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Point Macro

Le pire n'est jamais certain

27 novembre 2024

Nous voulions initialement intituler cette lettre « Silence, L’Europe coule ?». Cependant, nous ne souhaitons pas ajouter une énième couche à l’European Bashing qui sévit absolument partout. Oui, l’Europe va mal. Oui, la situation ne va pas s’améliorer à court terme, surtout avec l’America First trumpiste. Mais, l’Europe est désormais face à un mur. Un mur économique, géopolitique et organisationnel. Et c’est souvent dans ces situations là que l’Europe a su tirer son épingle du jeu.

Un signal qui ne trompe pas, la force du dollar

Le message est clair, et le consensus absolu.  Il y a et il y aura plus de croissance, potentiellement bien sûr, plus d’inflation, mais surtout une attractivité plus forte aux Etats-Unis qu’en Europe.

D’ailleurs, les cambistes, spécialisés dans l’achat et la vente de devises, ne s’y trompent pas. L’euro était à 1,093 USD le 5 novembre lors de l’élection. Il a atteint la semaine dernière un plus bas en deux ans, à 1,040 USD. Une baisse de 5% en 20 jours. Pour un marché aussi peu volatil, cela est rarissime.

Ce n’est ni le regain du risque géopolitique à l’Est, ni les PMI publiés en fin de semaine dernière qui vont donner du baume au cœur aux partisans de l’Europe. L’indice composite pour la zone euro repasse en territoire de contraction (à 48,1 en novembre vs 50 attendu et en octobre).

D’autant que les mauvais élèves sont, une nouvelle fois, les « locomotives » françaises et allemandes.  En France comme en Allemagne, le secteur des services se contracte (respectivement 45,7 vs 49,2 en octobre ; 49,4 vs et 51,6 en octobre) alors que l’industrie reste en crise avec des indices PMI manufacturiers qui évoluent toujours largement en territoire de contraction (43,2 en France ; 43,2 en Allemagne). En outre, pour nos voisins, l’indice IFO qui mesure le climat des affaires en Allemagne publié ce lundi matin, est également plus faible qu’anticipé (85,7 en novembre contre 86,1 attendu et 86,5 en octobre).

Lagarde à la rescousse ?

Après avoir dressé un tableau bien sombre de l’avenir du Vieux Continent, essayons d’y ajouter quelques couleurs.

Pour commencer, comme l’expliquent les économistes du CM-CIC, « les indices PMI ont eu tendance ces derniers trimestres à surestimer le ralentissement de la croissance, car les statistiques réelles (en « dur ») sont un peu plus favorables, à l’image du rebond du PIB au 3e trimestre ».

Par ailleurs, pour la première fois depuis la poussée inflationniste de 2022, la progression des salaires dépasse l’inflation, ce qui entraîne une augmentation des salaires réels. Cela offrira davantage de marge de manœuvre à la consommation des ménages, qui sont toujours assis sur un stock d’épargne important, contrairement aux ménages américains.

Enfin, alors qu’on peut légitimement douter des futures actions de la Fed en cas de résurgence inflationniste, le chemin de la BCE semble tout tracé. La possibilité d’une baisse de taux de 50 points de base n’est pas écartée pour la prochaine réunion, ce qui pourrait donner un nouvel élan à la reprise de l’investissement. Ce serait également un signal fort : la BCE peut et doit affirmer son indépendance vis-à-vis de la Fed. Le contexte actuel est idéal pour s’affranchir de la « grande sœur » américaine.

Structurellement, le salut de l’Europe passera par davantage de collaboration. Christine Lagarde a d’ailleurs plaidé pour une plus grande intégration économique de la zone euro, notamment avec la création d’un marché des capitaux unique. Le rapport Draghi publié il y a quelques mois esquissait également une solution régionale pour sortir de l’impasse économique dans laquelle nous nous trouvons. Nous restons convaincus que l’Allemagne détient la clé, et nous aurons l’occasion d’approfondir le sujet dans une prochaine lettre.

Scott Bessent au Trésor

Impossible de ne pas mentionner la nomination de Scott Bessent au Trésor américain, saluée par les marchés en fin de semaine dernière. Cet ancien gestionnaire de hedge funds, réputé résolument pro-marché, a une mission très claire : mettre en œuvre le programme de Trump.

Dans la plus pure tradition américaine, il a d’ailleurs communiqué sur le concept, très marketing, de la politique « 3-3-3 » : 1/ réduction du déficit budgétaire à 3 % du PIB d’ici 2028, 2/ objectif de croissance du PIB de 3 % grâce à la déréglementation, et 3/ augmentation de la production de pétrole pour réduire les prix (3 millions de barils de pétrole supplémentaires par jour).

Nous continuons de maintenir une exposition relativement équilibrée entre les États-Unis et l’Europe dans nos allocations. Bien que les nuages s’amoncellent au-dessus de l’Europe, nous restons convaincus que c’est dans des phases de pessimisme extrême, comme celle que nous traversons actuellement, que se créent les meilleures opportunités.

Cette semaine, qui sera raccourcie aux États-Unis en raison de Thanksgiving, nous surveillerons les chiffres de l’inflation PCE d’octobre, l’indicateur le plus influent pour la Réserve fédérale américaine. Ce chiffre pourrait donner une première indication d’un éventuel changement de trajectoire des taux. Nous suivrons également, vendredi, le taux d’inflation de novembre pour la BCE.

Nous vous commenterons tout cela, avec plaisir, la semaine prochaine.

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