Newsletter Juillet 2020

  -  Les commentaires de nos équipes

29 juillet 2020

Rubrique : Flash trimestriel

Madame, Monsieur,

Ce ne sont pas seulement les marchés financiers mais surtout l’activité économique qui a rebondi de façon impressionnante au cours des trois derniers mois.

Nous vous écrivions dans notre précédente lettre trimestrielle qu’en dépit de notre grande expérience nous n’avions jamais connu un choc tel que celui provoqué par le Covid-19. La reprise en cours depuis avril est à l’aune de cette correction, c’est la plus vigoureuse en un trimestre depuis vingt ans.

Il ne faut pas pour autant considérer que la pandémie fait désormais partie du passé. Elle est toujours là, menaçante, prête à repartir si nous n’appliquons pas avec disciplines les mesures nécessaires pour la tenir à l’écart.

Elle est aussi désormais partie intégrante de notre processus de gestion et de la définition de nos stratégies d’investissement. Nous y reviendrons après vous avoir présenté nos analyses. Mais tout d’abord, comme à l’habitude, voici le tableau des performances de nos fonds. Comme cette lettre a un peu de retard, vous nous en excuserez, ils ne sont pas au 30 juin mais à une date plus récente.

 Performances Erasmus Gestion

Comme vous le voyez, notre travail, nos réflexions, nous ont permis, après avoir protégé vos intérêts au premier trimestre, de profiter plus que pleinement du rebond des marchés. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Incontestablement la situation sanitaire s’est améliorée et ceci un peu partout dans le monde, même aux États-Unis.

S’il serait déplacé de crier trop tôt victoire, il est clair à la lecture quotidienne des chiffres d’hospitalisation et des décès qu’en dépit de la hausse du nombre de cas dans quelques pays à la population importante, Inde, États-Unis ou Brésil, la maladie est mieux comprise et aussi mieux soignée.

Aussi les données de haute fréquence font ressortir une reprise d’activité progressive dans la plupart des parties du monde.

En Chine, d’où est partie l’épidémie, les embouteillages sont à leur niveau pré-Covid, la production industrielle aussi ainsi que les ventes automobiles ou immobilières. Si la fréquentation du métro est en recul de 15% à Pékin et 40% à Wuhan, les réservations Airbnb ont été multipliées par quatre par rapport à l’an dernier avec en contrepartie un recul (10%) du trafic aérien et plus encore international.

Aux États-Unis, où l’inquiétude d’une seconde vague est réelle et justifiée, les données haute fréquence marquent aussi une amélioration continue dans presque tous les domaines à l’exception de l’hôtellerie-restauration, du transport aérien et des grands magasins.

L’Europe, qui a déconfiné de façon étalée, enregistre les mêmes tendances. Le moindre fréquent usage des transports en commun est compensé par beaucoup plus de transports individuels et pas seulement le vélo ! La fréquentation des centres commerciaux est encore, suivant les pays, 5 à 40% inférieure à celle du début de l’année mais depuis le mois de juin les ventes en ligne font plus que compenser les moindres achats en magasins. Bien sûr on ne va plus à l’hôtel, et peu au restaurant et le trafic aérien est encore en recul de plus de 50% mais en Europe aussi Airbnb, comme les gîtes ruraux, connaît des progressions impressionnantes, plus de 100% en France ou aux Pays-Bas, plus de 50% en Allemagne, en Italie ou en Suède. 

L’analyse économique est donc complexe.

En Europe, l’économie a partiellement rattrapé l’impact des mesures de confinement qui ont été imposées pendant un trimestre, mais il va s’écouler encore de nombreux trimestres avant que nous retrouvions le niveau d’activité antérieur à la pandémie. Et la distribution sectorielle de l’activité aura été modifiée au passage ce qui est à prendre en compte dans nos processus d’investissement.

Malheureusement, cette crise a élargi le fossé entre les pays : ceux qui ont été le plus touchés par le virus sont aussi ceux pour qui l’activité touristique est la plus importante, en outre, ce sont aussi ceux qui ont la plus faible marge de manœuvre fiscale.

Heureusement la Banque Centrale Européenne a bien fait son travail et Mme Christine LAGARDE a indiqué que la BCE avait encore beaucoup d’outils pour soutenir l’activité d’autant que l’inflation est moins que jamais menaçante.

C’est pour cela qu’un accord des 27 sur un plan de relance ambitieux et solidaire était nécessaire. Après cinq jours d’un sommet historique à Bruxelles, les dirigeants européens ont fini par valider un plan de relance et le cadre financier pluriannuel 2021-2027, le 21 juillet. La tâche n’a pas été facile au vu des divergences entre les membres mais, au prix de concessions faites par les différents camps, un compromis a pu être trouvé. Il porte sur des montants significatifs qui renforcent la solidarité européenne en permettant de soutenir les pays plus touchés par la crise, sans pour autant négliger l’enjeu de la rigueur budgétaire. L’accord est arrivé un cran plus tôt que ce qui était espéré par les investisseurs, ce qui a permis une forte appréciation de la monnaie unique qui, à 1€ = 1,17$, retrouve un point haut de 2,5 ans. 

