logo erasmus

Veuillez sélectionner votre profil afin de commencer à naviguer sur le site :

Je suis un professionnel Je suis un particulier

Les commentaires de nos équipes
Point Macro

Acheter au son du canon ?

20 mars 2026

La géopolitique a complètement pris le pas sur les indicateurs économiques en ce mois de mars. Les marchés sont pendus aux multiples annonces quotidiennes venant du conflit au Moyen Orient et tentent, tant bien que mal, de se forger une opinion sur la situation dramatique là-bas. Dans cette lettre, notre objectif sera d’analyser les éléments qui nous paraissent clés pour comprendre la situation actuelle et pour mesurer la profondeur de l’impact que ce conflit aura sur l’économie réelle. Notre posture tient en deux mots : lucidité et humilité. Lucidité sur ce que nous savons. Humilité absolue sur ce que nous ignorons, à commencer par la durée de ce conflit. Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est décrypter les mécanismes de transmission, identifier les risques réels et distinguer les opportunités que la panique crée inévitablement.

1.Le pétrole comme courroie de transmission

Pour comprendre ce que ce conflit fait aux marchés, il faut partir du pétrole. Le détroit d’Ormuz, ce goulot de 33 kilomètres entre l’Iran et Oman, concentre environ 21 % de la consommation pétrolière mondiale. En temps normal, quelque 77 navires le franchissent chaque jour. Au plus fort des tensions, ce chiffre est tombé à moins de 3. Plus de 400 tankers se sont retrouvés bloqués dans le Golfe Persique, menaçant de paralyser un cinquième de l’économie mondiale.

Pour contenir cette flambée, plusieurs pays ont activé leur réserve stratégique pétrolière. C’est un filet de sécurité à court terme, mais il ne comble qu’une fraction du manque : les 400 millions de barils supplémentaires potentiels ne correspondent qu’à une vingtaine de jours de production du pétrole qui transitait historiquement par Ormuz (environ 20 millions de barils jour).

Parallèlement, la levée des sanctions américaines sur le pétrole russe jusqu’au 11 avril permettrait d’ajouter environ 120 millions de barils de brut russe selon Kepler. A part choquer ses « alliés » et enrichir un peu plus la Russie, cette mesure de Trump n’aura qu’un impact marginal.

La volatilité du baril en dit long sur la désorientation des marchés : de 80 dollars avant le conflit, il a grimpé à 120, redescendu à 85, avant de repasser au-dessus de 110 dollars aujourd’hui. En quinze jours.

Mais pourquoi le prix du pétrole est un élément si important ?

D’abord, un pétrole qui monte est une très mauvaise nouvelle pour la croissance. Tous les pays ne sont pas touchés de la même façon, bien sûr. Le graphique ci-dessous de Goldman Sachs reprend les différents impacts selon la zone géographique.

Les plus mal lotis restent les pays asiatiques, notamment l’Inde. Mais l’Europe n’est pas épargnée : si la hausse actuelle, d’environ 40%, du prix du baril se maintient, cela pourrait coûter jusqu’à 0,8 points de PIB.

Pour mettre ce chiffre en perspectives, la croissance attendue pour la Zone Euro en 2026 par le FMI est de 1,3%.

A noter que même les Etats-Unis, malgré leur auto-suffisance, ne sont pas complètement épargnés, avec un impact potentiel de 0,4 point du PIB.

 

 

Effect a sustained 10% inscrease in oil prices on GPDP

 

Le deuxième effet néfaste est, bien évidemment, l’inflation.

La contagion passe ensuite par deux canaux simultanés. D’abord, l’inflation importée : un pétrole cher renchérit l’énergie, le transport, les matières premières agricoles… Autant de composantes qui remontent dans les prix à la consommation.

Ensuite, le dollar. En période de crise, en tant que valeur refuge, le billet vert s’apprécie mécaniquement. Il est passé en ligne droite de 1,19 à 1,15 EUR/USD. Or le pétrole est libellé en dollars. Pour un importateur européen ou asiatique, l’effet est double : le pétrole coûte plus cher, et la monnaie avec laquelle on l’achète s’est dépréciée.

Comment les banques centrales vont réagir ?

L’Europe, déjà fragilisée depuis la fin du gaz russe, encaisse ce double choc de plein fouet.

La BCE se retrouve dans une position inconfortable : comment gérer une inflation qui risque d’être relancée par un choc d’offre exogène, sans précipiter une récession dans une économie qui redémarrait ?

La BCE a d’ailleurs prévenu que l’inflation devrait remonter dans l’UE à +2,6% en 2026 (vs 1,9% attendu jusqu’ici) avec des prévisions de croissance réduite à +0,9%. Pire, dans un scénario d’escalade au Moyen-Orient, l’inflation monterait à 4,4% et la croissance ne dépasserait pas 0,4%.

