Les commentaires de nos équipes
Point Macro
L’Europe, ce patient convalescent
Donald Trump n’est pas du genre à s’arrêter une fois lancé. Sans surprise, dès qu’il a un micro entre les mains, il continue d’annoncer de nouveaux droits de douane. Mais il vaut la peine de se pencher sur l’Europe. Les performances boursières s’améliorent et, ci et là, des signes de (très légère) reprise économique commencent à apparaître.
Tariff Man frappe à nouveau avec une salve de droits de douane. Le président américain a annoncé l’augmentation de droits de douane de 10 à 25% sur toutes les importations d’acier et d’aluminium, à compter du 12 mars. Et ce y compris pour les partenaires qui avaient obtenu des exemptions comme le Canada, le Brésil ou le Mexique (soit plus de 80% des importations d’acier vers les Etats-Unis). L’objectif de cette intransigeance est, selon l’administration américaine, d’éviter les tentatives de la Chine et de la Russie de contourner les droits de douane existants.
Sur sa lancée, il a également pré annoncé l’instauration de droits de douane réciproques pour tous les pays. À cela pourraient s’ajouter des droits de douane supplémentaires sur l’automobile, les semi-conducteurs et les produits pharmaceutiques. Autant de secteurs pour lesquels les importations vers les Etats-Unis sont supérieures aux exportations.
Comme toujours, la véritable question sera d’estimer la pérennité de ces hausses de droits de douane. Pour rappel, ces droits de douane n’auront d’impact sur l’inflation – et donc sur les marges de manœuvre de la Fed – que s’ils s’inscrivent dans la durée.
Si l’on veut voir le verre à moitié plein, ces mesures, même prises dans leur intégralité, restent bien moins agressives que les 10% généralisés annoncés lors de la campagne présidentielle. En outre, l’aspect assez ciblé devrait également limiter la portée d’une (éventuelle) réponse des partenaires commerciaux visés (Canada et UE principalement), écartant, au moins à court terme, le risque d’une guerre commerciale plus violente.
L’Europe n’est pas morte, merci pour elle !
Portons maintenant notre attention sur l’Europe, qui semble petit à petit sortir de l’encéphalogramme plat dans lequel elle était engluée depuis plusieurs années.
Boursièrement, déjà, le Stoxx 600 prend près de 8% depuis le début de l’année, contre 3% pour le S&P 500. Quid depuis l’annonce de l’élection de Trump, qui devait planter le dernier clou du cercueil de l’Europe ? Depuis le 1er novembre, le Stoxx 600 fait également mieux que le S&P (7,7% vs. 6,8%).

Performance du STOXX 600 (rouge) vs S&P 500 (bleu) depuis le 1er novembre 2024
Bien évidemment, dès que les durées s’allongent la surperformance boursière américaine est indéniable. Mais il est tout de même intéressant de noter que sur le trimestre qui vient de s’écouler, l’Europe a fait mieux. Rien de surprenant : après l’euphorie initiale où les annonces du plan Trump (baisse d’impôts, relance économique, etc.) ont été immédiatement intégrées par le marché, place à la phase d’exécution, qui pourrait s’avérer plus chaotique que prévu.
Et niveau économique alors ?
Là aussi, quelques signes de frémissement. Certes, la croissance européenne a déçu lors du quatrième trimestre, avec une contraction en Allemagne et en France qui a compensé la bonne tenue de l’Europe du sud. Mais l’enquête Sentix de janvier sur la santé de l’économie de la zone euro s’est nettement améliorée et retrouve un plus haut depuis juillet (à +1 contre -5).
Rien d’enthousiasmant, mais du mieux !
D’autres éléments microéconomiques pointent également dans la bonne direction : plusieurs entreprises cycliques suggèrent que le pire est passé et qu’un rebond pourrait se dessiner au second semestre (Beneteau, Manitou…)
Bien sûr, il ne s’agit pas de remettre en question la probable domination économique des États-Unis sur l’Europe pour les 5 à 10 prochaines années. La démographie américaine est plus dynamique, les gains de productivité sont plus élevés et surtout l’attractivité des investissements est bien plus élevée, en tout cas en l’état actuel des choses.
Mais il nous semble assez clair qu’après plusieurs années d’arbitrage systématique en faveur de l’Amérique du Nord, les investisseurs semblent rouvrir certains dossiers européens, notamment sur la partie de la cote la plus « Value ». D’autant plus que le dernier rapport sur l’emploi aux États-Unis a semé le doute sur la solidité de la croissance à venir.

Dans ce cadre, nous avons également augmenté (légèrement) notre exposition aux secteurs bancaires et immobiliers européens tout en réduisant notre exposition au marché américain. Notre allocation aujourd’hui fait état d’une surexposition au marché européen (45%) par rapport au marché américain (40%). Le reste étant réparti entre la zone émergente et le Japon.
Rendez-vous la semaine prochaine pour décrypter ensemble les prochaines secousses économiques et leur impact sur nos stratégies d’investissement !