Newsletter avril 2018

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05 avril 2018

Rubrique : Flash mensuel

Madame, Monsieur,

Décidément, le premier trimestre 2018 aura vu une succession d’évènements brutaux et parfois inattendus : instabilité des marchés financiers qui fait suite à une phase de volatilité très faible, renforcement surprenant de l’euro et montée des tensions commerciales. 

Cela a bien compliqué la gestion sur les marchés, en particulier pour les entreprises petites et moyennes emportées par de violentes rotations sectorielles et des craintes injustifiées. 

Heureusement la correction reste modeste après la très satisfaisante année 2017 et les fondamentaux économiques restent très favorables comme nous allons le voir ensemble. C’est très clairement le message que les chefs d’entreprise nous font passer au cours de nos fréquents entretiens. 

Mais d’abord le bilan du trimestre :

 

Un trimestre médiocre donc, mais qui ne remet pas en cause nos analyses sur l’année 2018 que nous voyons toujours positivement. En effet, au terme de ces trois premiers mois, la croissance est attendue un peu plus forte que nous le pensions il y a un trimestre, et synchronisée : il n’y a pas de partie du monde où les chiffres de PIB n’aient été revus à la hausse. 

L’Asie tout d’abord où la croissance chinoise, si elle ralentit très modérément, se maintient au niveau élevé de 6.4%, revu en hausse donc, et qui assure à nombre de nos entreprises un très large débouché. 

Des pays aussi importants que le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie, Singapour ou Taïwan voient aussi leurs perspectives s’améliorer ainsi que la plus grande démocratie du monde, l’Inde, dont la croissance devrait atteindre 7.5% en 2018. 

L’Amérique Latine, à des niveaux plus modestes, voit également sa situation s’éclaicir. Sa croissance passerait de 2017 à 2018 de 1.2% à 2.3% avec un fort rebond des pays pétroliers : le Brésil à 2.4% après 1% ou la Colombie à 2.3% après 1.8%. Tiré par les Etats-Unis, le Mexique reste lui aussi au-dessus des 2% de croissance. 

L’Europe Centrale est à l’avenant avec des chiffres revus à la hausse pour la Russie (pétrole) à 1.7% vs 1.6%, la Hongrie (4%), la Pologne (4%) et la République Tchèque (3.8%). Même la Turquie, malgré la guerre à ses portes, connaîtrait une croissance de 3.8% 

Si toutes les parties du monde émergent vont mieux, qu’en est-il du monde développé ? 

Eh bien et en dépit au tintamarre permanent qui vient des Etats-Unis, là aussi la croissance 2018 est mois après mois revue à la hausse, révision de +0.4% sur le trimestre qui porte désormais les attentes pour 2018 au-dessus de 2.5%. La dynamique de l’évolution des prix amène la Federal Reserve et son nouveau président Jerome POWELL à accélérer le rythme du resserrement monétaire, ce qui soutient le dollar alors que Donald TRUMP le met à mal en augmentant le déficit budgétaire. Washington appuie sur l’accélérateur avec une forte hausse des dépenses qui se combine dorénavant à la baisse de la fiscalité. Le résultat d’une telle approche se répercutera sur le déficit public qui augmentera fortement au cours de prochaines années. Le dérapage budgétaire s’ajoute à celui du déficit courant. En forte hausse, ce dernier est un échec pour Donald TRUMP qui a sorti l’arsenal protectionniste pour tenir ses engagements électoraux. 

Depuis son arrivée à Washington, malgré les promesses du candidat, le déficit commercial a continué à se creuser. Ceci explique sa détermination à marquer les esprits à six mois des élections de mi-mandat où il pourrait perdre la majorité des chambres. Pour nous, les mesures qu’il propose sont loin de pouvoir inverser la tendance compte tenu des pertes de compétitivité industrielle des Etats-Unis. L’impact restera limité par la stratégie adoptée par Washington qui vise surtout à amener les pays tiers à des négociations bilatérales à l’issue desquelles le président américain pourra se targuer de victoires avec lesquelles il espère convaincre ses électeurs, ceci sans traiter du fond du problème. En attendant, les conséquences de ses décisions fiscales et budgétaires sont dans l’immédiat (2018-2019) une accélération de la croissance, un accroissement des déficits jumeaux (budget et commerce) et une forte progression des bénéfices des entreprises en 2018 qui réjouit Wall Street. 

L’Eurozone et la France dans tout ça ? 

