Les commentaires de nos équipes
Point Macro
La démondialisation
Les marchés ont poursuivi leur hausse la semaine dernière, portés par des indicateurs économiques qui laissent le champ libre aux banques centrales. Les perturbations politiques françaises et les tensions géopolitiques en Syrie n’ont pas suffi à altérer l’euphorie ambiante. Pendant ce temps, la Chine s’inquiète de la démondialisation qui se profile.
La Chine s’inquiète mais réagit
Le Premier ministre chinois, Li Qiang, a affirmé ce lundi que l’économie mondiale faisait face à un risque croissant de démondialisation. Nous partageons ce constat. Bien que ce risque soit exacerbé par le retour de Donald Trump au pouvoir, il s’inscrit dans une tendance inexorable amorcée depuis quelques années. Comme l’a souligné M. Qiang : « Depuis 2020, le nombre de mesures commerciales discriminatoires a augmenté de plus de 5 600 par an, contre 3 000 auparavant. »
Pour la Chine, il s’agit d’un véritable défi. Le pays souffre d’une consommation intérieure en berne, alors qu’il a bâti son succès au cours des dernières décennies en devenant l’usine du monde.
C’est pourquoi le gouvernement multiplie les initiatives pour redynamiser son marché intérieur. La dernière en date remonte à ce week-end, avec les commentaires du Politburo, qui a assoupli sa position en matière de politique monétaire en annonçant une approche « modérément accommodante » pour la première fois depuis 2011.
Cette décision a stimulé les marchés en ce début de semaine, particulièrement les valeurs minières et les secteurs les plus cycliques.
L’Europe à contre-courant ?
La démondialisation représente également un enjeu majeur pour l’Europe. Celle-ci avait trouvé une place dans une économie mondialisée, profitant d’une énergie à bas coût et d’une spécialisation presque caricaturale dans des domaines très spécifiques, comme le luxe français ou les machines-outils allemandes.
Pourtant, l’Europe semble aller à contre-courant de la tendance protectionniste mondiale. Tandis que de nombreux pays cherchent à protéger leurs marchés, l’Europe poursuit sa politique d’ouverture. Vendredi dernier, elle a finalisé les négociations avec le Mercosur en vue d’un accord de libre-échange. Bien que l’accord ne soit pas encore signé, il constitue une étape significative.
Notons toutefois une avancée significative avec la création d’un fonds intergouvernemental de 500 milliards d’euros destiné à la défense européenne. Un grand pas pour la communauté européenne ? L’avenir le dira. Nous saluons néanmoins cette initiative, en espérant qu’elle sera une première étape vers davantage de coopération économique.
Feu vert pour la Fed
Les chiffres de l’emploi de novembre aux États-Unis étaient très attendus. Ils se sont révélés globalement conformes aux attentes, avec un rebond des créations d’emplois (227 000 contre 220 000 attendu et 34 000 le mois précédent).
Cependant, l’élément clé réside dans la légère hausse du taux de chômage, qui atteint 4,2 % en novembre (contre une stabilité attendue à 4,1 %), ainsi que dans le recul significatif du nombre de personnes déclarant avoir un emploi.
Ces données devraient encourager Jerome Powell, que Donald Trump s’est engagé à ne pas remplacer, à procéder à une nouvelle baisse des taux lors de la réunion de la semaine prochaine. Ce scénario semble le plus probable. La poursuite ou l’arrêt des baisses de taux dépendra des premières mesures prises par la nouvelle administration, d’autant que les pressions inflationnistes persistent. La croissance des salaires a, en effet, accéléré en novembre (+4 % en glissement annuel contre +3,9 % en octobre).
Géopolitique, géopolitique…
Alors qu’Emmanuel Macron tentait de profiter du cadre somptueux offert par la cérémonie de réouverture de Notre-Dame de Paris pour se positionner comme médiateur entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, quelques avancées prometteuses semblent avoir été réalisées.
Donald Trump a réitéré son souhait de parvenir à une résolution rapide du conflit, tandis que Zelensky a déclaré dimanche vouloir une « paix durable » pour son pays. D’ailleurs, les marchés ne s’y trompent pas : après une forte progression récente, l’action Rheinmetall recule de près de 6 % aujourd’hui, dans un contexte de marché haussier.
Cependant, un autre conflit a marqué le week-end. En Syrie, après une offensive éclair d’une dizaine de jours, les forces de l’opposition menées par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), issu d’une scission avec Al-Qaïda en 2016, ont renversé Bachar al-Assad, au pouvoir depuis 24 ans.
Les conséquences de ce blitz restent incertaines. Impossible de mesurer son impact sur l’instabilité chronique de la région. Mais difficile également de verser dans un optimisme béat.
Perspectives de la semaine
Cette semaine, nous suivrons avec attention la réunion de la Banque centrale européenne prévue jeudi, ainsi que plusieurs publications d’entreprises, notamment celles de Broadcom et Costco aux États-Unis.
Nous aurons le plaisir de vous les commenter la semaine prochaine.