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Point Macro

Quand l’Europe s’éveillera

19 novembre 2024

Plus de dix jours après l’annonce de la vague rouge, il est l’heure de faire un premier bilan sur l’impact que cet événement a eu sur les Marchés. Mais aussi de se demander quelles conséquences il aura sur l’Europe, en perte de vitesse depuis plusieurs décennies et qui semble être le perdant annoncé de ces prochaines années.

L’euphorie, puis le doute ?

Reprenons, rapidement, la chronologie des événements qui ont rythmé ces dix derniers jours.
– Dans la journée du 6 novembre, la victoire nette de Donald Trump est confirmée
– Dans la soirée du 6 novembre, limogeage par Olaf Scholz de son ministre des Finances, ce qui va entraîner la tenue d’élections anticipées en début d’année prochaine
– Le 7 novembre, la Fed abaisse, comme prévu, ses taux directeurs de 25 points de base, sans inflexion de tendance dans son discours, malgré les évolutions politiques
– Le 8 novembre, l’Assemblée Nationale Populaire chinoise accouche d’un plan de relance décevant
– Le 13 novembre, le basculement de la Chambre des Représentants vers les Républicains confirme la Vague Rouge
La victoire totale de Trump a eu un effet immédiat et particulièrement visible sur les marchés. Il n’y a qu’à voir l’envolée des cryptos pour s’en rendre compte. Mais sur les actifs moins exotiques, les mouvements sont presque aussi significatifs. Avec des impacts complètement opposés entre chaque côté de l’Atlantique. Les actions américaines se sont envolées (+3/4%), les actions européennes ont reculé (-1%). Les taux américains ont explosé (+15/20 points de base), les taux européens ont baissé (-5/-10 pbs). C’est donc fort logiquement que le Dollar a pris plus de 4% face à l’Euro.
Mais après l’euphorie initiale et de nombreux records battus au cours de la séance du 11 novembre, les marchés américains ont eu tendance à consolider.
Le coupable ? Les craintes de rebond de l’inflation qui risque, dans le meilleur des cas, de ralentir le rythme de baisse des taux de la Fed. D’autant plus que Monsieur Powell a fait l’éloge la semaine dernière de la résilience de l’économie américaine et donc de l’absence d’urgence à baisser drastiquement les taux directeurs. Et cela n’a pas plus au Marché américain, qui a reculé entre 2 et 3% par rapport à ses plus hauts de lundi.

L’Europe dans tout ça

L’avantage principal dans la vague rouge du début de mois et qu’il n’y a aucun doute sur les velléités protectionnistes du nouveau gouvernement américain. « Pour moi, le plus beau mot du dictionnaire est « tarif » (droit de douane) » a-t-il annoncé. L’administration Biden n’a jamais été aussi claire, mais ses derniers plans de relance, notamment l’IRA (Inflation Reduction Act), était sans aucun doute du protectionnisme à peine déguisé. Ici Trump est transparent : il faut s’attendre à une hausse des droits de douane de 10 à 20% pour tous les produits et tous les pays et un taux spécial de 60% pour la Chine.

Et c’est toute la question que l’Europe doit se poser.

L’Europe a prospéré pendant de nombreuses années en se positionnant comme l’apôtre de la mondialisation et en multipliant les accords de libre-échange avec les différentes zones géographiques pour devenir la première puissance commerciale, devant la Chine et les Etats-Unis. Les discussions actuelles avec le Mercosur ne sont que la continuité de ce qui a été entamé. L’autre facteur de succès a été l’accès à l’énergie à bas coût, en provenance, principalement, de Russie.
Ces temps sont dorénavant révolus et il est indispensable que l’Europe s’adapte à cette nouvelle réalité. Il faut évoluer et vite. Il est très probable que les exportations chinoises vers les Etats-Unis se redirigeront vers l’Europe, mettant sous pression les concurrents régionaux. La concurrence américaine sera également renforcée, poussée par les réformes pro business de Trump (moins de réglementation, baisse de la fiscalité…) et par la baisse du prix de l’énergie.
L’Europe doit donc absolument s’éveiller. Le potentiel reste important. Le marché unique fonctionne, l’Europe excelle dans de nombreux domaine, dans l’industrie, l’agriculture, les services … Mais, comme l’a montré le rapport de Mario Draghi il y a quelques mois, il est urgent d’agir. Comment ? Un mélange de plans de relance pertinents, de droits de douane cohérents et sûrement des normes moins contraignantes.
Il est vital que cette élection agisse comme un électrochoc pour l’Europe, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions face à la démondialisation à marche forcée qui a commencé il y a quelques années. L’Europe se doit de devenir moins naïve et moins dépendante des autres régions du monde. Le chemin s’annonce semé d’embûche, dans un contexte de surendettement de nombreux Etats. Mais tous les ingrédients sont réunis, il n’y a pas d’autres choix que d’agir.
Nous suivrons cette semaine avec grande attention les publications des PMIs qui nous en diront davantage sur la vigueur des différentes économies. Mais surtout, Nvidia viendra clôturer le bal des publications, avec l’importance qu’on lui connaît.
Nous vous commenterons cela, avec grand plaisir, la semaine prochaine.

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