Encore une année de forte croissance : +2.5% pour l’Eurozone avec la France qui devrait être au-dessus de 2% et une nouvelle réduction du chômage. Bien sûr, les choses pourraient mal tourner si notre analyse ci-dessus était erronée car l’Europe aurait plus à perdre d’une guerre commerciale que les Etats-Unis. Le commerce extérieur représente 20% du PIB aux Etats-Unis, et hors commerce intra-zone, il est de 36% pour la zone euro. 

Mais nous sommes confiants dans notre raisonnement car les décideurs américains savent bien qu’une guerre commerciale, contrairement aux déclarations à l’emporte-pièce de M. TRUMP, ne fait que des perdants. 

Nous allons, c’est la première fois, finir notre tour d’horizon par la France, désormais au cœur de la bonne santé de l’Eurozone aux côtés de l’Allemagne. Reprenons l’analyse du 29 mars de Jessica HINDS, économiste Europe de Capital Economics, bureau d’études économiques anglais qui n’a pas été particulièrement tendre avec la France ces dernières années : 

« Les bonnes nouvelles fiscales ont été une rareté en France ces dernières années, aussi le président Emmanuel MACRON a dû particulièrement bien accueillir la nouvelle au début de semaine que le déficit budgétaire 2017 a finalement été plus faible que la prévision gouvernementale. 

Les chiffres de l’INSEE montrent que le déficit s’est réduit de 3.4% du PIB en 2016 à 2.6%, sous la prévision du gouvernement de 2.9%. Et ainsi il est significativement sous le plafond de 3%  défini par le Pacte de Stabilité et de Croissance. 

Cette amélioration doit beaucoup à la vigueur nouvelle de l’économie française. Le PIB a progressé de 2% l’an dernier, plus rapidement que la prévision de 1.7% du gouvernement. Et d’autres publications cette semaine montrent que l’économie a crû un peu plus rapidement au T4 qu’estimé auparavant. L’allure plus rapide de la croissance aura ainsi mécaniquement réduit le déficit par rapport au PIB (L’inflation a été aussi un peu plus élevée à 1.2% contre une prévision de 1%). Aussi le gouvernement a pu réduire ses emprunts nets de 75.9 milliards d’euros en 2016 à 59.3 milliards d’euros en 2017. Bien que les dépenses budgétaires aient crû de 2.5% sur un an, elles ont plus qu’été compensées par une hausse de 4% des recettes, largement grâce à l’amélioration de l’environnement économique. 

En particulier, les impôts sur la fortune et le revenu ont collecté 5.2% de plus alors que les produits de la TVA ont aussi fortement augmenté. Et avec l’accélération des hausses de l’emploi et des salaires, les contributions sociales payées par les salariés et des employeurs ont progressé plus vite qu’en 2016. 

Ainsi, après une décennie où la France a constamment excédé le plafond de 3% du Pacte de Stabilité et de Croissance, elle est sur une pente la conduisant à être en conformité avec ses engagements. 

Le résultat meilleur que prévu de 2017 permet d’engager 2018 dans de meilleures conditions que prévu. Et l’économie croîtra probablement plus rapidement en 2018 que la prévision actuelle de 1.7% du gouvernement. D’ailleurs cette projection est plus pessimiste que celles de la plupart des autres économistes publics ou privés comme le FMI, l’OCDE et la Commission Européenne. 

La confiance des ménages est à un haut niveau par rapport à la période d’après crise et cette semaine l’INSEE a publié pour mars son maintien au haut niveau de 100. Parallèlement, l’attitude favorable aux entreprises du gouvernement encourage celles-ci à investir. Selon la dernière enquête de l’INSEE auprès des entreprises industrielles, elles prévoient de dépenser 4% de plus en investissements qu’elles ne l’ont fait en 2017. 

En conséquence, il semble probable que pour 2018, au moins, le gouvernement va rapidement réviser à la hausse sa prévision de croissance. Et il pourrait aussi réviser à la baisse sa prévision de déficit. » 

Vous comprendrez après ce long exposé notre optimiste en dépit des turbulences traversées au T1 et dont nous n’excluons pas la prolongation tant c’était l’absence de la volatilité en 2017 qui était une anomalie. 

Cette analyse est parfaitement en phase avec les discours des chefs d’entreprise que nous interviewons chaque semaine, les français mais aussi ceux d’entreprises des pays voisins.

Vous comprendrez aussi que l’ensemble de nos fonds sur l’Eurozone privilégient par une surpondération les entreprises françaises qui bénéficient plus que les autres de l’embellie décrite.

Vous souhaitant bonne continuation. 

                           Jean-Pierre Gaillard                                                           Jean-François Gilles

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