Les commentaires de nos équipes
Point Macro
Deux salles, deux ambiances
C’est une évidence depuis maintenant plusieurs années. On a longtemps pensé qu’avec une Europe plus unie, les Etats-Unis allaient trouver du répondant. Force est de constater que ces espoirs ont été vains. L’Europe et les Etats-Unis sont sur deux dynamiques diamétralement opposées depuis bientôt deux décennies. Les Etats-Unis ont vu leur revenu disponible réel par habitant augmenter deux fois plus que dans l’UE depuis 2000. Et rien n’indique qu’un changement de tendance est à l’œuvre.
L’insolente santé américaine
Nous mentionnions la semaine dernière l’importance du consommateur américain, dans la croissance américaine et donc mondiale. Et bien, tout va bien, merci pour lui. Les ventes retail aux États-Unis ont augmenté de 0,4% d’un mois à l’autre en septembre 2024, dépassant largement la hausse de 0,1% enregistrée en août et les attentes du marché d’une augmentation de 0,3%.
Du côté de l’emploi, même chose. Le nombre de personnes demandant des allocations chômage a diminué, atteignant 241 000 pour la période se terminant le 12 octobre, bien en dessous des attentes du marché de 260 000.
Même du côté manufacturier, les tendances restent correctes. L’indice manufacturier de la Réserve fédérale de Philadelphie a bondi à 10,3 en octobre 2024, marquant une hausse significative par rapport au 1,7 de septembre et dépassant largement les prévisions de 3. La seule déception est venue de la production industrielle, en baisse de 0,3% sur le mois, mais cette baisse serait principalement due aux événements climatiques.
La santé économique des Etats-Unis est telle qu’on pourrait même penser que la baisse de 50 points de base de l’été a été démesurée. Le marché continue d’attendre une baisse de 25 points de base à la prochaine réunion. Un nouveau soutien à venir pour une économie qui ne semble toujours pas avoir la piste d’atterrissage en ligne de mire.
C’est la raison pour laquelle, malgré des niveaux de valorisations beaucoup moins attractifs, nous restons surpondérés aux Etats-Unis dans nos allocations.
Quels espoirs pour l’Europe ?
Sans surprise, la BCE a abaissé ses taux directeurs de 25 points de base. C’était largement attendu.
Le discours de Madame Lagarde s’est voulu résolument optimiste. L’inflation est sous contrôle mais l’économie se porte également convenablement et nous allons éviter une récession.
Nous n’avons aucun doute sur la première partie. Effectivement, l’inflation continue de baisser. Le taux d’inflation annuel dans la zone euro a été révisé à la baisse à 1,7 % en septembre 2024, contre des estimations initiales de 1,8 % et 2,2 %. L’inflation est désormais à son plus bas niveau d’avril 2021, et solidement ancré sous l’objectif de 2 % de la BCE.
En revanche, nous attendons davantage d’éléments pour être convaincus de la seconde partie. Les atermoiements politiques français, les inquiétudes budgétaires de l’Europe du sud (France y compris) et les difficultés exportatrices allemandes sont autant d’éléments à surveiller de près.
Mais il est vrai que les quelques données de la semaine dernière ont été plutôt rassurantes. La production industrielle de la zone euro a connu sa plus forte augmentation depuis février 2023 (+1,8% m/m), au-dessus des attentes. L’autre bonne nouvelle est venue de l’indicateur ZEW allemand. Pour rappel, cet indicateur mesure le sentiment des investisseurs à l’égard de l’économie à un horizon de six mois. Il a grimpé à 13,1 en octobre 2024, contre 3,6 en septembre, qui était le niveau le plus bas depuis octobre 2023, dépassant les prévisions de 10. Alors, peut-être…
LVMH a ouvert le bal des publications du troisième trimestre mardi dernier. Très attendue, la publication a confirmé un recul du chiffre d’affaires du groupe de 3% en organique au troisième trimestre, après une croissance positive de 2% au premier semestre 2024. Cette baisse s’explique principalement par une contreperformance en Asie, avec une diminution de 16% au T3, notamment en Chine. Lors de la présentation, le groupe a fait peu de commentaires sur ses perspectives et sur l’impact potentiel des mesures de soutien du gouvernement chinois à l’économie. L’action LVMH a enregistré un recul modéré sur la semaine, les attentes des investisseurs ayant déjà été révisées à la baisse ces dernières semaines. L’incertitude demeure sur le titre : s’agit-il de la fin d’une période de croissance soutenue ou d’une contreperformance temporaire ?
Nous étions sous-pondérés sur ce titre, partagés entre notre conviction à long terme quant à la qualité de l’entreprise et nos inquiétudes à court terme liées au ralentissement de l’économie chinoise. Nous profitons de la légère baisse de la semaine pour renforcer prudemment notre position, tout en restant vigilants et attentifs sur le titre et le secteur du luxe.
Cette semaine, nous surveillerons l’avalanche de résultats, avec entre autres SAP, L’Oréal et Hermès. Nous vous les commenterons, avec plaisir, la semaine prochaine.