Newsletter avril 2020

  -  Les commentaires de nos équipes

10 avril 2020

Rubrique : Flash trimestriel

Madame, Monsieur, 

Pourtant à nous deux, nous comptons presqu’un siècle d’expérience et d’étude de la vie économique et des marchés financiers : nous n’avions jamais connu un tel choc.

La forte propagation du coronavirus en Chine, puis en Europe et aux Etats Unis, suivie de la guerre des prix du pétrole entre l’Arabie Saoudite et la Russie ont déclenché l’effondrement de toutes les places boursières. Une forte contraction de l’activité économique et donc des résultats des entreprises est anticipée et le FMI prédit désormais une récession mondiale cette année à un niveau au moins aussi élevé que pendant la crise financière de 2008/2009.

Près de la moitié de la population mondiale est désormais en confinement total, ce qui a des conséquences majeures sur l’activité des entreprises.

C’est dans ce lourd contexte que nous avons travaillé à protéger vos intérêts.

Après un bon démarrage en janvier et février le bilan n’est pas bon pour nos fonds, même si en regardant attentivement on peut voir que nos efforts ont quand même porté quelques fruits. Le voici :

Et maintenant ?

Car comme toujours, c’est l’après qui compte.

Voici notre analyse et les décisions que nous avons prises en regard.

1. Les économies connaissent une profonde contraction

Les efforts faits pour contenir le coronavirus génèrent une récession plus brutale et profonde que celle de 2008/2009. Cette pandémie entraîne une crise différente : elle affecte aussi bien nos foyers que nos entreprises et elle provoque un choc négatif sur l’offre et sur la demande. Les pays développés enregistreront une récession d’au moins même amplitude qu’en 2008/2009 mais plus brutale, sur une période bien plus courte. Cette fois-ci, les pays émergents loin d’être épargnés, seront encore plus durement affectés.

2. La Chine a traversé une forte crise économique

Après des années de croissance rapide, même si celle-ci ralentissait, elle va enregistrer au moins pour quelques trimestres et peut être pour 2020 une croissance négative : recul du PIB, de la consommation, de la production, des investissements et des exportations au moins au premier semestre 2020.

La Chine qui était depuis deux décennies le moteur de la croissance mondiale, a été aussi l’épicentre de la pandémie mondiale et le premier pays à entreprendre une sortie de crise. En ce sens, elle a joué et joue un rôle critique.

Ses leaders doivent relever un problème de crédibilité tant sur le plan domestique qu’international.

3. Les pays émergents vont souffrir davantage que les pays développés

Alors qu’ils étaient sur une bonne tendance en 2008/2009, leur position s’était affaiblie avant le choc de la pandémie. Beaucoup d’entre eux ont des économies qui reposent largement sur les exportations de matières premières dont les prix ont reculé ces dernières années, aussi bien matières premières agricoles que minerais ou énergie.

4. Le rythme de la reprise dépendra de nombreux facteurs

La séquence que nous connaissons est temporaire. On peut déjà considérer que la Chine a passé la phase la plus sévère sur le plan sanitaire et que ce sera le cas pour la plupart des pays d’Europe d’ici le mois de mai et celui de juin pour les Etats-Unis. Après doit venir la reprise. Celle-ci dépendra de la situation de chaque zone économique avant la pandémie mais aussi de facteurs qui pourront la freiner ou l’accélérer.

Nous pouvons malheureusement dire que nos analyses ne nous conduisent pas à anticiper une reprise en V.

En effet, les leçons des premières semaines de retour à l’activité en Chine montrent que celle-ci ne peut être que progressive : le déconfinement n’est possible que progressivement, les communications routières, ferroviaires, portuaires ou aériennes ne peuvent reprendre à 100% du jour au lendemain et les commandes ne reprennent qu’à un rythme prudent qui correspond aussi à une phase délicate de gestion des stocks et de difficultés logistiques.

Après cette phase, une accélération est possible mais pas garantie. Elle dépendra de facteurs clés : quels seront des prix de l’énergie et des matières premières? Est-ce que les stimuli des autorités chinoises doperont la demande domestique ou l’épargne ? Est-ce que le commerce international accélérera ou continuera à s’affaiblir ? Et l’investissement connaîtra-t-il le rebond cyclique traditionnel ?

Quel sera le sort de l’épargne ?

5. Pour les Etats-Unis, quels seront les coûts des réponses économiques à la crise et qui les supportera ?

Les politiques monétaires et fiscales agressives mises en place pour faire face aux massives pertes d’emplois et à la réduction de la richesse ont un coût. Celui-ci sera financé un peu partout mais aux Etats-Unis plus qu’ailleurs par de la dette publique. Le potentiel économique américain est tel que les gouvernements peuvent financer cet endettement supplémentaire par les deux bouts : un peu plus d’impôts et taxes, un peu moins de dépenses.

