, le flux des souscriptions se renforce selon EPFR Global, avec un nouvel intérêt sur les fonds obligataires (12,7MM$) au même niveau que les fonds actions (12,4MM$) pour lesquels on observe un intérêt nouveau su les émergents, la Technologie, l’Asie et l’ESG/ISR.

Pour les actions de l’Eurozone, la France (463M$) et l’Allemagne (359M$) voient un renforcement de leurs collectes alors que les 37 semaines consécutives de collecte égalent maintenant la phase la plus longue observée (en 2017). Qui plus est, ce sont toutes les places de l’Eurozone qui sont en collecte positive.

Le consensus des prévisions bénéficiaires FactSet sur le Stoxx600 européen attend une croissance des BPA de +84,1% pour 2021 et +5,7% pour 2022. Aux États-Unis pour le S&P500, la croissance annuelle 2021 est attendue à +49,8% et à +7,7% pour 2022.

Bonne semaine pour nos fonds qui enregistrent de 0,70 à 1% d’avance sur leurs indices de référence.

Un seul mouvement à signaler, l’achat par FCP Mon PEA de M6 Métropole Télévision (déjà dans Erasmus Mid Cap Euro) le président du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) ayant à son tour déclaré qu’il était favorable à la fusion M6-TF1 pour constituer un groupe audiovisuel français de taille européenne ; Pour rappel, le cours de rachat de M6 par TF1 est fixé et accepté par le cédant à 25€ et le dirigeant de l’entreprise issue de la fusion sera Mr de Tavernost. Un seul écueil, le délai de réalisation, un an, car il faudra attendre que les échéances électorales soient passées.

Bonne semaine à tous.