La visibilité est moindre aux États-Unis. L’amélioration des indicateurs économiques risque de connaître un coup d’arrêt durant l’été avant que la situation sanitaire repasse sous contrôle.

Si les indicateurs mensuels du chômage témoignent d’un recul enclenché (11,1% en juin vs 13,3% en mai, les demandes hebdomadaires d’allocations chômage restent à un niveau très élevé. Dans ce contexte, l’expiration prévue à la fin du mois de juillet du surplus d’allocation chômage payé par l’état fédéral de 600$ par semaine fait peser un risque de chute brutale sur le revenu et donc la consommation des ménages américains. Certes, une partie d’entre eux a pu épargner l’excès de revenus lorsque les allocations se sont avérées plus avantageuses que le salaire touché en travaillant.

Le risque économique nous semble trop grand et il conduira Washington à prolonger les aides à un niveau élevé. Cet enjeu est au cœur des discussions autour du nouveau plan de relance. Si des divergences demeurent notamment autour du montant des allocations chômage et la proposition de Donald Trump de baisser les taxes pour les ménages, la volonté et la nécessité pour démocrates et républicains d’avancer vers un compromis est forte comme en témoigne l’accord entre les élus républicains et la Maison Blanche sur l’envoi d’un nouveau chèque au ménage, point également demandé par les démocrates.

Un bon plan de relance permettrait au dollar, qui pâtit d’une situation sanitaire davantage dégradée aux États-Unis qu’en Europe, de retrouver des couleurs ces prochains mois. 

En Chine, le président Xi Jinping met l’accent sur un nouveau modèle de développement économique reposant davantage sur la demande domestique en réponse au ralentissement provoqué par le Covid-19 et aux tensions croissantes avec le monde occidental. Il a raison. Il est en effet probable que la demande des principaux partenaires économiques de la Chine va ralentir, sauf celle de ses voisins du sud-est asiatique. La Chine a déjà retrouvé son niveau d’activité antérieur à la crise mais pour quelques trimestres il est peu probable que les commandes à l’export connaissent une forte accélération. D’où la relance pour les investissements d’infrastructures et de technologie.

Il est probable que dès la fin de l’année la Chine, touchée avant l’Occident par la pandémie sera revenue sur sa tendance de croissance antérieure, i.e. autour de 5%.

Compte tenu des tensions avec l’Ouest, la Chine veut conquérir son indépendance technologique mais il est impossible de décréter l’innovation.

Comment adapter notre stratégie à ce scénario de croissance globale ralentie ?

Par des choix sectoriels affirmés. Nous l’avons assez bien réalisé au cours du second trimestre vers des secteurs et des entreprises à caractère plus cyclique.

Aujourd’hui nous devenons un peu plus prudents et recherchons la visibilité.

-          Ni parce que les marchés nous semblent chers. Même s’ils ont bien progressé le niveau de plus en plus faible du taux d’intérêt peut justifier des valorisations élevées, d’autant que les taux longs nous semblent devoir être faibles durablement. 

-          Ni parce que les résultats des entreprises risquent de décevoir. Les résultats du deuxième trimestre, américains aussi bien que les premiers résultats européens, montrent combien la solidité des entreprises s’est renforcée depuis dix ans. La plupart des entreprises traversant bien cette crise.

-          Mais parce qu’après la phase de rattrapage en cours, l’étape suivante, celle de la croissance réelle, sera plus délicate pour certains secteurs. Quelle sera la place du digital dans l’économie, quelle sera la voiture de demain, prendrons-nous l’avion aussi souvent ? Ces questions sont passionnantes mais les réponses vont faire apparaitre des gagnants et des perdants, d’où notre prudence accrue sur les secteurs cycliques.

-          Mais aussi parce que l’élection présidentielle américaine se profile. Ce sera sans doute le thème principal de notre prochaine lettre trimestrielle. Aujourd’hui Mr. Biden est largement en tête dans les sondages. Quelles seront ses politiques budgétaires et fiscales ? Comment seront-elles reçues sur les marchés financiers et des changes ? Des incertitudes à venir auxquelles il faut se préparer dès aujourd’hui. 

Espérant que vous avez bien vécu la période particulière que nous venons de traverser, nous vous souhaitons un bel été et espérons vous retrouver en octobre avec un horizon un peu plus dégagé.

Bien à vous,

                           Jean-Pierre Gaillard                                                           Jean-François Gilles

Les performances passées ne sont jamais un indicateur fiable des résultats futurs, mais nous mettons constamment nos meilleurs efforts à la compréhension de l’économie et des marchés financiers pour gérer avec le plus de pertinence possible l’épargne que vous nous confiez.