C’est important, si les taux européens sont à 0, voire négatifs, ce n’est pas le cas aux Etats-Unis où les frais financiers impactent le budget fédéral. Il faudra donc que l’endettement, passé de 23.2% en 1974 à 109% du PIB aujourd’hui et qui va encore bondir de 25% en deux ans, reste sous contrôle.

6. Les politiques monétaires et fiscales et la reprise : suivant les zones économiques leur rôle sera diffèrent.

Toutes les banques centrales ont relancé leurs assouplissements quantitatifs qui assurent la liquidité indispensable (cf. 2008/2009 et 2010-2011 en Eurozone), protègent le prix des actifs et donnent un coup de pouce à l’activité.

Les politiques fiscales et sociales européennes qui assurent aux salariés pendant une longue période si nécessaire des revenus à peine inferieurs à leur salaire net semblent à cet égard un meilleur gage de maintien de la consommation domestique d’une part et de retour au travail sans perte de compétence d’autre part.

Le chèque envoyé aux contribuables américains, signé par leur président, s’il est sympathique et peut être électoralement payant, ne nous semble pas avoir les mêmes vertus économiques que la méthode européenne. 

7. Les limites de la globalisation

Depuis une décennie dans de nombreux pays, les réserves voire l’hostilité à la globalisation, s’expriment de plus en plus vivement. D’une certaine manière, les élections de MM Orban ou Trump, la montée de partis politiques populistes en Italie, en France et ailleurs en sont le reflet.

La crise sanitaire actuelle va alimenter cette tendance et faire sortir de la globalisation certains secteurs économiques. Les gouvernants, à l’écoute de l’opinion, légifèreraient pour que leurs pays, ou zones économiques, ne soient plus dépendants dans des domaines jugés d’intérêt général, de chaînes d’approvisionnement internationales trop complexes et incertaines.

La conséquence en sera la relocalisation de certaines branches et un retour d’activités telles que la santé dans un cadre public.

8. Les règles du jeu vont changer en partie

L’histoire nous montre que les épidémies et les guerres ont parfois été des points d’inflexion en matière économique et sociale : il en sera de même cette fois-ci.

Non pas qu’une fois la séquence de la pandémie passée chacun soit prêt à abandonner une large part de son bien-être matériel, mais parce que personne ne voudra pour lui-même et les générations futures connaître la même expérience.

Si un retour à la frugalité nous semble improbable, et pas souhaitable car la consommation représente 70% du PIB américain et 60% en Eurozone, il est probable que certains modes de consommation connaitront une évolution accélérée. Le confinement a permis un développement du commerce digital y compris dans des domaines où celui-ci avait du mal à percer, les voyages intercontinentaux mettront longtemps avant de revenir à leurs niveaux antérieurs.

En termes de gouvernance, les poids des banques centrales et celui des gouvernements se sont largement rééquilibrés les premières bénéficiant de la durée, même si leurs dirigeants sont nommés par les autorités élues. Et on a vu que les frontières sont ténues entre politique monétaire et politique fiscale.

9. Confiance, consommation et investissement

L’élément clé qui déterminera le caractère de la reprise économique sera la perception que la phase la plus dangereuse de la pandémie est derrière nous et qu’il est désormais sans danger de reprendre son activité.

Ce retour de confiance devra être validé par des preuves médicales telles que les tests, la disponibilité du matériel nécessaire au traitement du Covid-19, masques ou respirateurs.

Ce retour de confiance aussi bien pour les ménages que pour le monde des affaires est essentiel.

Naturellement, à la sortie d’une telle épreuve, la réaction logique pour les ménages est de se constituer un matelas supplémentaire d’épargne de précaution et pour les dirigeants d’entreprise de renforcer leurs fonds propres en repoussant leurs investissements.

S’il s’agit d’un réflexe naturel, il faut que les gouvernements par la confiance qu’ils inspireront dans la décision tracée l’abrègent au maximum.

Vous voyez la tâche qui nous attend : analyser les décisions qui seront prises, leur impact sur les secteurs, les sociétés. Adapter nos investissements à cet environnement nouveau pour, comme en 1987, en 2001, en 2008-2009, permettre à votre épargne de  fructifier.

Nous n’avons dans cette tempête jamais baissé les bras. Grâce aux outils mis en place à nos domiciles par notre secrétaire général Carlo Virzi, la quinzaine de membres de l’équipe d’Erasmus Gestion a pu opérer en télétravail avec le même professionnalisme, les mêmes instruments de décisions que ceux que nous utilisons rue de Marignan.

A ce jour, tous ont traversé l’épidémie sans dommage.

C’est ce que nous vous souhaitons à tous aujourd’hui. En ces temps, la phrase habituellement anodine « Prenez soin de vous » a tout son sens.

 Vous souhaitant bonne continuation. 

                           Jean-Pierre Gaillard                                                           Jean-François Gilles

Les performances passées ne sont jamais un indicateur fiable des résultats futurs, mais nous mettons constamment nos meilleurs efforts à la compréhension de l’économie et des marchés financiers pour gérer avec le plus de pertinence possible l’épargne que vous nous confiez.