Newsletter juillet 2019

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02 juillet 2019

Rubrique : Flash mensuel

Madame, Monsieur,

Qui l’eut dit !

Voilà que le premier semestre 2019 enregistre la meilleure performance semestrielle boursière depuis 10 ans après l’éprouvante fin d’année 2018 et alors que les économies ralentissent sur tous les continents. C’est la situation économique et financière que nous allons décrire et analyser dans cette lettre trimestrielle en essayant d’en tirer les meilleures conclusions et propositions d’investissement pour la période à venir.

Comme à l’habitude, nous commençons par le tableau des performances des fonds Erasmus. Vous pouvez le constater, les résultats sont satisfaisants sur le semestre bien sûr, mais aussi c’est plus important sur trois et cinq ans. Nos produits sont destinés à l’investissement de long terme. C’est alors que l’épargnant tire le plein bénéfice de placements comportant une part de risque mais aussi un retour sur investissement significativement plus élevé que les contrats Euros ou les placements sans risque, immobilier compris.

Comme vous pouvez le constater les performances sont assez homogènes sur le semestre comme sur trois ans. Le premier trimestre avait favorisé les entreprises de taille moyenne, le second a été plus favorable aux entreprises de grande taille et à la France par rapport aux autres pays de l’Euro zone. Selon ce que nous observons au travers des flux de souscriptions-rachats, il devrait en être de même sur les prochains mois, les flux étant plus favorables aujourd’hui aux grandes capitalisations. Mais nous vous rappelons que sur le long terme, ce sont toujours les petites entreprises qui apportent les meilleures performances et le plus de satisfaction. Peut-être faut-il saisir ce moment moins favorable pour se renforcer ou investir en visant sur un horizon de trois à cinq ans.

La situation économique actuelle se complique et les marchés boursiers progressent : comment s’explique ce paradoxe qui ne pourra sans doute durer longtemps ?

Le moteur de la hausse des marchés en 2017 et au début 2018 a été la croissance des économies, des entreprises, la progression de l’emploi et celle des bénéfices.

Après la correction du quatrième trimestre 2018, le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine provoque un ralentissement des économies qui n’épargne personne, la France et l’Euro zone, les Etats-Unis et la Chine bien sûr et aussi et surtout les pays émergents, premières victimes du ralentissement du commerce mondial. Bref, les 60% de l’économie mondiale hors Chine et Etats-Unis sont autant atteints que les pays au cœur du conflit.

En fait ce conflit est tout autre qu’un conflit commercial, ce n’est que le début d’une longue bataille pour le leadership mondial entre les deux nations. Aussi il ne fallait pas s’attendre à Osaka à autre chose qu’un compromis et c’est heureux qu’il y en ait eu un, car ce conflit ne peut se dépasser qu’avec le temps.

Mais au cours de ce semestre nous avons bien vu que les économies les plus exportatrices, Japon ou Corée du Sud, Allemagne ou Italie ont été les plus affectées par le ralentissement de la demande des pays émergents et de la Chine. D’autres, comme en Euro zone, l’Espagne, le Portugal mais aussi la France, ont beaucoup mieux résisté à ce refroidissement. Nous en avons tenu compte dans nos choix d’investissement.

La Chine a beaucoup de moyens : ses excédents commerciaux et budgétaires des années passées la classe dans une catégorie à part par rapport aux pays de l’OCDE. Devant la chute de ses exportations et la réduction des stocks chez ses clients, elle a mis en place un stimulus fiscal qui devrait provoquer une reprise au second semestre. Il sera suffisant pour éviter une réduction trop rapide de la croissance. Les Etats-Unis et l’Euro zone n’ont pas les moyens de s’engager dans une politique de relance d’une même ampleur. Ils vont donc avoir recours au second moteur des marchés : une politique monétaire plus accommodante.

La Fed, la banque centrale américaine, vient d’annoncer la couleur, après les dernières interventions de son président, Jerome POWELL, deux à trois baisses des taux sont attendues cette année et une ou deux l’an prochain. Déjà les taux longs américains ont beaucoup baissé après avoir, pour les emprunts à 10 ans, touché 3.35% en novembre 2018 et encore 2.80% en début 2019, ils sont descendus à 2% aujourd’hui. C’est une sacrée économie pour l’investissement des entreprises et les emprunts immobiliers des ménages.

