Les commentaires de nos équipes
Point Macro
L'Economie américaine fait de la résistance
Commençons cette lettre en remerciant chaleureusement Jean-François Gilles, qui nous a transmis un flambeau qu’il a fait briller depuis plus de dix ans. Avec presque 500 lettres hebdomadaires à son actif, toutes plus pertinentes les unes que les autres, il a contribué à la renommée d’Erasmus. A la nouvelle équipe de faire de son mieux pour poursuivre cette aventure, en conservant, bien sûr sa totale indépendance.
Géopolitique, macroéconomie et politique. Le triptyque (perdant) de la semaine. Jusqu’à vendredi midi, la semaine a été dominée par les craintes géopolitiques venues du Moyen-Orient, saupoudrées de quelques nouvelles politiques notamment en Europe. Mais la publication d’un rapport sur l’emploi bien supérieur aux attentes a rappelé aux investisseurs que la macroéconomie ne devait jamais être totalement ignorée.
Géopolitique : Le Moyen-Orient, berceau des incertitudes
Commençons par l’endroit qui sait toujours embraser les marchés : le Moyen-Orient. A moins d’avoir été complètement coupé du monde cette semaine, il ne vous aura pas échappé que la situation dégénère et elle pourrait empirer avec les menaces israéliennes de cibler les infrastructures pétrolières de l’Iran en représailles à une attaque balistique. Une hypothétique intervention américaine pourrait faire basculer ce conflit en guerre totale.
Devant ce spectacle macabre, le marché a reculé, surtout en Europe (-1,3%) au rythme des annonces quasi quotidiennes d’escalade. Le pétrole s’est, sans surprise, envolé, avec une hausse de plus de 10% sur la semaine.
Difficile, voire impossible, d’avoir une vision claire des tenants et des aboutissants de cette situation. Nous ne nous aventurerons pas dans des prévisions hasardeuses.
Politique : l’Europe se rebiffe
L’Europe, fervent défenseur du libre-échange, s’est fait violence avec le vote sur les droits de douane pour les voitures électriques chinoises. L’UE a donné son feu vert à des droits de douane pouvant aller jusqu’à 35%. L’opposition des Allemands, qui dépendent largement du marché automobile et d’une excellente entente commerciale avec la Chine, n’aura pas suffi à inverser la tendance.
Ce vote intervient après une avalanche d’avertissements de la part de constructeurs et fournisseurs de l’industrie auto. Parmi eux, Stellantis, Volkswagen, Porsche, Forvia, Renault, Valeo… Nous restons structurellement prudents sur le secteur de l’auto pour lequel il est difficile d’avoir une idée claire sur l’avantage concurrentiel de chacun.
En revanche, la symbolique est forte. L’Europe a fait preuve de beaucoup de naïveté dans les échanges commerciaux dans le passé, sous l’autel du libre-échangisme. Il est particulièrement bienvenu que les choses évoluent.
Macroéconomie : La croissance américaine continue de surprendre
Du côté de la macroéconomie, les nouvelles jusqu’à vendredi ont été mitigées, avec des confirmations quasi unanimes du ralentissement. Les indices PMI ont globalement déçu. Le côté Manufacturier, sans surprise, reste en territoire de contraction (moins de 50) en Europe (largement), en Chine et aux Etats-Unis. Les services résistent mieux, mais ne sont que très légèrement expansionnistes. En France, sur les services, nous sommes même retombés sous les 50, à 49,6 contre 55 le mois précédent. Que les JO semblent loin…
L’inflation continue de chuter. Elle ressort à 1,8% en rythme annuel en zone euro en septembre, contre 2,2% en août.
Donc en Europe, nous avons une croissance qui tourne au ralenti, une inflation sous les 2% et pourtant des taux directeurs à plus de 3,5%. Ces niveaux nous paraissent difficilement justifiables et les risques d’une BCE qui prendrait du retard dans son rythme de baisse des taux s’intensifient.
Aux Etats-Unis, le scénario était tout tracé. La croissance américaine ralentit, mais l’inflation également, ce qui devrait permettre à la Fed une nouvelle baisse de 50 centimes à sa prochaine réunion. Le marché avait, comme toujours, largement anticipé ce scénario et les taux auraient dû tranquillement poursuivre leur baisse. Mais deux éléments sont venus contrarier cette belle mécanique.
- Premièrement, la flambée des prix du pétrole : certes, la Fed se concentre sur l’inflation Core, traduisez sans prendre en compte les prix de l’énergie. Mais il serait naïf de penser que si le pétrole venait à être durablement beaucoup plus haut qu’attendu, cela ne finirait pas par peser sur l’inflation sous-jacente.
- Deuxièmement, surtout, le rapport sur l’emploi a été nettement meilleur que prévu, avec 254k créations d’emploi contre 150 k attendu. Cela réduit fortement la pression sur la Fed d’agir rapidement. Les marchés de taux ont pris acte et semblent désormais exclure l’hypothèse d’une nouvelle baisse de 50 centimes.
Résultat : le scénario de deux baisses de taux d’ici la fin de l’année a de nouveau les faveurs des pronostics.
Pour les entreprises, cette résilience de l’économie américaine est une bonne nouvelle. Pour les marchés, le décalage de la baisse des taux n’en est pas une.
De notre côté, nous préférons voir le verre à moitié plein. Nous restons modérément optimistes sur les marchés et conservons une poche action au milieu de notre fourchette d’allocation.
Conclusion
Après une telle semaine, nous ne souhaitons qu’une chose : que la microéconomie, notre terrain de jeu favori, puisse reprendre son rôle de moteur dans les performances boursières. Cela tombe bien, les premières publications du troisième trimestre commencent (déjà) cette semaine, avec aux Etats-Unis PepsiCo dès mardi puis les banques en fin de semaine. Cela nous donnera une première tendance que nous vous commenterons avec grand plaisir dès lundi prochain.