Les commentaires de nos équipes
Point Macro
Les aboiements de Trump réveillent l’Europe
Depuis le 1er janvier, le Bureau ovale semble s’être transformé en centre de commandement d’une offensive globale tous azimuts, où l’imprévisibilité est érigée en doctrine. Venezuela, Groenland, tensions avec le Canada, procès contre la Fed, trait « d’humour » autour d’une éventuelle annulation des élections de mi-mandat… Et nous ne sommes que le 29 janvier.
Sans surprise, Donald Trump ne change rien à son approche : il continue de saturer l’espace public d’un flux ininterrompu de tweets, de menaces, d’ordonnances et de déclarations tonitruantes, dans lequel il devient difficile de distinguer la posture du projet réel.
Mais une tendance forte se dessine néanmoins : aux États-Unis comme à l’international, la résistance s’organise.
Décryptage d’un début d’année électrique.
1. Saturer n’est pas gagner : Trump sur tous les fronts
Pas un jour ne passe sans une nouvelle sortie fracassante du locataire de la Maison Blanche. Les fronts se sont multipliés à tel point que la bande passante des marchés financiers semble saturée et que les observateurs ont des difficultés grandissantes à distinguer le grotesque du réellement dangereux.
Petit tour d’horizon, non exhaustif, des principaux foyers de tension :
- L’offensive géopolitique (Iran, Cuba, Venezuela) : Débuté en fanfare par l’enlèvement télévisé de Maduro sur son propre sol, le mois de janvier s’est poursuivi dans une ambiance tout aussi surréaliste. Entre la remise en cause des derniers canaux diplomatiques avec Téhéran et la menace affichée de renverser Cuba « d’ici la fin de l’année », Trump, vexé de ne pas avoir obtenu le prix Nobel de la paix, multiplie les fronts. Résultat, le baril de pétrole a pris plus de 10% et l’or continue de s’envoler (+22% depuis le début de l’année, presque x3 en 2 ans)
- L’ultimatum du Groenland : Menacer ses ennemis ne lui suffisait plus. Trump est passé à l’étape d’après, en allant jusqu’à menacer une intervention militaire sur un territoire allié, le Groenland. Trump a réitéré sa volonté d’acquérir ou de « protéger » le territoire, menaçant de sanctions douanières quiconque s’y opposerait.
- La guerre ouverte contre la Fed : C’est sans doute le point le plus critique pour les marchés. Non content de multiplier les recours en justice contre Jerome Powell, Trump a laissé fuiter le nom de son successeur pressenti : Rick Rieder (CIO de BlackRock). L’objectif est limpide : déstabiliser l’institution pour forcer une politique monétaire alignée sur le calendrier politique et envoyer un signal univoque : celui qui décide, c’est lui.
- Le bras de fer canadien : Accusant Ottawa d’être la porte dérobée de la Chine en Amérique du Nord, Trump a de nouveau brandi son arme favorite en menaçant son voisin d’une taxe de 100% sur ses exportations.
2. Le Mur de la Résistance : Quand les « adversaires » cessent de reculer
Contrairement à son premier mandat, le monde de 2026 ne semble plus disposé à encaisser sans réagir. La sidération a laissé place à la riposte.
Le réveil européen : Davos, acte de renaissance ?
Au Forum de Davos, le ton a changé. Face aux menaces sur le Groenland et aux tarifs douaniers, les Européens ont fait bloc. « Nous devrions remercier ceux qui éreintent l’Europe », a déclaré Christine Lagarde, soulignant qu’ils contraignent le Vieux Continent à sortir de sa léthargie.
De fait, l’envoi symbolique de forces au Groenland, combiné à l’évocation de l’instrument anti-coercition et même à la possibilité de ventes massives de bons du Trésor américain, a suffi à faire reculer Washington. « L’Accord Cadre » signé avec l’OTAN apparaît comme une maigre consolation : il s’agit avant tout d’une victoire européenne, la première depuis bien trop longtemps.
Le Canada : La diplomatie de l’alternative
Les menaces de taxes n’ont guère impressionné Mark Carney, qui a signé une série d’accords majeurs avec la Chine.
C’est un signal fort : à vouloir aller trop loin, en proposant de faire du Canada le 51e Etat américain, Trump a fini par pousser son plus ancien allié dans les bras de son principal rival.
Trump n’est plus prophète dans son pays … ni dans son parti ?
La réunion d’hier l’a confirmé : le bastion Powell tient bon. La Fed réaffirme son indépendance, refusant d’entrer dans une « phase glaciaire » monétaire dictée par la Maison Blanche.
Par ailleurs, la gestion controversée des événements de Minneapolis a entamé la popularité du président. Le risque d’un nouveau shutdown dans les semaines à venir est réel.
Plus surprenant encore, des figures républicaines comme Ted Cruz expriment désormais leurs inquiétudes face aux dérives de l’axe Trump–Vance. À l’approche des élections de mi-mandat, cette fronde interne suggère que Trump n’obtiendra pas le chèque en blanc espéré pour remodeler l’économie américaine.
3.Que faire face à tout ça ? Sortir de l’US-Centrisme, et diversifier
Face à cette tempête médiatique permanente, nombre d’investisseurs sont tenter de rester figé devant les écrans et de conserver une allocation qui fait la part trop belle aux Etats-Unis.
Nous pensons au contraire que l’incertitude américaine crée, par effet de vases communicants, des opportunités ailleurs.
Les fondamentaux européens sont solides. Tandis que Washington se débat dans ses contradictions monétaires, l’Europe montre des signes de résilience insoupçonnés. L’indice ZEW allemand (mesurant le sentiment économique) est ressorti récemment à 59,6, bien au-dessus des attentes (50 et 45,8 le mois précédent) confirmant l’amélioration des perspectives économiques.
Les marchés « émergents » ne sont pas en reste. Malgré le ralentissement chinois, l’Inde (+6,4% attendu en 2026) demeure une belle locomotive de croissance. Ces économies bénéficient à la fois de la faiblesse du dollar, qui allège le coût de leur dette libellée en USD, et du reflux de l’inflation qui offre davantage de marges de manœuvre à leurs banques centrales.
Dans ce contexte, nous sommes convaincus que la diversification n’est plus une option, c’est une nécessité.
Nos allocations traduisent cette conviction, avec la répartition suivante :

Trump aboie, mais la caravane des fondamentaux économiques continue de passer. La clé est de ne pas se laisser hypnotiser par le chaos de Washington et de regarder les opportunités qui existent au-delà des frontières de l’Oncle Sam.
Nous vous souhaitons une excellente fin de semaine,
Aymeric LANG, CFA
Directeur de la gestion – Erasmus AM