Les marchés du crédit ne s’y trompent pas avec une hausse des rendements à 10 ans de 25 à 50 points de base dans les souverains développés. Le taux à 10 ans allemand frôle dangereusement les 3%, une première depuis 2011.

Le taux allemand à 10 ans sous tension : reflet du retour du risque sur les marchés européens

 
Source : Google Finance

La Federal Reserve a également douché les espoirs d’un assouplissement monétaire rapide : J. Powell a souligné que la hausse des prix de l’énergie pourrait retarder le retour de l’inflation vers l’objectif et qu’en l’absence de progrès tangibles, une baisse de taux ne serait pas envisagée à court terme.

Ce risque stagflationniste s’est évidemment propagé sur les marchés actions :

 

2.Le vrai sujet : une guerre qui s’installe

Le marché a initialement parié sur une résolution rapide. Un conflit de 48 à 72 heures, une démonstration de force, un retour à la normale. Ce scénario est désormais obsolète. Chaque jour supplémentaire recalibre les probabilités : nous basculons progressivement d’une logique d’un choc ponctuel, à celle d’une perturbation durable.

Ce glissement change tout.

Une guerre courte, c’est une prime de risque qui monte puis redescend. Le fameux Buy the Dip prend pleinement son sens.

Une guerre longue, c’est une recomposition structurelle : des supply chains qui souffrent, des ralentissements dans les prises de décisions d’investissements et des impacts significatifs sur les marges des entreprises.

Combien de temps durera ce conflit ?

C’est là où il faut faire preuve d’une grande humilité.

Les défenseurs d’une hypothèse d’une résolution rapide mettent en avant les perspectives des Mid Terms : Trump ne prendrait pas le risque d’envoyer les Américains aux urnes avec un baril à presque 120 dollars. Il négociera forcément un deal, dans la lignée de ses multiples retournements de veste précédents (« Trump Always Chicken Out »).

A l’opposé, Jiang Xueqin, le politologue qui possède la chaîne Predictive History, considère que les Etats-Unis n’auront pas d’autres choix que d’intervenir militairement sur place et s’enliseront dans un conflit perdu d’avance.

La réalité se situera probablement entre ces deux scénarii. Mais impossible, selon nous, d’avoir une opinion tranchée.

Le principal danger reste l’élargissement du conflit. Ce mercredi, les frappes iraniennes visant les infrastructures énergétiques au Qatar étendent le conflit à la mer Rouge. Le risque d’escalade reste bien réel.

3.Que faire dans ce contexte ?

Ne pas paniquer : le premier enseignement de l’histoire 

L’impulsion naturelle en période de crise géopolitique est de réduire le risque, de vendre, d’attendre.

Les données historiques plaident très fortement contre cette réaction. Lors des deux Guerres mondiales, le S&P 500 américain a progressé de plus de 115 % cumulés. Après les attentats du 11 septembre 2001, les marchés avaient regagné l’ensemble de leurs pertes en quelques semaines.

S&P 500 After Major Geopolitical Events

 

Le message n’est pas que la géopolitique n’a pas d’importance. C’est que vendre dans la panique géopolitique a, dans la très grande majorité des cas, privé l’investisseur d’un rebond rapide.

L’objectif reste de saisir les opportunités qui ne manqueront pas de se créer.

Le marché obligataire retrouve de l’attrait

Si les marchés actions résistent finalement plutôt bien au global par rapport à la situation, quelques valeurs ont, selon nous, été trop sévèrement sanctionnées dans la correction. Les entreprises dont les fondamentaux restent intacts mais dont le cours a souffert par contagion sectorielle représentent des opportunités tactiques que nous explorons activement.

 

Selon nous de belles opportunités se sont créés sur les marchés obligataires.

La remontée des taux courts et longs combinée à l’écartement des spreads de crédit créent mécaniquement des points d’entrée attractifs.

Alors même que la situation bilancielle des entreprises ne s’est pas dégradée, les rendements offerts ont fortement augmenté ces dernières semaines.

Sur le marché du crédit en euro, nous parvenons désormais à construire des portefeuilles pour nos clients offrant un rendement supérieur à 4% avec une duration modérée et un risque de crédit maitrisé.*

Conclusion

La géopolitique a repris les commandes des marchés après quinze ans d’hégémonie des banques centrales. Pour combien de temps ? Difficile à dire. Mais, comme toujours, les investisseurs qui sauront distinguer la panique du signal, et voir dans la correction des points d’entrée plutôt que des sorties de secours, seront les mieux positionnés pour traverser cette période et en sortir renforcés.

 *Pour plus d’information sur notre Offre d’ingénierie financière, trésorerie d’entreprise, fondation, congrégation, contactez-nous


 

Autres points macros
Inscription Newsletter