Les commentaires de nos équipes
Point Macro
Tanker, pas hors bord
Une fois de plus les chiffres de l’inflation américaine ont déçu. Non pas qu’il n’y ait que du négatif dans la publication de cette semaine, mais au vu de la réaction des marchés, il est clair qu’ils attendaient mieux et que les effets des actions de la Fed soient plus rapides.
Cela me rappelle les lendemains de la Grande Crise Financière de 2008-2010 sous Barak Obama. Là aussi les investisseurs jugeaient que la politique budgétaire et les décisions de la banque centrale étaient bonnes, pertinentes. Et là aussi ils ne comprenaient pas que la croissance n’accélère pas plus vite. En fait cela a été un long parcours, sur 10 ans, d’évolution favorable de la croissance, mais un parcours fait de modestes accélérations.
Malheureusement le monde d’aujourd’hui, sur de nombreux plans, est fait d’immédiateté, ce qui n’est pas la vitesse des économies. Aussi faut-il s’habituer à des effets des politiques monétaires sur le long terme, et très progressifs. Et surtout éviter la rechute par négligence des facteurs de risques qui à tout moment peuvent faire repartir l’inflation.
La semaine a commencé lundi 10 avec la publication du Sentix Economic Index qui est sans ambiguïté : si nous n’y sommes pas encore, nous allons vers la récession. Selon Sentix, l’Eurozone, l’Europe de l’Est, le Japon et l’Amérique Latine y sont déjà alors que les États-Unis et l’Asie hors Japon sont en ralentissement.
Eurozone
- La production industrielle a progressé de 2,5% sur un an en août (12/10), fort rebond après le recul de juillet et bien au-dessus des prévisions. Ce rebond est assez général à l’exception de l’Allemagne qui est touchée de façon disproportionnée par la crise de l’énergie. L’Italie et l’Espagne se distinguent.
- Conformément à la 1ère estimation, l’inflation française est confirmée en septembre à +5,6% après +5,9% en août. Recul aussi de l’inflation sous jacente à 6,2% après 6,6% en août (14/10).
États-Unis
- L’inflation continue de surprendre à la hausse (13/10). Malgré un recul de 2,4% des prix de l’énergie, l’inflation est montée de 0,4% m/m et de 8,2% y/y en septembre ; plus préoccupant, l’inflation sous jacente progresse de 0,6% à 6,6% sur un an, un plus haut de plus de 40 ans. L’augmentation des loyers, qui sont indexés mais avec un décalage, est un élément important signifiant que le ralentissement sera lent.
- Cette publication renforce la probabilité d’une hausse du taux directeur de la Fed de 75bps lors de sa réunion des 1-2 novembre. Les attentes de 50bps en décembre sont désormais prudentes et on ne peut exclure à nouveau 75bps selon les futures.
- Bonne nouvelle pour le moral des consommateurs mesuré par l’Université du Michigan (14/10) qui avance pour le 4ème mois consécutif à 59,8pts (+1,2) après avoir touché 50 en juin ; L’indice des conditions actuelles progresse de 5,6pts à 65,3 mais les perspectives reculent de 1,8pt à 56,2.
- D’ailleurs la consommation se tient (14/10), stable alors que les attentes étaient à +0,2%, mais avec août révisé de +0,1% et les ventes hors automobiles à +0,1% pour des attentes à -0,1%. Le groupe « control sales », à +0,4% après +0,2% en août, est aussi rassurant.
- Pour septembre, l’indice de la NFIB (National Federation of Independant Businesses) progresse légèrement de 91,8 à 92,1, au-dessus du consensus (11/10).
- Sans surprise, les demandes de crédits hypothécaires continuent leur recul (12/10) alors que le taux du crédit hypothécaire à 30 ans, à 7,09% est au plus haut depuis avril 2002.
Chine
- L’activité en septembre reste affectée par la politique Zéro-Covid. Le Caixin PMI des services (10/10) est tombé à 49,3 en septembre après 55,0 en août, bien en dessous des attentes.
- Mais l’inflation reste faible à 2,8% après 2,5% en août, aussi sous les attentes (14/10).
- Les prix à la production sont à +0,9% en septembre après 2,3% en aout (14/10).
- La Chine ralentit donc mais sans connaître d’inflation. Elle achète son pétrole à la Russie, mais avec des discounts de 20 à 30%. Le prix du baril étant revenu à son niveau d’il y a un an et du début de l’année, cela veut dire que la Chine paye son énergie 20 à 30 % moins cher qu’alors ce qui explique son comportement singulier, comme celui de l’Inde et pour les mêmes raisons, en matière d’inflation.
Marchés et Fonds
- Nous avons trouvé une maison positive sur les marchés et sur le risque : les canadiens d’Alpine Macro, mais ils sont vraiment l’exception et tous nos autres fournisseurs, BofA, GS, CM-CIC, Oddo, Oxford Economics, Berenberg ou Kepler sont au moins prudents sinon négatifs. Je précise qu’Alpine est positif sur les actions américaines, mais négatif sur les européennes et neutre sur les émergentes et il favorise le style Growth, les obligations d’état des pays développés de longue duration.
- Selon EPFR Global, flux légèrement positifs sur les actions avec actions américaines +3,8Mds$, Technologie +2,3Mds$, Chine +1MM$, Corée +555M$ mais rachats sur l’Europe -1,8Mds$, Grande-Bretagne -630M$, France -343M$, Allemagne –292M$ et l’Asie, Japon -1,6Mds$, Taïwan -1,5Mds$ et Inde -933M$.
- Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas pour le consensus IBES sur le Stoxx600. Après les fortes révisions à la hausse de la semaine passée, renversement de tendance avec des révisions à la baisse de 1% sur les BPA 2022 et 2023. Les attentes sont maintenant à +18,4% pour 2022 et +2,4% pour 2023. Le multiple des BPA à 12 mois est maintenant de 10,5X.
- C’est Erasmus Mid Cap Euro qui s’est distingué cette semaine, continuant à rattraper son retard sur sa référence, ce que n’ont pas fait FCP Mon PEA et Erasmus Small Cap Euro.
- Davantage de mouvements avec l’achat de Rémy Cointreau, leader dans les cognacs avec Rémy Martin et Louis XIII, après l’excellente publication de LVMH, Léa pour Erasmus Mid Cap Euro a cédé l’italien Amplifon et acheté de la pharma (diagnostic) avec BioMérieux et Covestro, entreprise allemande parmi les principaux fabricants mondiaux de matériaux polymères. Aymeric pour Erasmus Small Cap Euro est revenu sur Trigano, fabricant de véhicules de loisirs, 1er constructeur européen avec 52 637 véhicules.
Très bonne semaine à tous,
Jean-François GILLES