Les commentaires de nos équipes
Point Macro
Tariff Man et son marteau
Il l’avait annoncé. Les Marchés, incorrigibles optimistes, imaginaient qu’il n’irait pas au bout. Mal leur en a pris. Après une première salve contre la Colombie, Donald Trump est passé à la vitesse supérieure ce week-end avec l’annonce de droits de douane élevés contre ses principaux partenaires : le Canada, le Mexique et la Chine.
Et il ne devrait pas s’arrêter : l’Europe est dans son viseur.
Trump a un marteau entre les mains : l’imposition des droits de douane
Et celui-ci, perçoit chaque négociation comme un clou.
En effet, premier exemple la semaine dernière avec la Colombie. Les autorités colombiennes refusent de laisser atterrir un avion militaire américain avec, à son bord, des migrants expulsés par les Etats-Unis ? Très bien, coup de marteau : les Etats-Unis imposent immédiatement des taxes de 25% sur toutes les exportations colombiennes et menacent de les monter à 50% une semaine plus tard. Résultat, un accord est trouvé et les barrières tarifaires sont retirées.
Un schéma extrêmement basique, presque caricatural, mais que l’on risque de voir se répéter très souvent.
Un schéma qu’il a de nouveau reproduit le week-end dernier, avec ses trois principaux partenaires, le Canada, le Mexique et la Chine. Des frontières un peu trop poreuses ? Coup de marteau : signature de décrets instituant des droits de douane à 25% ! Un déficit commercial record avec la Chine ? Coup de marteau : augmentation de 10% des droits de douane sur les produits chinois !
Fait intéressant, avec cet échantillon, nous avons eu les trois types de réponse possible : le Mexique a courbé l’échine, le Canada a bombé le torse, mais s’est immédiatement mis à la table des négociations et la Chine a répondu de façon extrêmement précise et ciblée.
Par la suite, un coup de fil avec Trump a permis à Trudeau et Sheinbaum de suspendre pour un mois ces droits de douane. De son côté, Xi Jinping ne semble pas avoir pris la peine de prendre son combiné. Pourtant, cette hausse de 10% est supérieure aux 8% de 2018/19.
Nous faisons deux constats :
1. L’intensité et la rapidité de ces coups de marteau dépassent de loin celles de la première guerre commerciale de 2018-2019.
2. Les clous sont plus résistants : la Chine a laissé le Yuan baisser de plus de 4% depuis l’annonce de l’élection de D. Trump, de quoi absorber une partie de la hausse des droits de douane. En outre, la réponse chinoise a été très ciblée et efficace, touchant notamment les produits énergétiques (charbon, GNL et pétrole), donc des soutiens importants de Trump. Le lancement d’une enquête sur les pratiques anticoncurrentielles de Google montre aussi que les Big Techs ne sont pas intouchables.
Trump joue quand même un jeu dangereux. Il ne bénéficie pas d’un blanc-seing dans son pays, y compris parmi des organes plutôt pro-républicains. Le Wall Street journal a qualifié les mesures contre le Mexique et le Canada de « plus stupide guerre commerciale de l’histoire ».
Il ne faut pas non plus oublier que la seule raison pour laquelle la première guerre commerciale avait été indolore pour les consommateurs américains est que le yuan avait baissé en ligne avec les droits de douane. Mais sans cet effet devise, ce sont bien les consommateurs qui auraient payé le surcoût, aucun doute là-dessus.
Quand on sait que ce sont ces consommateurs qui pèsent plus de 70% du PIB américain, la corde est raide.
Quelle suite et quelles conséquences ?
La première victime de toute cette agitation sera, sans nul doute, le commerce mondial. Les indices d’incertitude commerciale ont déjà bondi à des niveaux proches des pics de 2019. Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF, le rappelle : la guerre tarifaire de Trump 1er pourrait avoir pesé à la hauteur d’un point sur la croissance du commerce mondial et sur l’investissement aux Etats-Unis. Difficile d’imaginer un impact moins violent cette fois-ci.

Pour ce qui est des coups de marteau, l’Europe est la prochaine sur la liste, c’est une quasi-certitude. L’automobile européen a d’ailleurs fortement baissé en début de semaine par anticipation. Notamment les constructeurs qui passent par le Mexique pour servir le marché américain, comme Stellantis ou Volkswagen. La présence de Bernard Arnault à l’investiture de D. Trump peut être vue comme un signal positif pour le luxe, mais rien n’est moins sûr.

Mais nous pensons que cette attaque commerciale si elle a lieu (ou quand elle aura lieu), sera le test parfait pour la pérennité de l’unité européenne. Répondra-t-elle de façon unie, sur le modèle chinois, de façon précise et efficace, pour montrer que la récréation est terminée ? Ou courbera-t-elle l’échine, percluse par ses dissonances internes et sa morosité économique ?
La suite aux prochains épisodes.