C’est la même politique qui est en passe d’être implémentée en Euro zone. La mesure d’inflation favorite de la BCE, l’inflation anticipée à 5 ans dans 5 ans, autrement dit l’inflation attendue dans 10 ans rejoint son plus bas historique de fin 2016 à 1.25% : il n’y a donc plus de menace d’inflation. C’est ce qui a permis à Benoît COEURE, membre du directoire de la BCE, dans le Financial Times, puis à Mario DRAGHI, son président, lors du séminaire annuel de Sintra au Portugal, d’indiquer que des baisses des taux directeurs étaient à l’étude et que des prêts généreux seraient accordés aux banques pour qu’elles puissent relancer les économies.

Comme toujours, les marchés anticipent et déjà l’emprunt français à 10 ans, l’OAT, qui était à près de 1% en octobre 2018, a battu son record et a connu brièvement un taux négatif de -0.01% pour être aujourd’hui à 0%. Autrement dit l’Etat Français emprunte à 10 ans gratuitement. Le Bund allemand est lui à -0.33%.

Voilà donc les stimuli qui ont porté le marché au cours de ce second trimestre 2019 : stimuli budgétaire et fiscal en Chine, stimuli monétaires aux Etats-Unis et en Euro zone. Ils doivent maintenant relancer l’activité : si leurs effets deviennent perceptibles au cours du second semestre les marchés pourront garder leur bonne allure car alors il y aura des perspectives solides de croissance économique et de progression des bénéfices en 2020.

Nous sommes de plus en plus prisonniers de la rapidité de l’information et des mouvements de marché de court-terme pour ne pas dire de l’immédiateté et nous perdons de vue les constructions de longue haleine, aussi nous avons pensé utile avant de terminer cette lettre trimestrielle de reprendre une intervention de Holger SCHMIEDING (Berenberg) à la London School of Economics, son alma mater, le 24 juin :

« En Euro zone, les prix sont stables et le pouvoir d’achat progresse. Le chômage à 7.6% est proche de son plus bas de 7.3% enregistré début 2008 et bien en dessous les 10.5% de 1998, l’année précédant la création de l’euro. Les différences économiques entre les régions de l’Euro zone sont similaires à celles entre les régions des Etats-Unis. La trajectoire de la dette publique est bien moins alarmante qu’aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon depuis 20 ans. Avant la création de l’euro, la dette de la Grande-Bretagne représentait 41.2% du PIB de 1998 alors que celle des pays de l’Euro zone était à 71.8%. Aujourd’hui, la Grande-Bretagne est légèrement plus endettée que l’Euro zone avec 86.8% et 85.1% respectivement en 2018. C’est à peu près la même chose pour les Etats-Unis dont la dette atteint 107% du PIB. Si le PIB des Etats-Unis par tête progresse légèrement plus vite que celui de l’Euro zone, c’est au prix d’un endettement insoutenable »

Ceci pour montrer que le travail patient et discret porte bien souvent ses fruits et que si l’auto flagellation fait très souvent la une des médias, la réalité est souvent plus complexe et il faut se garder de conclusions hatives et trop péremptoires.

Nous en arrivons donc à nos conclusions et recommandations et reconduisons une position neutre sur les actions, une sous-pondération sur les obligations et une surpondération sur le cash. Les échéances sont désormais derrière nous, elles ont été passées avec succès (banques centrales) ou sans accident (négociations commerciales). Il nous semble donc que pour le trimestre à venir, le risque est d’être en dehors du marché. En octobre 2019, la campagne présidentielle américaine va commencer et le président sortant ne peut alors se permettre un ralentissement économique. L’Euro zone, où les entreprises sont bien plus solides qu’il y a 20 ans, devrait être bien placée pour profiter du rebond de 2020.

Vous souhaitant bonne continuation. 

                           Jean-Pierre Gaillard                                                           Jean-François Gilles

Les performances passées ne sont jamais un indicateur fiable des résultats futurs, mais nous mettons constamment nos meilleurs efforts à la compréhension de l’économie et des marchés financiers pour gérer avec le plus de pertinence possible l’épargne que vous nous confiez.